Hollande fêté par une foule en liesse à la Bastille

RICHARD WERLY

lundi 07 mai 2012, 09:14

Des dizaines de milliers de personnes ont pris la Bastille d’assaut pour fêter la victoire de François Hollande. Récit d’une nuit d’alternance achevée au petit matin.

Paris ne rime plus avec Nicolas Sarkozy. Le nom du président sortant, enfant de la capitale et de Neuilly, est désormais accolé à deux mots : « C’est fini ! ». Sur une pancarte brandie par un groupe de jeunes, au milieu de la foule aussi compacte que bon enfant, la photo de celui qui est encore pour quelques jours à l’Elysée est barrée d’une croix. Tous étaient venus sur la place symbolique des révolutions françaises pour fêter l’alternance. Ils repartent, au petit matin, heureux de l’avoir vécu. François Hollande, arrivé après minuit de Tulle, est déjà prévenu : « Gare à toi si tu t’encroûtes » avertit un autre calicot.

C’est à ce tournant de minuit, sur fond d’ambiance tropicale rythmée par Yannick Noah et ses musiciens, que l’alternance a pris corps. François Hollande, monté sur le podium après une course folle en voiture dans Paris encadré de motards et une arrivée mouvementée à l’aéroport du Bourget, lève les bras, puis s’approche du micro. Sa voix est à peine audible, cassée par les semaines de campagne. A l’intérieur de l’opéra de Paris-Bastille transformé en QG socialiste, tous ses soutiens et les caciques du parti sont massés sur les terrasses pour assister à son allocution. Tout autour de la place, les balcons des immeubles les plus exposés sont truffés de caméras. Les dates gravées sur la colonne de la Bastille, celles de la révolution des 27-28 et 29 juillet 1830, brillent sous le feu des projecteurs, alors que des centaines de personnes sont juchées sur le monument. La musique du « changement c’est maintenant », l’hymne des meetings désormais victorieux, retentit. L’ovation est graduelle. Et soudain, des fumigènes rouges donnent en brasier le pavé parisien. « Flanby président ! » s’époumone une enseignante en rigolant du surnom donné à celui qui, dans quelques jours, deviendra Chef de l’Etat français.

Le propos est classique. Rassembler. « Des années de blessure et de divisions qu’il faudra réparer (…) Nous ne voulons pas d’une victoire de la revanche, du repli, mais d’une victoire qui élève ». Un hymne au peuple de gauche qui, ce soir, est prêt à tous les pardons ou presque, pourvu que les changements interviennent. Une volée d’invectives contre « Sarko le sado » déclenchent une salve de réprimandes. La bonne humeur est reine. On se congratule. On s’excuse dans la bousculade colossale, sous le regard de cordons de policiers prêts à intervenir. Pas d’échauffourées majeures jusque-là, malgré l’affluence record. Puis les quelques minutes de discours s’achèvent. Et la Marseillaise retentit. Ceux qui vécurent l’élection de François Mitterrand, en 1981, redisent leur émotion. Sauf qu’à l’époque, le président élu revenu de Château Chinon n’était pas venu à leur rencontre…

Il est deux heures. La foule repart, peu à peu, vers les stations de métro restées ouvertes. L’on fait du « stop » dans l’espoir de trouver une place dans une voiture pour rentrer en banlieue. Et les véhicules s’arrêtent, alors que d’ordinaire ils ne prendraient jamais ce risque. Pas de fausse note. Mais quand même deux moments qui disent l’intensité politique particulière de l’évènement à gauche. La prise de parole de Ségolène Royal d’abord. Peu avant minuit, l’ancienne candidate battue de 2007 et ex-compagne de François hollande a durci le ton. Elle a tonné contre le « mur de l’argent ». Elle a revendiqué sa partie de victoire, tant les thèmes qui lui sont chers ont selon elle pénétré le discours socialiste.

« Peuple de France, peuple libre… » a-t-elle répété, avec presque les mêmes mots que Nicolas Sarkozy durant ses derniers meetings. Etrange tandem que le président sortant, battu, et l’ex candidate, qui voit la page être tournée par un autre qu’elle connaît si bien. L’autre moment révélateur intervient après la « marseillaise ».

Un groupe de militants du « Front de gauche », partisans de Jean-Luc Mélenchon, s’époumone à chanter l’Internationale qui, reprise de groupes en groupes, finit par atterrir près de la scène. Deux gauches. Un résumé du défi qui attend François Hollande. Un peu plus tôt d’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon s’est laissé, à la télé, emporter par son ressentiment. Il a compris que le discours du nouveau président, très tempéré, présageait des alliances au centre. Il sait que le Parti communiste, son allié de campagne, cherchera à ménager ses bastions électoraux lors des prochaines législatives de juin. L’homme se retrouve isolé. Le tribun doit laisser la place et ne sait pas ce qu’il adviendra. Là aussi, la page se tourne.

Pas de Fouquet’s cette fois-ci. L’ambiance n’a rien à voir avec celle de la Concorde en 2007, pour fêter la « rupture » de Nicolas Sarkozy. Il est cinq heures. Paris veut croire à l’alternance tranquille. Un retraité et sa compagne marche pour attraper un premier train matinal. Ils ont juste écrit sur une affiche du candidat ce slogan simple, mais qui en dit long. « Encore bravo. Et au boulot ! ».