Ni diplomatie ni guerre : osons la guerre cachée

ALAIN LALLEMAND

samedi 04 août 2012, 09:29

Avec la démission du médiateur Kofi Annan, la carte diplomatique retourne tout en bas du sabot : à moins de rebattre le jeu, et quel que soit le vœu de Moscou, elle ne reviendra pas de sitôt dans la partie syrienne.

C’est alors que se font entendre de nouveaux chiens de guerre, avec d’autant plus d’aplomb que les limites de l’art militaire leur échappent : et si « on » recommençait le coup de la Libye ? Et si « on » y retournait, aujourd’hui la fleur au fusil, demain un œillet de sang sur la poitrine ? De vrais petits soldats d’aplomb.

Pour eux, la Libye est l’alibi, oubliant qu’il n’y avait pas dans le voisinage immédiat de Kadhafi (géographique ou géopolitique) la moindre armée qui appartienne au « top ten ». Il en va tout autrement du mikado syrien : qui peut sans trembler prendre le risque d’ôter Bachar El-Assad sans faire bouger l’Iran, Israël, la Turquie ?

Et qui serait en ordre de marche pour une nouvelle guerre ? Un président américain en année électorale, qui a juré de ne plus mener que des « guerres nécessaires » ? La Syrie n’est pas, vue de Washington, une guerre nécessaire. Or sans les Etats-Unis, l’Europe ne doit même pas poser l’hypothèse d’une campagne à la libyenne : elle n’en a ni les capacités de renseignement, ni les capacités logistiques (refueling), ni la nécessaire plateforme de coordination. Enfin, dix ans de guerres variées et une crise de l’euro ont épuisé nos enthousiasmes. Bref, s’il est trop tard pour la diplomatie, il est probablement trop tôt pour la guerre. Alors, on ne fait rien ? Minute. Guy Verhofstadt a raison : « Une autre stratégie est nécessaire, d’urgence. Puisqu’est venue la fin du dialogue, l’action devrait commencer. » Le libéral flamand prône cependant l’établissement de zones sécurisées « comme c’était le cas en Bosnie », oubliant que Damas est précisément armée pour faire face à une intervention internationale. Surtout, n’entrons par sur le territoire syrien. Il existe au moins une autre voie, qui est celle qu’empruntent toutes les grandes puissances militaires lorsqu’une entrée en guerre n’est simplement pas possible. Il est temps que l’Union européenne pratique à son

tour la guerre sans y toucher (« proxy war »), via un soutien matériel, non militaire mais néanmoins vital à l’insurrection. Avec tout le double discours que cela suppose : assumons-le, lui aussi. Et installons en frontière des hôpitaux, des ambulances. Distribuons de la logistique « civile », du renseignement, de l’argent. Forçons l’Histoire.