Présidentielle : « Le 1er mai et le débat pour renverser la vapeur »

Rédaction en ligne

lundi 30 avril 2012, 14:44

À 6 jours du second tour de la présidentielle, les coups bas pleuvent dans la campagne tandis que les sondages semblent stagner complètement. Tout est-il désormais joué ou la situation peut-elle encore s’inverser ? Joëlle Meskens a répondu à vos questions lors de ce 11H02.

routes ces affaires qui (re)surgissent à une semaine du second tour… Peut-on parler de hasard ?

« L’affaire de DSK chez Julien Dray ressemble fort à une gaffe. Il est très étrange que le député socialiste ait invité DSK sans prévenir le reste de ses hôtes. »

« De toute façon, hasard ou pas, il est certain que les deux candidats finalistes ne vont pas hésiter à se servir de ces affaires pour déstabiliser l’adversaire. »

Faut-il croire tous ces sondages, parfois péremptoires ?

« Autre question : ce genre d’affaires, utilisées parfois à outrance, influencent-elles les sondages et le résultat final ?

« Cela n’a jamais été prouvé… On constate en tout cas que les résultats des sondages n’ont pas évolué depuis la semaine dernière. Et puis, ce qui est important, ce ne sont pas tellement les chiffres mais plutôt la dynamique de ces résultats. Or, six points d’écart entre Sarkozy et Hollande, à moins d’une semaine du second tour, cela reste une différence sensible. »

« Évidemment, rien n’est encore joué et il faudra attendre les journées du 1er mai et du débat pour estimer si la vapeur a pu s’inverser ou pas. »

Que va-t-il se passer, concrètement, le 1er mai ?

« Si, traditionnellement, les syndicats et le Front National célèbrent – chacun à leur manière forcément – cette fête du travail, on constate une réelle appropriation du 1er mai par les deux candidats à la présidentielle. »

« D’ailleurs, François Hollande a rétorqué au président sortant, qui avait parlé de célébrer le « vrai travail », qu’il était, lui, le président du vrai chômage. »

Nicolas Sarkozy déclarait récemment que « frontières » était synonyme de « liberté ». N’y a-t-il aucune limite dans les discours des candidats ?

« Rappelons que Sarkozy comme Hollande veulent tous deux récupérer un maximum de voix frontistes, étant donné le score étonnant de Marine Le Pen au premier tour. Mais chacun s’adresse à son électorat différemment. »

« Le socialiste a misé énormément sur la constance, contrastant par là même avec Sarkozy. Il ne dévie pas trop de ses idées, même lorsqu’il tente de séduire les électeurs du Front National. Il use toujours d’un discours très rassembleur. »

« Le président-candidat, lors de son meeting hier soir, a opté pour un discours complètement libéral, très à droite. Il a mis en avant les valeurs chrétiennes du peuple français, a encore parlé d’identité nationale… Bref, il a employé un lexique généralement monopolisé par l’extrême droite. Sur le fond cependant, et bien que Sarkozy pousse le flirt frontiste assez loin, il faut bien reconnaître que les concepts de l’UMP sont différents de ceux du FN. »

Quelles sont les prédictions quant au report des voix des candidats éliminés ?

« Sans surprise, c’est sur le parti de Marine Le Pen que l’attention se focalise. En 2007, les deux tiers de son électorat avaient voté pour Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, la situation n’est plus la même et l’on constate toujours un anti-sarkozysme assez virulent au sein de la population française et auquel les électeurs d’extrême droite n’échappent pas non plus. »

« C’est pourquoi on résume le report des voix frontistes aux trois tiers. C’est-à-dire, un tiers pour Sarkozy, un tiers pour Hollande et un tiers, désabusé, qui voterait blanc. Or, pour gagner, le président sortant aurait besoin de la quasi-totalité des voix de Marine Le Pen. Mais en batifolant trop étroitement avec ses électeurs, il s’attirerait immanquablement les foudres de ses supporters plus modérés et de l’électorat de Bayrou. »

Beaucoup restent persuadés par l’aisance télégénique de Sarkozy, qui contrasterait avec un François Hollande plutôt maladroit et qui serait en plein doute. À votre avis, qu’en est-il vraiment ?

« Personne ne pourrait nier l’efficacité de Sarkozy à la télévision, qui est sans doute l’outil médiatique qu’il maîtrise le mieux. Mais il est clair aussi que François Hollande a été grandement sous-estimé. »

« De plus, leur position lors de ce débat est différente. Le socialiste, qui part favori dans les sondages, y a plus à perdre qu’à gagner. Il lui sera donc possible de jouer l’esquive sur certains points sensibles, mais pas trop non plus pour éviter de perdre toute consistance. »

« Sarkozy va devoir le titiller là où ça fait mal. Mais pour lui aussi, le débat ne sera pas qu’une partie de plaisir et il va devoir faire attention à ne pas déraper. En somme, aucun des deux candidats n’aura vraiment l’avantage sur son adversaire. »

Comment se déroule un tel débat ?

« De nombreuses négociations ont lieu au préalable entre les deux candidats. Ils se mettent d’accord sur les sujets qu’ils vont aborder, sur les thèmes principaux du débat, sur la durée… Bref, aucun n’arrive sur le plateau complètement démuni, le but étant au contraire de s’y présenter le mieux préparé possible. C’est en fait un véritable exercice physique. »

Quels sont les points forts des deux finalistes ?

« François Hollande va sans aucun doute se servir du bilan de son adversaire pour tenter de le discréditer. Il pourra pointer du doigt le chômage et les mauvaises performances économiques de la France, tandis que Sarkozy se servira de la crise pour justifier ces points noirs de son quinquennat. »

« Le président-candidat, lui, mettra en avant l’ambiguïté du candidat socialiste pour le déprécier le plus possible. Il existe plusieurs sujets sur lesquels Hollande est assez flou, dont l’immigration. »

Peut-on dire que les dés seront définitivement jetés après le débat ?

« En tout cas, ce sera la dernière chance pour les deux candidats de faire bouger les choses. Sinon, on considère qu’aucun débat de finale présidentielle n’a jamais vraiment changé la donne. Seule exception envisageable, le débat de 1974. On se souvient de la réplique de Valéry Giscard d’Estaing à François Mitterrand. « Vous n’avez pas le monopole du cœur », s’était vu répondre ce dernier. C’est ensuite Giscard d’Estaing qui avait remporté cette élection. »

« Précisons quand même que normalement, le favori avant le débat le reste pendant et après cette joute orale. »

Jérémie Degives (St.)