Les tabous tombent dans la zone euro

BEATRICE DELVAUX

mardi 31 juillet 2012, 06:30

ééditorialiste en chef

En va-t-il des marchés financiers comme de la vie ? Est-ce face aux situations désespérées, quand on est soudain confronté aux enjeux de fond, qu’on prend les options radicales et qu’on repart vers une nouvelle vie ?

Il y a en tout cas comme un parfum de cela sur les marchés financiers depuis quelques jours. Une intervention offensive de la Banque centrale européenne et l’avancée vers une intégration plus forte, une fédéralisation et non une dislocation de l’Europe, étaient complètement taboues il y a quelques mois et n’étaient professées et réclamées que par des gourous jugés longtemps « alternatifs ». Mais depuis quelques semaines, ces idées font leur chemin et sont – car plus les jours passent, et plus la crise européenne paraît inextricable et désespérée –, carrément revendiquées par les principaux acteurs officiels de la pièce.

Les déclarations, en fin de semaine dernière, de Mario Draghi, le président de la BCE, disant qu’il ferait « tout ce qu’il faut » pour préserver l’euro, ont rendu le moral aux marchés financiers. De même que les convictions exprimées sur la nécessité de plus d’intégration européenne qui sortent aujourd’hui d’autres bouches que de celles des prêcheurs de la première heure.

A l’heure où Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit, les deux apôtres du fédéralisme européen, s’apprêtent à lancer leur manifeste Pour plus d’Europe, et à en faire une base pour construire une plateforme politique à travers l’Europe avant les élections de 2014, le monde politique européen balise à son tour le chemin vers ce « plus d’intégration ».

Le plan Van Rompuy en juin en avait donné la direction. Le ministre allemand des Finances et le secrétaire d’Etat américain au Trésor ont martelé l’idée ces dernières heures… Didier Reynders se mouille à son tour, au titre de ministre belge des Affaires étrangères membre d’un think tank de collègues européens. L’idée fédéraliste n’est plus taboue, la BCE va et doit agir, les Etats doivent être prêts à abandonner de leur souveraineté : c’est en substance le message qu’il nous livre, assorti de quelques conseils et d’éléments concrets pour permettre que ce chemin vers ce plus d’Europe passe de l’incantation et de la déclaration d’intention à la concrétisation. Les lignes politiques sont en train de bouger. La situation requiert des hommes et femmes courageux. Qui osent ce grand saut, pour garantir l’avenir. Dans les semaines qui viennent.