Duel à distance tendu entre Hollande et Sarkozy

Rédaction en ligne

vendredi 27 avril 2012, 09:00

Les deux derniers candidats à la présidentielle ont répondu aux questions de David Pujadas dans « Des Paroles et des Actes » sur France 2. Sans croiser le fer. Le résumé de l'émission.

Duel à distance tendu entre Hollande et Sarkozy

François Hollande et Nicolas Sarkozy ont poursuivi jeudi leur duel avant leur face-à-face du 2 mai, interrogés à tour de rôle sur France 2, notamment sur la question de la présomption de légitime défense pour les policiers.Sur base d'un tirage au sort, c'est François Hollande qui a pris la parole en premier lieu.

Hollande: "Aucune protection pour le chef de l'Etat"

D'emblée, il se dit "confiant". Mais "mobilisé". Et estime que la priorité des priorités, ce sont "les jeunes".

Le candidat socialiste a refusé une nouvelle fois de dire s'il estimait ou pas qu'il y avait trop d'étrangers en France. "Je n'expulserai pas des étrangers qui sont en situation légale", s'est contenté de répondre le député de Corrèze. Pressé avec insistance de donner son opinion sur la présence de ressortissants étrangers en France, il a répondu avec nervosité: "Je n'ai pas à donner un sentiment: est-ce qu'il y a trop d'étrangers?" "Je ne suis pas un commentateur de la vie publique, je suis le prochain président de la République si les Français en décident", a-t-il ajouté, semblant un instant perdre patience. Il a martelé sa position: "Les étrangers qui sont en situation régulière sur notre territoire ne seront pas expulsés. En revanche, les étrangers qui sont en situation irrégulière, qui n'ont pas à être sur notre territoire, seront - laissez-moi terminer - seront reconduits à la frontière"

A propos du débat qui l'opposera le 2 mai à son adversaire Nicolas Sarkozy : "Je souhaite que ce soit un débat qui permette d'aller au fond des choses. Je souhaite que ce soit un débat digne", il est "attendu" et "sera regardé par 20 millions de téléspectateurs sans doute et parce que ce sera le prochain président qui sortira de ce duel". Il faut que "ce soit à la hauteur de la situation, de la crise (...) et donc de donner espérance par rapport à cette décision qui sera grave par rapport aux Français". "Je ne me laisserai pas entraîner au pugilat", a-t-il affirmé.

François Hollande a affirmé, à l'adresse de Nicolas Sarkozy, qu'il ne "laissera(it) pas dire qu'il y a du vrai travail et du faux chômage". "Aujourd'hui, vous connaissez beaucoup de chômeurs à qui on propose des emplois et qui les refusent ? Très peu". "Je ne laisserai pas dire qu'il y a du vrai travail et du faux chômage. Non, il y a du travail qui mérite d'être proposé et puis du chômage qui mérite d'être combattu (...) Je ne laisserai pas ce discours prospérer", a-t-il ajouté. "La progression du chômage est considérable sur les cinq dernières années, plus de 33%, et ça touche et les jeunes et les seniors, avec une aggravation même pour le chômage de longue durée", a-t-il affirmé. "Le constat est implacable. Le candidat sortant avait dit qu'il serait jugé sur le taux de chômage, il le sera: il avait promis de le ramener à 5%, il sera à 10", a-t-il dit.

"Le Front national est autorisé à se présenter", a fait valoir le candidat socialiste. "Est-ce que son fonctionnement est démocratique ? ça je n'ai pas de vérification", a-t-il poursuivi. "Est-ce qu'il contribue à l'expression du suffrage ? Oui puisqu'il a récolté les voix d'un certain nombre de millions de nos citoyens".

François Hollande a ensuite répondu "oui" à la question de savoir s'il avait parlé avec Jean-Luc Mélenchon depuis dimanche. "J'ai trouvé que sa déclaration était claire, simple", a affirmé Hollande. Il a indiqué avoir adressé au leader du Front de gauche "un message très simple de remerciements de ce qu'il avait dit"."Jean-Luc Mélenchon a fait un résultat très honorable, 11% un peu plus, il est un peu déçu, il aurait tort car c'est un beau résultat", a-t-il jugé.Il a aussi souligné que son rival de gauche au 1er tour n'avait "pas posé de conditions particulières".

