La manif de Lejeune et la défense de la loi Lejeune

MARC METDEPENNINGEN

samedi 18 août 2012, 09:42

La manifestation de dimanche « pour une réforme de la Justice » (mais aussi contre la libération de Michelle Martin), organisée par Jean-Denis Lejeune, ravive les souvenirs de la colossale Marche blanche qui avait vu 330.000 Belges défiler en octobre 1996 dans les rues de Bruxelles avec le même slogan.

Les manifestants ne seront sans doute pas aussi nombreux que cette année-là. Les préoccupations demeurent les mêmes. La Justice, malgré des réformes appréciables et une place plus importante accordée aux victimes, demeure une institution le plus souvent incompréhensible, lente et chère à ceux qui en sont les consommateurs involontaires. La modernité est encore lente à s’y installer. Le jargon demeure codé. Des principes de droit, certes respectables intellectuellement, sont loin d’être compris en regard de ce que le « bon sens » ou la vie réelle enseignent. Lejeune défile demain pour demander une adaptation de la… loi Lejeune, du nom du ministre de la Justice qui instaura en 1888, au nom de la lutte contre la criminalité, le principe de la libération conditionnelle. Aucun politique n’a montré de défiance ou d’indifférence à l’égard de cette manifestation et de ses revendications. Elio di Rupo, Annemie Turtelboom, Joëlle Milquet recevront successivement le papa de la petite Julie dont l’aura de victime, malgré les critiques dont il a fait

l’objet depuis son engagement en politique (CDH), demeure intacte. L’affaire Dutroux demeure un stigmate dans la conscience de la Belgique. Seize ans après l’arrestation de Dutroux et Martin, personne ne peut encore dire ce que fut la fin de Julie, Mélissa, An et Eefje. C’est plus cette inconnue persistante qui énerve le débat sur la libération anticipée de Michelle Martin, qui détient probablement les clés de ce mystère et qui se refuse à les livrer afin qu’on l’oublie définitivement. Lui demander de parler, comme le fait Jean-Denis Lejeune, n’est pas excessif ni poujadiste. L’absence d’amendement de la complice de Dutroux ne répond pas à l’équité que devrait apporter la Justice, tant aux victimes qu’au corps social. Elle sortira de prison comme un braqueur de banque qui refuserait de rendre son butin. La délégation de sa garde à des sœurs cloîtrées apparaît comme une aberration. Les magistrats de l’ASM (Association syndicale de la magistrature) ont raison de rappeler (en page 7) l’utilité de la libération conditionnelle. Critiquer celle de Michelle Martin dans les conditions obtenues n’est pas remettre en cause ce principe qui vaut depuis 1888.