« L'ombre de Le Pen planera sur la campagne du second tour »

Rédaction en ligne

lundi 23 avril 2012, 07:27

La presse française - tout comme la presse internationale - souligne la troisième place de Marine Le Pen et son score record mais épingle aussi la forte mobilisation des électeurs.

« L'ombre de Le Pen planera sur la campagne du second tour »

© AFP

« Une fois encore, au lendemain du premier tour d'une élection présidentielle, la France républicaine se réveille avec une vague gueule de bois », constate Jean-Francis Pécresse dans Les Echos en faisant référence au score de Marine Le Pen (18 %) dont « l'ombre planera sur la campagne du second tour ».

Pour Nicolas Demorand dans Libération, « jamais l'extrême droite n'a été aussi forte en France. Ce qui donne à ce premier tour un air de 21 avril, pas aussi tragique qu'il y a dix ans, mais tout aussi inquiétant ».

« Le Front de gauche avait senti le danger et, seul parmi les grandes formations politiques, avait désigné le Front national comme son ennemi » assène Patrick Apel-Muller dansl'Humanité.

Marine Le Pen « s'installe dans le paysage, pulvérise Mélenchon », relève Didier Louis dans le Courrier Picard. « Le FN s'impose à nouveau comme une force incontournable », note Bruno Dive dans Sud-Ouest. « Près d'un électeur sur cinq adhère au programme de Le Pen fille » écrit Philippe Palat dans le Midi Libre.

Etienne Mougeotte, de son côté dans Le Figaro, après avoir constaté que « François Hollande aborde donc en tête la dernière ligne droite de l'élection présidentielle », veut croire que « c'est un avantage certain mais qui n'est pas décisif compte tenu du score décevant de Jean-Luc Mélenchon ».

Les éditorialistes insistent également sur le fort taux de participation, que n'avaient pas prévu les sondages, qui « se rapprochent peut-être de la réalité, mais n'en constituent jamais l'image exacte » résume Patrice Chabanet, du Journal de La Marne.

Bon nombre notent aussi « la nette victoire de François Hollande » (28,6 %), selon Nicolas Demorand et « le désaveu cinglant » pour le président sortant Nicolas Sarkozy (27 %), selon Jean-Claude Souléry dans la Dépêche du Midi.

Après les résultats et les constats, certains déjà se projettent sur le second tour : « Trouver les mots, les attitudes, les engagements propres au rassemblement qui évitera de confier l'Elysée à la gauche le 6 mai », voici l'immense défit de Nicolas Sarkozy, écrit Etienne Mougeotte.

« L'avantage, pour l'instant, va à François Hollande. En tout état de cause, Nicolas Sarkozy est dos au mur. Mais c'est dans ces situations-là qu'il est le plus dangereux pour ses adversaires », prévient Philippe Waucampt dans le Républicain Lorrain.

« Pour François Hollande, comme pour Nicolas Sarkozy, il va s'agir désormais d'aller chercher les voix de ceux qui ont fait un autre choix qu'eux, ce dimanche. (…) Maintenant, c'est une nouvelle élection qui s'ouvre » conclut Patrick Planchenault, dansl'Est-Eclair.

La presse européenne, sceptique sur les chances de Sarkozy

La presse européenne se montre sceptique sur les chances de Nicolas Sarkozy de conserver le pouvoir en France à l'issue du second tour de l'élection présidentielle le 6 mai face au socialiste François Hollande, tout en soulignant unanimement le score au premier tour de Marine Le Pen et, dans une moindre mesure, celui de Jean-Luc Melanchon.

La presse britannique estime que seul un miracle pourrait maintenir Nicolas Sarkozy au pouvoir.

Sous le titre « Sarkozy confronté à la défaite », le Times (centre-droit) note que c'est la candidate d'extrême-droite, Marine Le Pen, ayant engrangé un record de voix (18,1 %), qui pourrait décider des résultats du second tour.

Le Guardian (libéral) souligne que Hollande est « sur la crête de la vague de gauche », mais que les résultats « stupéfiants » obtenus par Marine Le Pen ont refroidi l'enthousiame. Et le journal d'intituler son éditorial : « victoire aigre-douce pour la gauche ».

Pour le quotidien, Sarkozy « a besoin d'un miracle » au second tour pour garder son poste, les résultats des élections ayant prouvé que la France « en avait assez de son président ».

Les quotidiens expriment aussi une appréhension en cas de victoire de Hollande, ce dernier ayant déclaré la guerre à la finance.