Enfin, François Hollande a affirmé que s'il était élu, il n'y aurait "aucune protection" pour le chef de l'Etat pour des "actes antérieurs" à sa prise de fonction. Hollande a répété qu'il était favorable à "la suppression du statut pénal du chef de l'Etat" qui empêche actuellement les poursuites durant le mandat du président, affirmant qu'il ne voulait "aucune protection" pour des "actes antérieurs" à la prise de fonction.

Sarkozy : "Je ne veux pas d'un permis de tuer"

Nicolas Sarkozy a condamné les propos du député UMP Lionnel Luca surnommant "rottweiler" la compagne de son rival François Hollande, Valérie Trierweiler, ajoutant qu'il "détesterait qu'on fasse ça avec (son épouse) Carla". "Je condamne, je ne m'associe en rien à ça, je suis même prêt à dire à Valérie Trierweiler, que je connais voyez-vous parce qu'elle est journaliste, que je suis désolé si elle a été blessée", a déclaré le président sortant et candidat UMP lors dès son entrée à l'émission "Des paroles et des actes".

Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il était "le dernier à vouloir donner un permis de tuer à un gendarme ou à un policier" en proposant une "présomption de légitime défense"."Ces policiers avec une présomption de légitime défense seraient mieux protégés", a dit Sarkozy.

Le président-candidat a également fait son mea-culpa sur l'expression de "vrai travail" qu'il avait utilisée, en admettant que ce n'était "pas une expression heureuse"."Sur le vrai travail, ce n'est pas une expression heureuse, je le dis bien volontiers et ça ne me gêne pas de le dire. Je voulais dire une vraie fête du travail", a-t-il déclaré.

Nicolas Sarkozy a ensuite lancé une pique contre France télévisions en soulignant que la chaîne avait annoncé un score "faux" au soir du premier tour de la présidentielle, sans le corriger. "Je ne veux pas être désagréable avec France Télévisions", a commencé le président-candidat. "Mais on a eu ce spectacle inédit un soir d'élection présidentielle, c'est que les Français qui ont regardé votre chaîne, et vous avez eu un grand succès, c'est que vous avez annoncé un score qui était faux" (..) "une erreur qui n'était pas corrigée". "Les Français qui sont restés sur France Télévisions jusqu'à 23H30 n'avaient pas les résultats, ils les ont découverts le lendemain", a-t-il insisté.

Nicolas Sarkozy a ensuite affirmé qu'il n'était "pas choqué" par l'idée de faire effectuer aux condamnés "pour certains délits" une peine de "perpétuité réelle", comme le propose Marine Le Pen.

Le président-candidat de l'UMP a aussi déclaré que, s'il était réélu, les ministres ne pourraient plus exercer de mandat électif pendant leur passage au gouvernement. "Il faut que je fasse mon mea-culpa. Ce n'est pas normal que les ministres puissent être maires ou présidents d'exécutif. Quand on est ministre, on ne doit faire que ça", a-t-il dit.

Nicolas Sarkozy a enfin salué l'ancien président PS François Mitterrand, sous lequel "les deux tiers des réacteurs nucléaires ont été mis en service", et il accusé la gauche de vouloir sacrifier ce patrimoine "pour calmer l'appétit électoral" des écologistes. "On va supprimer 24 réacteurs nucléaires sur les 48 que nous comptons simplement pour calmer l'appétit électoral de Mme (Eva) Joly qui pèse 2,2 % des voix (...) C'est une folie". "Est-ce que vous pensez qu'il est normal de supprimer le nucléaire en France au moment ou les prix du gaz et du pétrole s'envolent (...) Est-ce que c'est le bon moment", a-t-il demandé."C'est une folie, c'est un choix impardonnable", a-t-il conclu.

"Dans la situation actuelle de notre pays, il faut un Premier ministre qui ait une certaine expérience", a terminé le chef de l'Etat. Lorsqu'un journaliste a lancé le nom d'Alain Juppé, son actuel ministre des Affaires étrangères qui a été Premier ministre sous Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a noté en souriant qu'"il n'est pas le seul à avoir de l'expérience".