Cités : et si l’on passait la récup’ au Kärcher ?

JOELLE MESKENS

jeudi 16 août 2012, 06:54

A chacun sa posture, son message bien rodé et les images qui l’accompagnent. Le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls, malgré son expression de père Fouettard, jure qu’il n’est pas là pour « passer le Kärcher » dans les quartiers sensibles même s’il plaide pour la fermeté. François Hollande, après avoir promis de s’attaquer aux « caïds » lors de sa campagne électorale, s’en prend non seulement aux émeutiers mais aussi aux récidivistes en rendant hommage à deux femmes gendarmes abattues (il y a tout de même deux mois de cela !) dans le Var où il passe ses vacances. Et pendant ce temps-là, la droite ironise sur les messages « laxistes » de la ministre de la Justice Christiane Taubira et l’extrême droite fustige les « zones de sécurité prioritaires » au nom du droit républicain de vivre partout en paix…

Il a suffi qu’un quartier sensible – la zone Nord d’Amiens – s’enflamme pour que chacun reprenne ses réflexes et saisisse l’occasion de désigner son adversaire politique comme seul responsable.

Depuis trente ans que les banlieues s’enflamment en France, rien n’aurait-il donc changé ? N’y aurait-il rien d’autre à proposer que les habituels « y a qu’à » ou « faut qu’on » que la droite et la gauche se renvoient immanquablement à chaque poussée de fièvre dans les cités ? La violence des heurts entre émeutiers et forces de l’ordre et la récurrence de ces graves incidents ne devraient-elles pas conduire à sceller pour une fois l’union nationale et faire des cités une véritable urgence politique ? Du « plan Marshall » (finalement abandonné) aux zones d’éducation prioritaires, en passant par la rénovation du bâti ou les zones franches, droite et gauche ont exploré tant de voies pour sortir cette France « d’à côté » du fossé de non-droit dans lequel elle a progressivement sombré. Mais à chaque changement de majorité, c’est la même table rase. Au-delà des idéologies, les uns et les autres n’auraient-ils pas à puiser chez leurs adversaires les leçons de leur propre expérience ? Comme chaque ville aurait à apprendre des exemples étrangers ?

François Hollande veut le changement ? Chiche ! Lui qui entend prendre la sécurité à bras-le-corps osera-t-il réunir autour d’une même table ses ennemis d’hier pour tenter de transformer ensemble ces quartiers où la paupérisation, le chômage, les trafics et la violence sévissent quelle que soit la couleur du pouvoir en place ? Le rassemblement du pays qu’il appelle de ses vœux passe – aussi – par là.