Pas de résultats avant 20h : « une loi ubuesque »

JEAN-FRANCOIS MUNSTER

vendredi 20 avril 2012, 20:55

Les médias de l’Hexagone se sont engagés à ne pas diffuser les résultats de l’élection présidentielle avant 20h. Il en ira autrement en Belgique.

Pas de résultats avant 20h : « une loi ubuesque »

© AFP

Les principaux médias audiovisuels français et les neuf grands instituts de sondage auxquels ils sont associés se sont engagés par écrit vendredi devant la Commission des sondages à prendre les mesures nécessaires pour parer à tout risque de publication des estimations des résultats de la présidentielle avant la fermeture du dernier bureau de vote dimanche à 20h00.

Une déclaration solennelle qui, aux yeux de l’Etat français, était devenue nécessaire face aux nombreuses remises en cause de la loi interdisant la publication de résultats avant 20h00. Une loi complètement obsolète à l’heure d’internet et des réseaux sociaux et qui profite aux médias étrangers, dont Le Soir, qui diffusent les premières estimations sur leur site internet dès qu’elles sont disponibles – à partir de 18h45 – alors que les médias français doivent rester muets.

Les signataires de ce texte s’engagent donc à ne pas « fuiter » vers les médias étrangers comme ils avaient l’habitude de le faire lors des élections précédentes. « Des consignes très strictes sur le respect de cette loi ont été données aux membres de notre rédaction, explique Thierry Thuillier, directeur des rédactions de France Télévisions. Nous leur avons rappelé que Twitter et Facebook sont des médias et que s’ils diffusent l’information via ces canaux, ils sont passibles d’une amende (NDLR : 75.000 euros). Nous avons aussi réduit la liste des personnes qui pourront avoir accès aux chiffres ». Thierry Thuillier ne se fait néanmoins guère d’illusions sur l’autodiscipline des journalistes. « Il y aura des fuites. Mais les journalistes étrangers qui en bénéficieront n’auront aucun moyen de vérifier si ces chiffres sont sérieux puisque personne ne voudra les aider. Ils prendront dès lors le risque de diffuser des chiffres faux, voire manipulés ».

Afin de limiter les risques de fuite, la Commission des sondages a aussi obtenu des instituts qu’ils renoncent à organiser des sondages à la sortie des urnes durant la journée. Seules les extrapolations réalisées à partir des résultats réels d’un échantillon de bureaux de vote qui ferment à 18h00 seront diffusées.

Les médias respecteront la loi. Cela ne les empêche pas de dire tout le mal qu’ils en pensent. « Cette loi est ubuesque sur le fond, dénonce Thierry Thuillier. Aujourd’hui, une information produite est une information diffusée. Il faudra impérativement la dépoussiérer ». « Il y a une solution très simple, estime Serge July, éditorialiste à RTL France. Le problème vient du fait qu’il y a un double régime : les bureaux des petites villes ferment à 18h00 alors que ceux des grandes ne ferment qu’à 20h00. Que l’on aligne l’heure de fermeture de tous les bureaux à 20h00 et le problème est réglé ».

Au « Soir », cet engagement des médias français et instituts de sondage à respecter scrupuleusement la confidentialité des premières estimations ne suscite pas l’inquiétude. « La publication des résultats de la présidentielle n’a jamais été une obsession pour nous, réagit Jurek Kuczkiewicz, rédacteur en chef adjoint. Lorsqu’une information circule, on la valide et on la donne. C’est tout. Ce n’est pas un enjeu majeur pour nous ».