Embouteillages annoncés pour la présidentielle

CEDRIC PETIT

jeudi 12 avril 2012, 12:15

Les médias belges et suisses seront en première ligne lors du premier tour de la présidentielle française pour transmettre les sondages sorties des urnes, dès 18h.

A dix jours du premier tour de l'élection présidentielle française, les médias français redécouvrent la législation électorale et ses conséquences : soumis à l'interdiction de publier les premières estimations avant l'heure de fermeture des bureaux de vote, ils pourraient être 'doublés' par les sites d'information des pays voisins, suisses et belges en particulier.

L’article 11 de la loi électorale

« L'article 11 de la loi du 17 juillet 1977 conduit en outre à ce que soit interdite, jusqu'à la fermeture des derniers bureaux de vote en métropole, le 22 avril 2012 à 20 heures, la diffusion, par quelque moyen que ce soit, de tout sondage réalisé à la sortie des urnes ou d'estimations établies à partir de résultats partiels.

Pour le second tour, cette interdiction s'appliquera, de même, jusqu'à la fermeture des derniers bureaux de vote en métropole, le 6 mai 2012 à 20 heures.

La loi interdit toute forme de publication, de diffusion, de commentaire de ces sondages et estimations, quel que soit le mode de communication utilisé. Sont notamment visées par cette interdiction toutes les diffusions par voie de presse, en particulier radiophonique et audiovisuelle, sur internet (sites et blogs) ainsi que sur les réseaux sociaux. La violation de cette interdiction est punie, en vertu de l'article 12 de la loi du 17 juillet 1977 et de l'article L. 90-1 du code électoral, d'une peine de 75 000 euros d'amende. » source CNCCEP

En 2007 déjà, les internautes français s'étaient rués en masse dès 18 heures sur les sites du Soir, de La Libre, ou de la RTBF, pour y prendre connaissance des premières estimations basées sur les sondages sorties des urnes. Conséquence logique : des audiences exceptionnelles au premier comme au second tour (à hauteur de 415 000 visiteurs uniques, soit trois fois plus que les audiences moyennes normales), mais aussi de lourdes mises au point techniques pour rester accessibles.

L'effet attendu ne devrait pas être fort différent cinq ans plus tard, propulsant les médias belges et suisses en première ligne sur l'information liée à la présidentielle française.

« Notre rôle prioritaire reste d'informer le public belge sur une élection qui les intéresse de près et, ce, bien avant le premier tour » confirme Jurek Kuczkiewicz, rédacteur en chef adjoint du Soir. « Nous sommes évidemment sensibles au problème déontologique que cela pose, mais il faut aussi tenir compte de l'évolution technologique et des modes de consommation de l'information, avec une donne qui est encore différente à celle de 2007 », avec la montée en puissance des réseaux sociaux, Twitter et Facebook en particulier.

Avant 18 heures, les journalistes du Soir s'efforceront donc de recueillir les premières estimations, pour en informer ses lecteurs en ligne, sur le web et sur les mobiles. Avec un impératif constant, celui de « la qualité. L'objectif reste d'offrir une information recoupée, journalistiquement traitée, pas un flux d'informations pour occuper le terrain », continue le rédacteur en chef adjoint du Soir.

La solution viendrait-elle de la fermeture des réseaux sociaux en France, les 22 et 29 avril, comme interroge Eric Mettout sur L'Express (qui s'est par ailleurs engagé à respecter la loi) ? Il sera en effet difficile d'interdire aux internautes français de consulter les estimations ailleurs que sur les sites hexagonaux. A moins, comme le note Le Figaro, de demander à Twitter de couper l'accès à son site sur le territoire français. « Cependant, être devancé par la République islamique d'Iran, qui plus est, sur une question qui peut paraître secondaire aurait quelque chose d'inconvenant » écrit le quotidien sur son site.