Plainte contre Mediapart : « Sarkozy préfère l’intimidation »

Rédaction en ligne

mardi 01 mai 2012, 11:30

Mediapart dénonce le choix de la procédure de plainte de Nicolas Sarkozy. « Une procédure du chef de diffamation aurait exigé un débat public. Sarkozy souhaite une procédure secrète qui vise à intimider les journalistes. »

Au lendemain de la plainte de Nicolas Sarkozy contre Mediapart pour des accusations de financement illégal de sa campagne de 2007 par le régime libyen, le site d’information accuse mardi le président-candidat de faire « le choix d’une procédure secrète » pour éviter un débat public devant le tribunal correctionnel. Les trois journalistes du site Mediapart, dont son directeur, Edwy Plenel, ont accusé mardi Nicolas Sarkozy d’avoir préféré au débat public « une procédure secrète qui vise à intimider les journalistes », lors de son dépôt de plainte contre eux.

Le parquet de Paris a annoncé lundi soir avoir ouvert une enquête après avoir reçu la plainte de Nicolas Sarkozy contre le site internet Mediapart pour « faux et usage de faux », « recel de ces délits » et « publication de fausses nouvelles ».

Le directeur de publication de Mediapart, Edwy Plenel, ainsi que les deux journalistes auteurs de l’article concerné, Fabrice Arfi et Karl Laske, sont visés par la plainte du chef de l’Etat, a-t-on précisé de même source. L’enquête a été confiée à la police judiciaire.

Le site internet Mediapart a publié ce week-end le fac-similé d’un document présenté comme une note officielle du régime de Moammar Kadhafi, datée de décembre 2006, qui donnerait son accord de principe pour financer à hauteur de 50 millions d’euros sa campagne de 2007. Nicolas Sarkozy a dénoncé un « faux grossier ».

Une procédure pour diffamation aurait exigé un débat public en correctionnelle

Dans un communiqué, Mediapart, Fabrice Arfi, Karl Laske et Edwy Plenel dénoncent une « démarche exceptionnelle » qui vise, selon eux, « à contourner la procédure spéciale prévue par la loi sur la presse ».

« Une procédure du chef de diffamation aurait exigé un débat public devant le tribunal correctionnel ainsi que la production des preuves et des témoins, ce que, manifestement, Nicolas Sarkozy ne veut pas », observent-ils. « Il a préféré, avec le concours du procureur de la République, placé sous son autorité, faire le choix d’une procédure secrète, à l’abri, qui vise à intimider les journalistes dans l’exercice de leur mission constitutionnelle d’information du public ».

Les journalistes s’étonnent de « la rapidité avec laquelle le ministère public aura prêté son concours pour ouvrir une enquête préliminaire sur des faits intéressant ès qualités le candidat à l’élection présidentielle en 2007 alors qu’il s’obstine depuis des mois, malgré l’ampleur de nos révélations répétées, à refuser d’enquêter sur un possible financement illicite de la campagne présidentielle » de Nicolas Sarkozy en 2007.

« Au passage, une telle procédure permet de contourner la loi protégeant le secret des sources des journalistes. Ces procédés portent la marque du régime. Nous réaffirmons avoir effectué un travail sérieux, en toute indépendance et avoir respecté nos obligations déontologiques », ajoutent-ils.

(P.VA. avec AFP et AP)