Harcèlement : il n’y a pas que la rue

JUREK KUCZKIEWICZ

mardi 07 août 2012, 06:56

Qu’il ait fallu attendre qu’un petit documentaire sur le harcèlement de rue suscite un « buzz », sur un phénomène de la vie quotidienne que les femmes vivent et relatent depuis pas mal de temps déjà, en dit long sur la passivité et le machisme de notre société. Qui n’a entendu, de la bouche de femmes de son entourage, de récits de faits de rue révoltants, tels ceux filmés par Sofie Peeters, l’étudiante en cinéma qui en a fait son travail de fin d’études ?

Il est tentant et facile de mettre le harcèlement de rue sur le compte de travers ethniques. Les témoignages, cependant, n’émanent pas seulement des quartiers à forte prédominance allochtone de la capitale : certains ont pour cadre des quais de gare de gentilles petites villes de province.

Est-ce à dire qu’il est tabou d’évoquer le lien entre des pathologies sociales et des terreaux, notamment ethniques, qui leur seraient favorables ? Certainement pas, et pas moins pour le harcèlement de rue que pour d’autres phénomènes qui se concentrent dans les « mauvais quartiers », où certains termes pour désigner une femme en jupe viennent trop facilement à la bouche des hommes.

Mais ces incriminations généralisantes permettent d’évacuer un peu trop facilement la question du sexisme ordinaire, qu’on devrait penser d’un autre âge, et qu’on rencontre pourtant dans toutes les couches de la société. Il y a quelques jours, la ministre française de l’Equipement Cécile Duflot s’est fait allumer par des parlementaires masculins lorsqu’elle avait paru à l’Assemblée nationale vêtue d’une robe à fleurs. Et chez nous, au parlement wallon, la présidente de l’époque Emily Hoyos avait reçu il y a deux ans des SMS graveleux de collègues masculins. (Précisons que ces dignitaires indélicats n’étaient pas maghrébins.) Et ceci n’est rien à côté de remarques sexistes grossières que l’on entend quotidiennement sur les lieux de travail : les mots paraissent mieux choisis – ils le sont moins lorsque la femme est à distance – mais ils sont le symptôme de la même maladie.

Il est question de sanctionner l’insulte sexiste par des amendes. Très bien. Mais il serait trop facile de se défausser entièrement sur l’Etat et les forces de l’ordre. Que ce soit en rue, en réunion professionnelle, ou dans un supermarché, il y a une part de contrôle social qui incombe, au quotidien, à chacun d’entre nous. Lorsqu’on osera plus souvent rabrouer un collègue, ou un client dans une file, qui tiennent des propos inconvenants à, ou sur une femme, on aura déjà fait beaucoup de progrès.