Le Daily Telegraph, notamment, fait part de son scepticisme concernant Hollande, le qualifiant « de socialiste terne qui a déclaré que la finance est son véritable ennemi ».

Le Times, qui soutenait samedi Sarkozy, exprime aussi son inquiétude concernant le programme de Hollande, l'accusant de se lancer dans « une politique économique fantaisiste qui affaiblirait les perspectives d'un rétablissement économique de l'Europe et diminuerait son poids diplomatique ».

Les journaux allemands ont vu « un vote de colère » dans les résultats du premier tour de dimanche.

C'est l'hebdomadaire allemand Der Spiegel qui utilise l'expression en gros titre sur son site internet dimanche soir, voyant dans ces résultats le signe que « les Français sont frustrés à la vue de l'état de leur pays et en colère contre leur président Nicolas Sarkozy ». Der Spiegel estime que l'événement saillant est le score de Marine Le Pen. « Marine Le Pen est crédible pour les classes modestes françaises qui souffrent, elle parle leur langage avec ses tirades contre les immigrés et les élites », écrit l'hebdomadaire.

Beaucoup de journaux relèvent aussi le score réalisé par Jean-Luc Mélenchon, et que l'addition des scores des candidats hostiles à la globalisation ou à l'Union européenne représente près d'un tiers des votants.

« Hollande et Sarkozy vont maintenant devoir tenter de séduire cet imposant réservoir de mécontents pour le deuxième tour – les extrêmes vont leur forcer la main », estime lundi le journal berlinois Tagesspiegel.

« Si Sarkozy veut encore gagner au deuxième tour, il devra gagner à la fois les voix de l'extrême-droite et du centre – ce qui serait en tout état de cause une prouesse inédite dans l'arithmétique politique », estime le quotidien de référence Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Pour le Financial Times Deutschland, il s'agit « d'abord et avant tout d'un vote de rejet » contre Nicolas Sarkozy. « Quel échec pour un chef d'Etat sortant de faire si mauvaise figure face à un adversaire comme François Hollande, dont la campagne a consisté avant tout à esquiver et qui n'a jamais vraiment réussi à enthousiasmer ses partisans », ajoute encore le quotidien de référence du milieu des affaires.

« Cela ne se présente pas bien pour Sarkozy », commentait dimanche soir le quotidien économique néerlandais Het Financieele Dagblad, tandis que le quotidien De Volkskrant affirme que le second tour des élections est assez « prévisible » et que la « surprise du jour » réside dans les résultats engrangés par Marine Le Pen.

Le quotidien consacre aussi un article aux Français qui ont twitté les résultats « en langage codé », pour contourner la loi française qui interdisait toute publication de sondages ou d'estimations de résultats avant la fermeture des derniers bureaux de vote à 20H00 (18H00 GMT).

La Repubblica (gauche) qui estime que « Sarko compte maintenant sur les électeurs du Front national ».

« Hollande en route vers la victoire », « il gagne le premier round », « plus de votants que prévu », résume le quotidien suédois Dagens Nyheter.

Au Danemark, le quotidien Politiken estime que « les Français (sont) lassés de Sarkozy ». Pour son correspondant à Paris, « François Hollande peut compter sur un soutien massif des électeurs de gauche tandis que le président aura la lourde tâche de convaincre les électeurs de Marine Le Pen de voter pour lui ».

Pour l'agence de presse Ritzau, « François Hollande a mené une campagne modérée en promettant de créer un nouveau consensus dans la politique française. L'actuel président Sarkozy a en revanche été plus offensif avec entre autres un message clair affirmant qu'il est le seul en mesure de redresser l'économie touchée par la crise et en promettant une politique ferme vis-à-vis des étrangers. » En donnant une avance à François Hollande, les Français ont « voté pour la Grèce », estime Ta Nea, principal quotidien grec (centre-gauche) sur son site internet, qui avait salué dans la semaine le candidat socialiste comme un « Roosevelt européen », en raison de son soutien aux mesures de croissance en France et en Europe, face aux politiques d'austérité prônées notamment par le duo Merkel-Sarkozy.

« S'il est élu président, cela fera pression sur Angela Merkel pour un tournant complet de la politique européenne, avec moins de rigueur, et plus d'accent sur le développement », estime le quotidien. Le 6 mai, date du 2e tour de la présidentielle française et d'élections législatives cruciales en Grèce, constituera une « étape importante de l'histoire européenne contemporaine », ajoute le journal.

(AFP)