Nucléaire : tout n'est pas sous contrôle

MICHEL DE MUELENAERE

mardi 14 août 2012, 06:47

S'il est une chose que l'on ne peut pas dire aujourd'hui à propos de la situation lamentable dans laquelle se trouvent les locaux et le matériel de la société BMB à Fleurus, c'est que tout cela était imprévisible. Pour l'instant – mais une confirmation serait la bienvenue pour les riverains – rien ne prouve qu'une éventuelle contamination radioactive s'est répandue en dehors du site de l'ancien fabricant de radio-isotopes à usage médical.

Mais même en l'absence de pollution, la situation de BMB ne peut rester en l'état. Depuis la faillite de la filiale belge du groupe américain et même auparavant alors que la devancière de BMB, Nordion, avait elle aussi rencontré de graves ennuis, la question de l'héritage de la société s'est posée.

A ceux qui s'inquiétaient, les autorités ont sans cesse répondu que la situation était suivie de près par les agences responsables. Et c'est vrai que de nombreuses réunions ont eu lieu. Que l'on a invité les propriétaires de l'entreprise, puis ses liquidateurs à assainir la situation. Que des visites de contrôle ont été menées. Résultat ? Aujourd'hui, c'est, l'Institut des radioéléments, le voisin de BMB, qui tire la sonnette d'alarme et met en demeure les responsables de prendre des mesures de protection. Difficile, à ce stade, de ne pas penser qu'un suivi plus efficace et plus rapproché de la situation sur le site de Fleurus aurait pu éviter qu'on en arrive là.

Le « tout est sous contrôle » servi régulièrement sur ce dossier par les autorités et les industriels sonne étrangement comme celui qu'on a seriné après la catastrophe de Fukushima. Il a les mêmes accents que celui qu'on entend à propos des « anomalies » dans la cuve du réacteur de la centrale nucléaire de Doel. Mais cet éternel réflexe – stratégie de défense – a fini par s'émousser et par perdre une bonne partie de sa crédibilité. Les faits sont là : en matière nucléaire, une maîtrise totale est impossible. Les contrôles les plus poussés sont possibles. Il est toujours possible de les améliorer ; et heureusement cela se fait. Mais certains paramètres risquent toujours d'échapper au radar. Et ce danger est d'autant plus grand lorsque les considérations économiques prennent le pas sur la sûreté.

Reconnaître que tout n'est pas toujours sous contrôle serait un premier pas salutaire. Resserrer encore la vigilance à l'égard de cette technologie à haut risque en serait un autre ; de préférence avant les incidents. Quant à la transparence, ce Graal évanescent, on l'espère toujours.