Les tanguy ne doivent pas naître par désespoir
FREDERIC SOUMOIS
mercredi 08 août 2012, 08:31
FREDERIC SOUMOIS
mercredi 08 août 2012, 08:31
J’aimerais pouvoir recevoir ma copine chez moi sans qu’elle tombe sur le regard de mon père, sans qu’elle croise les pas de ma mère. A 28 ans, je suis obligé de me cacher comme un ado ».
Qu’ils soient encore aux études – de plus en plus longues, de plus en plus lourdes, de plus en plus difficiles à financer – ou qu’ils soient déjà happés par le monde du travail, les jeunes adultes, de 18 à 34 ans, sont un million à vivre toujours chez leurs parents.
Une fille sur trois. Presque un garçon sur deux !
Pour certains – comme le personnage mis en scène avec humour, tendresse mais aussi une pointe d’amertume, dans le film Tanguy – c’est le choix de rester dans le nid de l’enfance, dans le cocon où le repas arrive chaud sur la table, les chemises se repassent toutes seules, les draps se renouvellent comme par magie – merci, Maman.
Pour d’autres, ce n’est pas un choix, mais la conséquence d’une société qui se fait plus dure pour l’accès à la propriété, au confort de base, au calme et à trois plantes vertes – Rien de luxueux, rien d’autre que la version post-moderne de la grotte de Cro-Magnon… En Belgique, le prix d’un appart a triplé en 20 ans. Inaccessible pour un célibataire. Très lourd pour les couples, dont le désir d’enfant, de projet, de permanence, est miné par la dégradation des conditions de travail, la précarité des contrats, l’abus manifeste et peu réprimé des fraudes sociales. Après-demain, on pourra peut-être se le permettre, mon amour…
Le fait que le maintien – voire le retour, après un accident de vie – à la maison de l’enfance engendre de jolies histoires de solidarité entre générations, est rassurant. L’un aidant l’autre selon ses talents – du win-win, diraient les technocrates s’ils comprenaient le lien qui tisse parents et enfants.
Mais notre société doit prendre garde : cela doit rester un destin forgé dans l’autonomie, le libre arbitre, le projet de vie, l’inclination élective.
Pas un « choix » effectué avec, sur la tempe, les lettres d’huissier ou les gourbis sans air et sans lumière loués par des marchands de sommeil. Aux Etats-Unis, aujourd’hui, des étudiants s’engagent parfois pour 40 ans (!) de remboursement pour payer leurs études. En Espagne et en Italie, de jeunes trentenaires qui ont perdu leurs emplois, sont au bout des indemnités et n’ont plus accès aux soins de santé, n’ont d’autre choix que de rentrer « à la maison ». Pour manger chaque soir à sa faim. Pour trouver un regard ami et bienveillant. Maternel.