Europe : Barroso doit convoquer l’ambition

MAROUN LABAKI

jeudi 09 août 2012, 06:14

La douce insouciance estivale est une nécessité. Vive les vacances ! Cependant, alors que de nombreux Européens affichent une bonne mine ou sont en passe de l’acquérir, à la mer, à la montagne, ici ou ailleurs, l’euro et l’Union européenne restent au bord du gouffre.

Contrairement à ce que nous a dit la droite pendant trop longtemps, le système financier ne s’autorégule pas : sans l’argent public, il se serait écroulé après 2008. Il convient donc de le réguler. Facile à dire ! Le « grand casino » financier échappe habilement aux règles parce qu’il n’a qu’un seul pays : le monde.

Aujourd’hui, dans l’Union européenne, nous sommes à vingt-sept pays – qui essaient de s’entendre. Il n’est pas uniquement question de régulation financière. La crise née aux Etats-Unis a spectaculairement mis au jour les insuffisances de la construction européenne et les difficultés de l’Europe à faire face. Que de rendez-vous manqués depuis le début de la « crise grecque », à l’automne 2009 ! Les dirigeants européens ont chipoté, marchandé, colmaté, avec pour résultat que la monnaie commune paraît à présent menacée, et l’Union elle-même ébranlée. « Nous allons rétablir la confiance », qu’ils disaient…

Helmut Schmidt, l’ancien chancelier social-démocrate allemand (1974-1982), maintenant âgé de 93 ans, a déclaré mardi soir que la crise « ne serait pas si grave s’il y avait au moins un responsable en Europe qui avait une vue d’ensemble sur les quelque deux douzaines de problèmes qui se posent ». Ajoutant : « Mais nous n’avons malheureusement pas cette personnalité politique en ce moment. »

Le propos est-il trop sévère ? On peut toujours, il est vrai, trouver des explications à tout, voire des excuses. En tout cas, au vu de la défaillance collective, la Commission de José Manuel Barroso, institution européenne par excellence, doit prendre la mesure de sa responsabilité historique et assumer ses prérogatives d’initiative. Elle doit urgemment proposer une réponse globale à la crise actuelle, prévoyant beaucoup plus d’intégration européenne et notamment une mutualisation des dettes publiques.

Le mois dernier, le Parlement européen l’a mise en demeure de le faire « avant septembre 2012 ». Les eurodéputés seraient également dans leur rôle en sanctionnant la Commission européenne si elle devait faillir à ses obligations.

Il ne s’agit pas de meccano institutionnel. Il s’agit d’emplois et de croissance, mais aussi d’un grand projet d’avenir.