Victime de l'image qu'il a lui-même créée
VERONIQUE LAMQUIN
lundi 06 août 2012, 06:48
VERONIQUE LAMQUIN
lundi 06 août 2012, 06:48
Le portrait de celui qui s'éteint s'écrit à l'encre bienveillante. Il convient de saluer la mémoire du défunt et non de la tacher. Par respect de la douleur des proches, par bienséance Les éloges funèbres gomment les aspérités de la vie envolée, pour n'en souligner que les meilleurs instants. Dimanche soir encore, dès l'annonce du décès de Michel Daerden, les communiqués d'hommages ont plu, rappelant les multiples qualités du Liégeois. Dans ce concert de louanges, un mot revient inlassablement : la « jovialité » de l'ancien ministre. Une tournure pudique et élégante pour faire allusion à ce qu'était, aussi, Michel Daerden.
Force est en effet de reconnaître que, ces derniers temps, ce n'est pas son action politique qui le plaçait bien en vue dans les médias. Voilà quelques années déjà que ce supporter acharné du Standard avait compris qu'il pouvait doper sa popularité et, ainsi, sauver sa carrière politique déclinante, ailleurs qu'au Parlement. Alors, il enchaîne les photos un brin provoc dans Paris Match, sort ses meilleures tirades et son plus bel accent sur le plateau d'Arthur Non sans succès : les voix de préférence affluent. « Quand les gens me voient, ils se disent : il est comme nous », expliquait-il au Soir, en novembre dernier. Son registre, c'est la proximité avec les électeurs ; contrairement à tant d'élus, elle lui est naturelle, il va la cultiver jusqu'à l'excès. Et tant pis si l'image de la politique, durablement fragilisée par les affaires, la crise institutionnelle, en sort un petit peu plus écornée. Ce calculateur né n'en a cure. Pas plus qu'il ne se soucie de soigner sa relation difficile à l'alcool niant même qu'elle puisse être problématique. Elle occultera pourtant sa fin de carrière fédérale ; d'autant que son passage aux Pensions ne fut guère convaincant.
Pourtant, par-delà cette image chaotique, Michel Daerden était un homme intelligent, maîtrisant les chiffres comme peu de ses semblables, assurent ses amis et ses adversaires. Populaire et doué, il avait tout pour être l'homme fort du PS liégeois dans les gouvernements. Ses frasques et ses relations chaotiques avec les autres clans de sa fédération en ont décidé autrement. Exclu d'un gouvernement Di Rupo trop soucieux de son image en Flandre, mis à la porte de sa propre commune par son protégé, Michel Daerden se battait toujours. Pour lui, pour son parti. Il méritait une meilleure sortie.