François Hollande, à l’épreuve du « changement »

JOELLE MESKENS

vendredi 10 août 2012, 07:17

Voilà bientôt trois mois que François Hollande a pris le pouvoir. Le nouveau président avait raison de ne pas promettre monts et merveilles aux Français. Alors que François Mitterrand avait pu gouverner deux ans avant le tournant de la rigueur, trente ans après, son successeur spirituel est déjà confronté dès son premier été au virage du réalisme.

Sur la scène internationale, son prédécesseur vient d’appuyer là où cela fait mal. Nicolas Sarkozy, excédé dit-on par la mollesse de la diplomatie devant l’ampleur de la répression en Syrie, s’est entretenu avec le chef de l’opposition syrienne et a convenu avec lui de la nécessité d’une « action internationale urgente ». Cela ne mange évidemment pas de pain et il n’est pas dit que l’ancien occupant de l’Elysée aurait pu faire davantage que François Hollande. La Syrie n’est pas la Libye. Mais en pointant la passivité supposée de son successeur, Nicolas Sarkozy le fait apparaître comme incapable, alors même que la France préside en ce moment le Conseil de sécurité de l’ONU, d’entraîner une communauté internationale dont la réticence à intervenir ne s’explique pas seulement par les blocages russe et chinois.

Sur le front européen aussi, François Hollande fait l’expérience de la « realpolitik ». Il croyait faire plier Angela Merkel en mettant fin au diktat de l’austérité en Europe ? Même si elle ne nécessitera ni référendum ni réunion du Congrès (Assemblée et Sénat siégeant ensemble à Versailles), l’adoption par la France du Traité de discipline budgétaire par la voie parlementaire ordinaire ne passera pas comme une lettre à la poste. Pour une partie de la gauche, le compte n’y est pas sur la croissance. Un comble : le président socialiste, pour faire adopter le texte, pourrait avoir besoin du soutien d’élus de droite. Comme s’il ne faisait que poursuivre la politique entamée par le tandem « Merkozy ». Le changement, c’est maintenant, répétait pourtant François Hollande en campagne…

Sur le plan intérieur aussi, le climat est déjà tendu. Le gouvernement, qui se retrouvera le 22 août en conseil des ministres, aura montré son volontarisme en se cantonnant à de courtes vacances studieuses « à deux heures d’avion maximum de Paris ». Mais cette bonne volonté ne sera pas suffisante pour répondre au mal-être des Français assommés par la crise. Après de nombreux plans sociaux et 8.000 suppressions d’emplois rien que chez PSA Citroën, la rentrée pourrait être très chaude…