L’abécédaire de la présidentielle française
Rédaction en ligne
dimanche 22 avril 2012, 13:38
De A à Z, ce qu’il faut retenir de la campagne du premier tour de la présidentielle. Par Joëlle Meskens, notre envoyée permanente à Paris.
AFP
Rédaction en ligne
dimanche 22 avril 2012, 13:38
AFP
Par Joëlle Meskens, envoyée permanente à Paris
A comme Absent : Dominique Strauss-Kahn. Ultra-favori jusqu’au coup de théâtre de mai dernier, DSK a été totalement absent. Ni la droite ni la gauche n’ont pratiquement fait mention de l’ancien directeur général du FMI. Son épouse Anne Sinclair animera ce dimanche la soirée électorale sur la chaîne d’info continue BFM-TV.
B comme Beignes : Les noms d’oiseaux ont volé. Nicolas Sarkozy a traité François Hollande de « nul «, François Hollande s’est mis dans la peau de Nicolas Sakozy en s’imaginant en « sale mec « . Jean-Luc Mélenchon a traité Marine Le Pen de « semi-démente « . Même les femmes s’y sont mises. A propos de Corinne Le Page, Eva Joly s’est lâchée : « Je l’emmerde ! « .
C comme Communistes. On les croyait promis à la galerie de paléontologie du musée de l’histoire politique. Le parti n’avait cessé de s’éroder depuis la deuxième guerre mondiale. Au point de réaliser un piètre 2 % lors de la présidentielle de 2007 avec Marie-George Buffet. Mais Jean-Luc Mélenchon leur a redonné de l’oxygène. Leur alliance au sein du Front de gauche les a tout bonnement ressuscités.
D comme Dette. En 2007, François Bayrou avait été le premier à alerter la France sur l’ampleur de la dette. Depuis la crise de l’euro, il en a beaucoup été question durant cette campagne. Elle a contraint les candidats à ne pouvoir pratiquement faire aucune promesse sur le plan économique… si ce n’est celle de revenir à l’équilibre budgétaire…
E comme Europe. Rarement il en aura été autant question. Le président-candidat lui a même consacré vingt minutes de son discours lors de son grand meeting de Villepinte. Nicolas Sarkozy menace l’Union de suspendre les accords de Schengen si des contrôles ne sont pas renforcés aux frontières. François Hollande veut renégocier le traité européen de discipline budgétaire.
F Comme Fiscalité. Il a été beaucoup question d’impôts. Hollande fait même d’une grande réforme fiscale l’un des axes essentiels de son programme. Il a surtout été question d’impôts sur les riches. Le candidat socialiste veut taxer à 75 % les revenus au-delà d’un million d’euros. Nicolas Sarkozy veut s’attaquer aux exilés fiscaux.
G comme Girouettes. Elles vont, par principe, là où le vent les porte. Observer leur mouvement indique donc sa direction. D’anciens ministre de centre-droit (Jean-Jacques Aillagon, Corinne Le Page, Azouz Begag, Brigitte Girardin) ou d’ouverture (Martin Hirsch, Fadela Amara), ont apporté leur soutien à François Hollande.
H comme Halal. La menace d’une « généralisation de la viande halal « a un temps occupé les esprits. Avec, en débatteurs principaux, la candidate du FN, Marine Le Pen, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant et le président-candidat Nicolas Sarkozy.
I comme Imitation. Chaque candidat a cherché à copier l’autre. Mélenchon faisait à chaque fois un tabac en organisant un meeting en plein air ? Les deux favoris s’y sont mis. Ils ont même réussi l’exploit d’organiser chacun leur grand meeting en extérieur le même jour (dimanche dernier) et pratiquement à la même heure. Sarkozy à la place de la Concorde et Hollande sur l’esplanade du Château de Vincennes. Le premier a grillé la politesse au second en parlant avant lui, alors que l’inverse était prévu. Bien joué : il a capté la retransmission en direct sur les chaînes d’info continue. Hollande n’a eu droit qu’au différé…
J comme Justice. C’est le seul critère sur lequel Hollande, en cas de victoire, veut être jugé au terme de son mandat.
K comme K-O. Les règles du jeu de la présidentielle ont pris un sérieux coup. Le système des 500 parrainages a du plomb dans l’aile. Comment se fait-il qu’un candidat qui promet de coloniser Mars (Cheminade) ait pu obtenir ses signatures alors qu’un ex-Premier ministre (Villepin) n’ait pas eu ses parrainages ? La règle de non-divulgation des résultats avant vingt-heures ne tient plus la route non plus à l’ère de Twitter.
L comme loufoque. Loufoque, oui, de voir les mêmes temps de parole réservés à de petits candidats aux programmes farfelus (revoici Cheminade) qu’à ceux qui pourraient être amenés le mois prochain à présider la France.
