Ces mots qui ont fait la campagne
RICHARD WERLY
vendredi 04 mai 2012, 09:12
RICHARD WERLY
vendredi 04 mai 2012, 09:12
« Aidez-moi » ! Le cri, supposé venir du cur, de Nicolas Sarkozy. Emprunté au Général de Gaulle qui lança, après le putsch des généraux en Algérie de 1962, un retentissant « Français, Françaises, Aidez-moi ! ». Petite ironie d'ailleurs : l'expression alors visait à rassembler les citoyens de l'hexagone contre la tentation de l'extrême-droite, pro Algérie Française. Alors qu'en 2012, Nicolas Sarkozy lance aussi cet appel à l'aide aux électeurs du Front National.
Rassemblement. François Hollande, le candidat socialiste, en a fait son leitmotiv dès le soir du premier tour. Le mot, bizarrement, ne lui a guère été contesté par son adversaire, y compris lors du débat télévisé. Un rassemblement imposé par la géographie électorale de la France, où la droite est supposée majoritaire. La décision « personnelle » de François Bayrou, jeudi, d'apporter son soutien à Hollande confirme que cette stratégie a fonctionné.
Nation. Nicolas Sarkozy a toujours insisté sur cette notion, chère à son conseiller spécial Henri Guaino. Le fait de la placer au centre de ses discours et de ses propositions depuis le 22 avril est en revanche la conséquence directe du score de Marine Le Pen. Nuance importante : à chaque fois, le président sortant loue la nation et redit sa détestation du nationalisme qui mène « à la haine ».
Frontières. Autre mot-clé consacré par Nicolas Sarkozy dans l'entre deux-tours. Originalité : cette notion n'est plus seulement appliquée par le Chef de l'Etat Français au territoire, mais aussi à ce qui différencie « le bien et le mal » ou le « beau et le vrai » (dans son discours de Toulouse dimanche 29 avril). Objectif : démontrer que lui seul peut protéger les Français. Et incarner la France.
La vague. Dès le 7 avril, soit trois semaines avant le premier tour, Nicolas Sarkozy l'affirmait au Journal du dimanche : « Je sens monter la vague ». Depuis, l'expression s'est retournée contre lui. Libération en a fait sa Une après le 22 avril, le montrant à demi noyé. Idem, quelques jours plus tard, pour le Nouvel Observateur. Un mot à double-tranchant.
Renégocier. François Hollande a d'abord hésité. Devant le front du refus européen de le voir remettre en cause le récent « pacte fiscal » signé par 25 pays sur 27 (http://www.europe1.fr/International/Merkel-le-pacte-fiscal-pas-renegociable-1056661), le candidat socialiste avait mis la pédale douce. Puis ce front s'est fissuré au sein de l'UE, avec les appels « à la croissance » d'Angela Merkel, puis du président de la BCE Mario Draghi qui, sans rien céder, ont de fait accepté de discuter. S'il est élu, le candidat du PS a promis d'envoyer, tout de suite, un memorandum à ses partenaires européens. Renégocier, selon toute vraisemblance, voudra dire « ajouter ».
(Vrai) travail. Une polémique dont Nicolas Sarkozy se serait bien passé puisqu'il a du retirer cette expression, et qu'il s'est aussitôt attiré les foudres des syndicats avant le 1er mai. La démarche, à l'évidence, consistait à associer la gauche aux « faux travailleurs » face à une droite laborieuse. Problème : celle expression avant, dans le passé, était utilisée par le régime collaborationniste du Maréchal Pétain durant la guerre.
Centre. François Bayrou est supposé l'incarner. Et depuis sa décision de voter pour François Hollande, le voici tiraillé vers la gauche alors qu'il est historiquement à droite. Le centre dispose, en France, d'environ 10 % des voix. Mais sa présence à l'assemblée nationale promet d'être difficile, compte tenu du scrutin majoritaire. Bref, le « centre », comme toujours ou presque, se cherche, mais demeure une pépinière de responsables politiques sérieux, capables de forger des alliances ou d'y participer.
Ralliements. La clé du second tour. Or le trousseau de François hollande, à ce stade, est nettement mieux garni. Jean Luc Mélenchon (environ 11 %) a, dès le 22 avril, appelé à voter contre Nicolas Sarkozy. Idem pour l'écologiste Eva Joly (2,2 %). A droite, Marine le Pen et ses 17 % n'ont pas été empochés par Nicolas Sarkozy, compte tenu de l'appel de la candidate FN de voter blanc. Reste à décrypter le « vote personnel » du centriste Bayrou pour Hollande. Vu l'ascendant de l'élu Béarnais sur ses troupes, l'on peut croire qu'il aura de l'influence.