Lui, président de la République...

JOELLE MESKENS

samedi 05 mai 2012, 23:23

A quoi ressemblera la France demain si Nicolas Sarkozy est réélu pour un second mandat. Et si le candidat socialiste François Hollande est élu président de la République  ? Tentative de réponse croisée sous forme anaphorique

Lui, président de la République...

AFP PHOTO / ERIC FEFERBERG

La France conservatrice

Bien qu'une majorité se dégage en faveur du mariage homosexuel, Nicolas Sarkozy y reste opposé même si, il y a quelques mois encore, il semblait enclin à l'accorder. Le refus du mariage homo, comme le refus d'accorder le droit d'adoption aux couples homosexuels, est en fait un gage donné à la frange chrétienne de la droite. Lors de son entrée en campagne, mi-février, ce n'est pas un hasard s'il avait fait accompagner l'entretien accordé au Figaro magazine d'une photo prise de lui dans une chapelle. Nicolas Sarkozy, durant sa campagne, n'a pas cessé de vanter les “ valeurs chrétiennes “ de la France et la famille.

Lui, président de la République, il ne sera pas question non plus de faire voter un droit à l'euthanasie.

Au chapitre des drogues douces, il est aussi opposé à la dépénalisation du cannabis, même pour casser le système d'économie parallèle qu'il encourage dans les banlieues.

La France ferme

Nicolas Sarkozy ne croit pas, comme la présidente du Front national Marine Le Pen, à l'” immigration zéro “. Mais il est convaincu que la machine à intégrer ne fonctionne plus et que dès lors la France ne peut plus accueillir “ toute la misère du monde “ comme le disait autrefois l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard.

Nicolas Sarkozy veut donc diminuer par deux le nombre d'étrangers qui entrent en France chaque année. Actuellement, ils sont 180.000.

Pour ce faire, il veut être plus strict sur les conditions requises pour le regroupement familial. Le requérant devra faire preuve d'un certain niveau de connaissance du français et la famille d'accueil devra prouver qu'elle dispose de ressources suffisantes.

Lui, président de la République, n'accordera pas non plus le droit de vote aux immigrés pour les élections municipales. Une mesure à laquelle il était pourtant favorable il y a quelques années.

La France active

C'est un levier sur lequel personne ne conteste qu'il a agi durant les cinq ans de son premier mandat : la politique étrangère et la politique européenne.

Malgré les errements lors du début des révolutions arabes, en Tunisie et en Egypte, il a été salué pour avoir appuyé une intervention militaire internationale en Libye et pour être intervenu en Côte d'Ivoire.

Sur la scène européenne, en formant un tandem avec la chancelière allemande, il a guidé l'Union même s'il ne portait pas la culotte dans ce couple “ Merkozy “ et que les diktats de ce tandem ne plaisaient pas à tous.

Lui, président de la République, n'aura nulle raison de changer de cap. Et même s'il considère que les cérémonies d'hommage qu'il a présidées pour les soldats français morts en Afghanistan ont été parmi les moments les plus forts de son quinquennat, il n'est pas favorable à un retrait immédiat des soldats.

La France du travail

Nicolas Sarkozy ne jure que par ces trois valeurs : travail, effort, mérite. En cas de second mandat, sans pour autant abroger ces fameuses 35 heures qu'il honnit, il maintiendrait le dispositif des heures supplémentaires défiscalisées, qui a permis selon lui à 9 millions de Français de “ gagner plus en travaillant plus “, pour reprendre son slogan de 2007.

Dans le but de favoriser la compétitivité des entreprises françaises, il mettrait aussi en place une TVA sociale (qui se traduirait par une hausse de 1,6 point de la TVA, qui est actuellement à 19,6 %) en baissant parallèlement les charges patronales. Objectif : rendre les produits “ made in France “ moins chers que les produits importés.

Lui, président de la République, qui avait fait adopter un bouclier fiscal avant de finalement l'abroger, mettrait aussi en place deux nouveaux impôts : l'un frapperait les exilés fiscaux et l'autre concernerait les bénéfices des grands groupes du CAC 40.

La France “ du peuple “

Alors qu'il n'a jamais eu recours à la consultation populaire durant les cinq ans de son mandat, si Nicolas Sarkozy devait être réélu, il procéderait à plusieurs référendums. Il a promis un référendum sur “ l'assistanat “ (il serait question d'obliger les chômeurs à faire des travaux d'intérêt général), voire sur l'immigration.

Lui, président de la République, viserait aussi à rapprocher le pouvoir du peuple au détriment des “ corps intermédiaires “, même s'il sait que pour mener de nouvelles réformes, il ne pourrait se passer des syndicats qu'il a braqués en organisant mardi dernier sa fête du “ vrai travail “.

En rempilant à l'Elysée, Nicolas Sarkozy voudra aussi réduire le nombre d'élus et introduire une “ dose de proportionnelle “ dans le mode de scrutin. L'actuel mode de scrutin, majoritaire, explique que l'Assemblée ne compte aujourd'hui aucun élu du FN.