Obama : l'espoir seul ne suffit plus

JUREK KUCZKIEWICZ

vendredi 07 septembre 2012, 06:39

Il y a quatre ans, Barack Obama avait construit sa victoire électorale sur une aspiration fondamentale au changement, et sur une posture de candidat au-dessus du lot, presque au-dessus de la politique, dont la couleur de peau n'était pas le seul aspect neuf. On avait parlé de « candidature aspirationnelle », d'« audace de l'espoir », et l'intéressé s'était coulé dans une posture quasi christique.

Force est de constater que Barack Obama, qui de christique a fini par devenir hautain, est loin de livrer un bilan à la hauteur de ses promesses. Les républicains, durcis et radicalisés, et leur politique d'obstruction portent une énorme part de responsabilité dans ce bilan confus. Mais, s'en tenir à cette seule explication, comme le fait aujourd'hui le président candidat, c'est oublier que celui-ci a disposé, pendant la première moitié de son mandat, d'une majorité parlementaire. C'est là qu'il faut aller chercher la source de sa rapide défaite législative, et des difficultés qu'il a rencontrées depuis. Il n'y a pas de mystère : Barack Obama, devenu président alors qu'il était vierge de toute expérience exécutive au niveau local, et outillé seulement d'un stage effectif d'un an comme sénateur fédéral, a payé son inexpérience et sa naïveté.

Que les électeurs aient cru à son exceptionnalisme, c'est (un peu) compréhensible. Mais, en y croyant lui-même, il s'est fracassé sur les récifs implacables de la politique à Washington.

Depuis l'entame du duel avec son adversaire républicain, le président sortant s'est réduit à définir sa candidature comme un recours face à la férocité républicaine, et à l'opacité personnelle et programmatique de Mitt Romney.

Jusqu'à hier soir et au discours qu'il devait prononcer la nuit passée, il était inquiétant de constater que Barack Obama devait, pour s'extraire des argumentaires négatifs et retors, se raccrocher à des bouées surprenantes : son épouse, puis le dernier président démocrate, le politique le plus doué de sa génération (et de la suivante), mais qui est aussi l'époux de l'ex-adversaire d'Obama à la nomination démocrate de 2008…

Face à Mitt Romney, Obama conserve les meilleures chances de l'emporter. Mais il doit offrir une vision charpentée, concrète et intelligible, de son éventuel second mandat. Il ne lui suffit plus de l'emporter : son pays a besoin d'un projet et d'un leader qui sache comment le faire advenir. L'incantation à l'espoir ne resservira plus. Pour restaurer l'espoir, il faut l'ancrer dans le réel.