« Aucun candidat K.O lors du débat présidentiel ! »
Rédaction en ligne
jeudi 03 mai 2012, 14:27
Au lendemain du débat tant attendu opposant les deux finalistes de la campagne présidentielle française, un candidat a-t-il tiré son épingle du jeu ?
Rédaction en ligne
jeudi 03 mai 2012, 14:27
Des millions de spectateurs avaient les yeux rivés sur leur petit écran hier dès 21h pour suivre en direct la confrontation de Nicolas Sarkozy et François Hollande à quelques jours du scrutin final. On attendait beaucoup de ce débat, annoncé comme l’ultime opportunité pour l’un de renverser la vapeur, pour l’autre de conserver son avance. Retour sur les points forts et faibles de chacun avec François Heinderycks, du Département des sciences de l’information et de la communication de l’Université libre de Bruxelles.
Les pronostics sur les tactiques des deux candidats allaient bon train depuis quelques jours. François Hollande et Nicolas Sarkozy ont-ils utilisé les stratégies auxquelles on s’attendait ?
Il y a des faits que l’on avait pu anticiper et qu’on a effectivement retrouvés hier.
On s’attendait à un Sarkozy adoptant une posture présidentielle et sereine, montrant qu’il sait ce qu’il fait, et ce fut le cas.
Sarkozy a souligné à multiples reprises le manque d’expérience de Hollande en mentionnant les « grands » de ce monde qu’il a rencontré, « Obama et moi » l’a-t-on entendu dire, et en soulignant qu’à l’inverse de lui, François Hollande ne peut se targuer de n’avoir rencontré que José Luis Rodriguez Zapatero. De plus, comme on s’y attendait, Sarkozy a essayé de piéger Hollande sur ses compétences strictes. Une stratégie qu’il a menée un peu trop brutalement.
De son côté, Hollande a également adopté une posture sereine, afin de montrer qu’il n’est pas du style à se laisser impressionner par Nicolas Sarkozy. Ainsi, Hollande a répondu au tac au tac à son adversaire, ce qui a rééquilibré le débat. Le seul reproche que je lui adresserai concerne son élocution parfois précipitée qui peut trahir une certaine forme de nervosité. Néanmoins, il n’est jamais tombé dans l’excès, à la différence par exemple de Ségolène Royale qui s’était énervée face à Sarkozy il y a 5 ans, une perte de sang-froid que l’homme avait semblé apprécier.
Qui a mené le débat ?
Sarkozy prenait souvent l’initiative, François Hollande quant à lui réagissait, certes parfois avec brio, mais en restant strictement dans la réaction.
Sarkozy a veillé à avoir le dernier mot. C’est un avantage de prendre la parole lors des dernières secondes, l’occasion de faire en sorte que ses idées soient celles qui restent dans les esprits mais il ne s’est pas assez servi de cet avantage, il a énoncé des phrases certes marquantes mais déjà entendues lors de sa campagne. Le président sortant s’est intelligemment servi des critiques que les propres membres du camp de François Hollande lui adressèrent lors des primaires ! Ce fut particulièrement opportun comme stratégie du doute !
Là où Sarkozy a un peu perdu son sang-froid lors de son discours, c’est en utilisant à tort et à travers le terme « mensonge « et « menteur » . Je dirai que, dans l’ensemble, Hollande a bien réagi.
Je ne pense pas qu’il y ait eu un gagnant au terme de ce débat, les deux finalistes ont gardé leur sang-froid, il n’y a pas eu de situation de K.O pour l’un ou l’autre durant les 2 heures de débat.
Pensez-vous que ce débat a pu inverser la vapeur et avoir un effet direct sur les électeurs hésitants ?
Il est difficile voire impossible de savoir si ce débat a eu un effet sur les spectateurs hésitants dès lors qu’il n’y a pas eu davantage décisif ni pour l’un ni pour l’autre. Aujourd’hui, on peut lire tout et son contraire à propos de ce débat, qui comme n’importe quel débat de cette nature fait l’objet d’un regard partisan. Je trouve qu’Hollande a été meilleur, ou moins mauvais selon le point de vue, que prévu.
Sarkozy a, comme on s’en doutait, basé son argumentation sur le doute émis à propos des compétences de Hollande, le fait qu’il n’ait pas d’expérience ou qu’il connaît moins bien les dossiers importants que Sarkozy.
On s’attendait à ces allusions sur l’expérience de François Hollande néanmoins ces allusions étaient un peu lourdes parfois.
Ce débat a-t-il répondu aux attentes des électeurs alors qu’il n’y a pas eu de réelle nouveauté abordée durant ces deux heures ?
Le débat s’est certes passé comme on pouvait s’y attendre, il n’en a pas été pour autant ennuyeux. Il fut fort intéressant et vif. On a assisté un vrai dialogue.
Petit bémol toutefois, il était trop long. Je ne connais pas les audiences mais les spectateurs ont dû décrocher sur la fin du débat.
On pouvait s’attendre à ce que Sarkozy crée la surprise ; or effectivement il n’y a pas eu de nouveautés. Certainement pour ne pas prendre le risque de prendre de cours ses électeurs si peu de temps avant le scrutin. On ne peut pas dire pour autant qu’on a rien appris lors de ce débat. On a appris beaucoup de choses sur les candidats à partir de leur façon d’être, de leur gestuelle, de leur posture.
Justement que pouvez-nous dire des attitudes physiques des candidats pendant le débat ?
Les deux hommes ont adopté une posture digne, voire un brin guindée, histoire de toute évidence de souligner la solennité du moment.
On a toutefois remarqué que Nicolas Sarkozy a mieux réparti son regard. On a pu lire que certains interprétaient cela comme un signe de fuite, un avis que je ne partage pas. Je pense qu’il s’agissait pour Nicolas Sarkozy de s’adresser à tout le monde, à son adversaire comme aux journalistes. Une posture récurrente chez lui.
De manière générale, il n’y a eu aucun excès de la part d’aucun des deux interlocuteurs qui ont conservé leur gestuelle habituelle. On s’attendait à un Hollande très énergique, il fut très posé, bien qu’il ait sporadiquement perdu son sang-froid, moments durant lesquels il parlait très, voire trop, vite.
Jennifer Fileccia (St.)