« Sarkozy a confirmé son statut de challenger »

Rédaction en ligne

jeudi 03 mai 2012, 10:26

Dominique Wolton, spécialiste de la communication politique, passe au crible la confrontation télévisuelle entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Par Richard Werly

« Sarkozy a confirmé son statut de challenger »

AP Photo/Thibault Camus

La confrontation télévisuelle des deux présidentiables français a montré combien l'Hexagone peine toujours à admettre les réalités de l'économie mondialisée et les contraintes qui en découlent.

Le peu de place laissé aux questions internationales et européennes a, au final, plutôt défavorisé Nicolas Sarkozy, handicapé par un bilan frappé du sceau de la crise financière.

La dramatisation n'a pas joué en faveur de Nicolas Sarkozy

Dommage que les deux journalistes, Laurence Ferrari et David Pujadas, soient restés en retrait, au point de devenir parfois invisibles, sauf quelques plans de coupe. Conséquence : avant tout soucieux de s'imposer et d'affirmer leur autorité pour convaincre les électeurs de leur détermination, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont très vite glissé dans l'affrontement de chiffres et d'affirmations. « La « pièce de théâtre » l'a emporté sur la confrontation des projets juge Dominique Wolton, chercheur au CNRS et directeur de la revue Hermès (http://www.wolton.cnrs.fr/). On a été dès le début dans la dramatisation, la prise de risque maximale ». Or le président sortant, malgré son énergie énergique, a peu à peu donné l'impression de s'émousser tandis que son adversaire esquivait et ralentissait le rythme, jouant du corps-à corps verbal tel un boxeur. Sa manière de couper son adversaire par des « Non » sec, de plus en plus affirmatifs, en est la preuve. « Au final, Hollande a mieux occupé l'espace» juge Dominique Wolton. Il a tardé à démarrer, puis il a pris de la puissance. Comme un diesel ».

Les contraintes internationales et les défis français n'ont pas été au cœur du débat

C'est là que Nicolas Sarkozy avait le plus de cartes en mains. Le format du débat et la place occupée, dans celui-ci, par les questions de personnalité et de tempérament, ne lui ont toutefois pas permis de s'imposer sur ces sujets. A l'aise sur l'exemple allemand, convaincant sur la nécessité de désendetter le pays et sur le peu de marges de manœuvres pour la France, le président sortant a néanmoins toujours été ramené par son adversaire à son bilan et à son tempérament. « Il n'est pas normal que l'Europe, clé de l'avenir de la France, n'ait pas occupé davantage de place dans ce débat présidentiel déplore Dominique Wolton. La discussion, dans un contexte de crise internationale, a été trop franco-française. La violence qui s'est installée d'emblée entre les deux hommes l'a emporté sur l'exposé de leurs visions pour l'avenir ». Une façon d'illustrer, à nouveau, cette tendance hexagonale au « déni des réalités » moqué par une partie de la presse internationale ?

Dans le débat, deux types de discours

Nicolas Sarkozy l'avait promis et il l'a répété dès le début du « duel » télévisé : pas question de laisser François Hollande demeurer « ambigu et flou ». Très vite, les couteaux ont donc été tirés entre les deux hommes. « Le président sortant est arrivé avec une seule priorité : déstabiliser son adversaire » note Dominique Wolton. D'où le recours, très vite, à des mots violents destiné à pousser ce dernier dans ses retranchements : incohérent, menteur, irresponsable, calomniateur…Ce qui s'est peu à peu retourné contre lui, puisque François Hollande n'a pas cédé. «Le candidat de la droite est finalement resté dans une logique et une rhétorique de meeting poursuit le chercheur du CNRS. Toute sa tactique a consisté à délégitimer l'autre. François Hollande, à l'inverse, a tout fait pour montrer qu'il était prêt à exercer la fonction présidentielle et cela, peu à peu, s'est vu ».

Autre différence notable : Nicolas Sarkozy s'est beaucoup plus épanché. Normal, vu qu'il devait défendre son bilan présidentiel et surtout le justifier. Compliqué, vu que chacune de ses affirmations reposait la question de son tempérament et de ses convictions : « Sarko s'est mis au centre de son propre bilan complète Dominique Wolton. Tout est dés lors devenu très délicat pour lui. On avait parfait l'impression qu'il faisait, en direct, sa propre psychanalyse. Il était le sujet du débat. Ce que voulait ….François Hollande».

La conclusion des deux hommes est de ce point de vue symbolique. Nicolas Sarkozy terminant sur un appel à voter pour lui et s'adressant aux électeurs de Marine Le Pen comme aux centristes : « On était toujours dans le registre du meeting. Le Chef de l'Etat sortant, a ainsi, en quelque sorte, confirmé son statut de challenger ».

Pas de KO et pas de retournement spectaculaire

François Hollande reste le favori des sondages. Difficile de voir, dans le débat télévisé, ce qui pourrait renverser cette donne. Plusieurs fois mis en difficulté, en particulier sur l'immigration, le candidat socialiste n'a pas craqué. Et tout en laissant planer le flou sur plusieurs domaines – profitant du fait que la gauche n'a pas été au pouvoir en France depuis dix ans - il a su développer ses arguments, comme sur la fiscalité des plus riches, tout en répétant un « J'assume » déterminé.

Aurait-il pu conserver cette attitude si trois débats avaient été organisés, comme le proposait Nicolas Sarkozy ? L'on peut en douter. A coup sur, plusieurs interventions en direct auraient permis au président sortant de soigner ses arguments, de corriger le tir voire de redresser la barre. La « grand messe unique », à laquelle le candidat PS est resté fidèle, lui a donc bénéficié. Un choix justifié par Dominique Wolton : « Cette dramatisation était nécessaire car elle correspond à la nature de l'affrontement présidentiel français explique-t-il. Elle exige une prise de risque maximale et monopolise l'attention des télespectateurs ». La longueur du duel, et ses longs tunnels chiffrés, n'ont-ils pas nui à son impact ? « Je ne le crois pas, conclut le spécialiste. Il n'y a pas eu de temps mort. Les moments intense, à l'avantage de l'un, puis de l'autre, se sont succédés. C'était, au final, une très bonne pièce de théâtre politique ».

Richard Werly, Paris

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