M comme Merah. Les tueries de Toulouse et de Montauban ont pu laisser penser que la campagne allait se déplacer sur le terrain de l’insécurité et de la lutte contre l’islamisme. Après quelques jours de campagne « suspendue « et après les propositions faites par Nicolas Sarkozy pour renforcer la loi, les débats sont revenus sur d’autres enjeux.
N comme National Socialisme. Le mot a été prononcé par Jean-Marie Le Pen, ex-président du Front national et désormais boulet pour sa fille Marine. L’ancien candidat a assimilé les initiales de Nicolas Sarkozy à celles du National Socialisme. De quoi plomber un longue entreprise de « dédiabolisation « du parti d’extrême-droite.
O comme Opportunistes. Le bal des prétendants a déjà commencé autour du favori, François Hollande. Les courtisans se rappellent à son bon souvenir. Mais le candidat socialiste ne veut écouter aucune sirène. Il pourrait avoir déjà son architecture en tête : Martine Aubry à Matignon, Laurent Fabius aux Affaires étrangères, Ségolène Royal au « perchoir « de l’Assemblée ?
P comme Plage. Sous les pavés, la plage. Ou l’inverse ? Le rassemblement du Prado, à Marseille, derrière Jean-Luc Mélenchon samedi dernier restera comme l’une des images les plus fortes.
Q comme QG. Chaque candidat a son repaire. Qui en dit long sur la tonalité qu’il veut donner à sa campagne. Pour Hollande, un ancien ministère dans un quartier chic (pratique, même si cher), pour Sarkozy, un immeuble banal d’un quartier « classes moyennes « (petit, mais « anti-bling bling « ), pour Mélenchon, un lieu parfaitement trouvé : « L’usine «, aux Lilas, en banlieue.
R comme Royal. Autre image forte de la campagne. Après les pleurs de la primaire socialiste (7 % à peine pour l’ancienne candidate), la réconciliation avec le père de ses quatre enfants lors du meeting de Rennes le 4 avril.
S comme Safari. L’idée la plus incroyable de cette campagne ! On la doit à Eva Joly. La candidate écolo a organisé un « safari « dans les endroits emblématiques des « errements « du quinquennat de Sarkozy. Avec escale du bus devant le « Fouquet’s «, sur l’île de la Jatte où il a acquis un appartement avec un « emprunt douteux «, selon l’ex-magistrate.
T comme twitter. Le réseau de micro-blogging va faire exploser ce soir la règle de non divulgation des résultats avant vingt heures. Prêtez attention aux messages codés. Quel score pour le match « Hollande-Hongrie ? « ;-)
U comme utopie. De fortes audiences télévisées, une large participation dans les meetings, une ferveur sur le terrain. Et des rêves parmi les militants et les sympathisants. Mais les programmes des candidats ne pourront pas forcément répondre aux attentes des citoyens. Faute de marges de manœuvre, cette élection se fait sans grandes promesses.
V comme Villepin. Mais où est passé l’ancien premier ministre ? Dominique de Villepin voulait être candidat. Faute de parrainages, il n’est pas sur la grille de départ. Mais on ne l’a pratiquement pas entendu. Pour qui votera-t-il ? Pour François Hollande, comme une partie du clan des chiraquiens ? Oh oh, cela n’améliorerait pas ses relations avec son ennemi juré, Nicolas Sarkozy, qui voulait le « pendre à un croc de boucher « au moment de l’affaire Clearstream.
W comme Woerth. L’ancien trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 a fait une courte apparition dans cette campagne, lors de sa mise en examen. Mais pour le reste ? Les conditions du financement de cette campagne n’ont quasiment pas été décortiquées. Le président-candidat a esquivé les (rares) questions gênantes autour de cette affaire.
X comme Monsieur X. Si François Hollande est élu, ce sera un quasi-inconnu qui s’installera à l’Elysée. Jamais un candidat n’aura été aussi pudique. Lors du lancement de sa campagne au meeting du Bourget, il était censé « fendre l’armure « . Tout juste y a-t-on appris, en une minute trente ou à peu près, qu’il était issu d’une famille qui n’avait pas reçu la gauche en héritage…
Y comme « Y a qu‘à « . Le programme de Marine Le Pen, qui prévoit notamment la sortie de l‘euro, le retour au franc et une « diminution par vingt « de l‘immigration est totalement irréaliste.
Z comme Zig zag. Il y en a eu pas mal. Sarkozy, longtemps étiqueté comme président « bling bling «, s‘est présenté comme « candidat du peuple « . Hollande, qui a désigné la finance comme son ennemi principal, a ensuite voulu rassurer la City britannique en disant : « I am not dangerous « .