Une peine dure, mais pas une double peine

BEATRICE DELVAUX

mercredi 01 août 2012, 06:51

éditorialiste en chef

Il faut avant d’émettre un avis sur la libération de Michelle Martin se rappeler trois éléments fondamentaux : primo, la justice est rendue sur la base de lois ; secundo, les peines ordinaires s’appliquent aux cas extraordinaires, seule garantie que la justice soit la même pour tous ; tertio, la prison est faite pour protéger la société, elle ne réinsère jamais personne : c’est la société qui doit y veiller, en proposant une autre chance aux individus.

Et donc :

1) La libération de Michelle Martin résulte de l’application pure du droit et démontre que la justice fonctionne en pleine indépendance de l’opinion publique et du sentiment du moment.

2) Ce sont des magistrats professionnels qui ont estimé que Michelle Martin ne présentait plus de danger pour la société et que son projet de réinsertion était crédible. Toutes les parties amenées à se prononcer ont rendu un avis positif. Le doute sur cette « dangerosité » demeure pour les victimes et leurs familles, qui lient notamment la capacité de « rédemption » de Michelle Martin au fait qu’elle livre, avant toute libération, les informations qu’elle a toujours tues. Mais la loi s’en est remise aux magistrats professionnels : ils n’ont pas pris la décision la plus facile. Ils ont assumé et portent désormais cette responsabilité, d’autant plus lourde qu’aujourd’hui, et c’est regrettable, aucun recours sur le fond n’est permis.

Il n’y a, donc, aucune faute commise dans cette décision « légaliste ». Mais deux remarques s’imposent :

1) Un doute énorme, pour ne pas dire une incrédulité totale, surgit sur le lieu de réinsertion choisi. Certes, vu le refus systématique essuyé dans tous les autres endroits d’accueil pour « l ’impossible Michelle Martin », ce couvent était sans doute le seul lieu possible. Certes, le geste des clarisses est d’une générosité remarquable. Mais qu’un couvent, coupé du monde, géré par des femmes retirées volontairement et depuis des années de la vie réelle ainsi que de toute activité professionnelle, soit érigé en lieu de réinsertion, cela laisse pantois. Que l’Eglise – qui, par ailleurs n’a pas fait montre ces dernières années d’une grande lucidité, ni d’un grand courage, lorsqu’elle a été confrontée à des comportements déviants – serve de garante morale quant à l’efficacité et au suivi de la réinsertion de Martin, ajoute au trouble.

2) Plus fondamentalement, on peut estimer que Michelle Martin est libérée trop tôt, ou ne devait jamais sortir de prison. Mais il est hors de question d’obtenir cette perpétuité en bafouant les modalités du TAP. Il faut modifier la loi en y prévoyant les peines permettant d’infliger, dans des cas précis, la prison de longue durée, en ligne avec l’accord de gouvernement. C’est la seule manière de garantir que la justice fonctionne de façon civilisée. Et non dans le lynchage ou la loi du talion.