Roumanie, Hongrie, pauvre dÉmocratie

PASCAL MARTIN

samedi 28 juillet 2012, 21:41

La Roumanie est un pays mal aimé. Sa pauvreté, sa classe politique truculente (le mot est faible), son arriération sociale, sa corruption, ses Roms, etc. la condamnent à être montrée du doigt. Elle est le paria de l’Europe.

Voilà pourquoi en première analyse, il est dommageable de voir les autorités européennes mettre aujourd’hui le nez dans le poto-poto roumain. La démarche aboutit en effet à renvoyer ce pays à son image d’adolescent attardé, incapable d’accéder pleinement à la démocratie conquise lors de la chute de Ceausescu.

Mais Il y a des raisons objectives à cette intervention. L’Europe s’en est mêlée lorsque, à Bucarest, la Cour constitutionnelle a dénoncé des attaques « virulentes et sans précédent » du gouvernement Ponta contre le président Basescu. Bruxelles entend que le droit prime dans les Etats de l’Union.

Profitons-en pour répéter ici une vérité fondamentale : l’Europe n’est pas le Far West et les membres de son club seraient bien inspirés de s’en rappeler. Le projet européen a été conçu par des hommes qui voulaient en finir une fois pour toutes avec la guerre. Mais est-ce la crise de confiance qui mord aujourd’hui les mollets de la démocratie ? Est-ce la montée en puissance des populismes qui lui répond ? Est-ce la crise économique et financière qui sert de paravent aux pratiques d’autocrates exaltés ? Qu’importe : l’alarme est enclenchée.

L’Union, disions-nous, n’est pas qu’une affaire de business, elle est aussi fondée sur des valeurs. Et ces valeurs sont un seuil minimum que ses Etats s’engagent à respecter. Pas tous, visiblement.

Pour s’en convaincre, il suffit de reparler un peu de Monsieur Viktor Orban. Vertement tancé par le Parlement européen au début de cette année, le Premier ministre hongrois poursuit son petit bonhomme de chemin autocratique. Et c’est ainsi que ce vendredi, ce conservateur a déclaré « espérer » devant un quarteron d’entrepreneurs « qu’il n’y aura pas besoin d’introduire un nouveau système à la place de la démocratie » et que chez les Magyars, « le rassemblement national n’est pas une question de volonté, mais une question de force ».

On peut bien sûr en sourire. Se répéter qu’il n’y a là qu’effets de manche de populiste bravache. Mais à trop laisser brader nos bonnes vieilles valeurs fondamentales, qu’aurons-nous encore à vendre demain ? Peut-être est-il temps de revoir l’inventaire de la boutique Europe…