Duel Hollande - Sarkozy au second tour de la présidentielle

Rédaction en ligne

dimanche 22 avril 2012, 23:49

François Hollande (28,10% des voix) et Nicolas Sarkozy (26,98%) s'opposeront lors du second tour de la présidentielle, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur français. Marine Le Pen arrive à la troisième place (18,76%), devant Jean-Luc Mélenchon (10,89%) et François Bayrou (9,19%). Tous les chiffres

Duel Hollande - Sarkozy au second tour de la présidentielle

AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD / THIERRY ZOCCOLAN

De notre envoyée permanente à Paris

Les estimations du premier tour de la présidentielle française

François Hollande 28,10% Nicolas Sarkozy 26,98% Marine Le Pen 18,76% Jean-Luc Mélenchon 10,89% François Bayrou 9,19% Eva Joly 2,19% Philippe Poutou 1,20% Nathalie Arthaud 0,60% Jacques Cheminade 0,25%

Vendredi encore, François Hollande se laissait aller à imaginer quelques hypothèses. Une « noire », d'abord. Celle d'un sursaut surprise de la droite. Une « grise », ensuite. Celle d'une première manche mitigée, avec un jeu qui resterait ouvert pour le second tour. Et puis un scénario « rose », enfin. Celui où le vote effectif des Français viendrait confirmer la tendance que tous les sondages prédisent depuis des mois. Un chemin vers l'Elysée… C'est cette dernière version que les Français ont concrétisée, ce dimanche. Le candidat socialiste prend dès à présent une option vers la victoire. Il a déjà un pied à l'Elysée… Mais la gauche doit modérer sa joie, car le Front national, sans toutefois parvenir au second tour, crée un nouveau choc.

François Hollande obtient un score de 27,65%, selon une totalisation nationale établie dimanche à 20h38 par le ministère de l'Intérieur. Une première place qui crée une dynamique. Nicolas Sarkozy n'arrive pas seulement deuxième. Avec un résultat autour de 26,56%%, le candidat-président arrive loin derrière son concurrent. Dans une situation qui lui interdit pratiquement d'espérer encore pouvoir inverser la tendance dans les deux semaines qui le séparent du tour décisif. A moins, ultime chance pour Nicolas Sarkozy de l'emporter, de rabattre vers lui la très large majorité des électeurs du Front national ?

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Le Pen, troisième

Car Marine Le Pen est pointée très haut, à 19,73% ! Pour la candidate du Front national, c'est une victoire personnelle. Même si elle n'est pas au second tour comme son père Jean-Marie Le Pen en 2002, elle fait un score supérieur à celui qu'il avait alors obtenu il y a cinq ans (17%). La chef de file de l'extrême droite, qui avait fait le pari de « dédiaboliser » son parti, n'a pas échoué dans cette entreprise. Elle peut espérer à présent « casser » le paysage politique et tenter une recomposition de la droite en tentant de s'allier avec l'aile la plus dure de celle-ci.

Jean-Luc Mélenchon voit quant à lui s'éloigner son rêve. Le candidat du Front de gauche n'a pas accompli ce qu'il aurait considéré comme un « exploit historique » : devenir le « troisième homme » de l'élection, en dépassant la candidate du Front national. Mais avec un score autour de 10,64%, il n'a pas à… rougir. Il restera la surprise de cette cuvée présidentielle 2012 et pourra peser de son influence pour mettre le curseur de la politique à gauche en cas de victoire de François Hollande le 6 mai. Même si, comme il l'a toujours dit, Jean-Luc Mélenchon ne fera pas partie d'un gouvernement socialiste en cas de victoire de la gauche dans deux semaines.

Pour François Bayrou, la déception est amère. Le centriste, qui avait été le troisième homme de l'élection il y a cinq ans avec 18,5%, s'effondre ce dimanche. Il n'atteint plus que 9,21%. Et cela, alors que le climat de crise et d'inquiétude pour la zone euro aurait dû profiter à celui qui avait averti très tôt du danger que représentait la dette. Avec un tel score, il ne sera même pas l'arbitre de l'élection. Quand bien même Nicolas Sarkozy lui ferait les yeux doux pour Matignon, le compte n'y serait pas pour l'emporter. Le centriste aurait ainsi tout à perdre en se ralliant à celui dont il n'a cessé de prendre ses distances ces dernières années. Même la tâche de recomposer le centre, en agrégeant autour de son MoDem les chapelles du « Nouveau centre » (d'Hervé Morin) et du « Parti Radical » (de Jean-Louis Borloo), ne sera pas aisée pour lui.

Au soir du premier tour, « un tout nouveau match commencera », avait coutume de répéter Nicolas Sarkozy aux plus sceptiques de ses lieutenants. Mais on voit mal, désormais, comment, même en mettant le cap encore plus à droite qu'il ne l'avait fait au premier tour, il pourrait encore inverser la tendance en espérant récupérer les voix du Front national. Le pari gagnant qu'il avait fait en 2007 (siphonner les voix de l'extrême droite) vient de montrer cinq ans plus tard toutes ses limites. En banalisant les thèses du FN tout en décevant son propre électorat, il a ramené les électeurs de la droite la plus dure à leur bercail.

Joëlle Meskens