Sarkozy mord la poussière après cinq ans d’une « hyperprésidence » de crise

Rédaction en ligne

dimanche 06 mai 2012, 20:31

Jusqu’au dernier jour, ses partisans ont voulu croire à un miracle. En vain. Au terme de cinq ans d’une « hyperprésidence » énergique mais souvent brutale, Nicolas Sarkozy a été battu, victime de son impopularité, de ses excès et de la crise.

Sarkozy mord la poussière après cinq ans d’une « hyperprésidence » de crise

AFP

Sans surprise, et malgré une campagne virulente très marquée à droite, le chef de l’Etat le plus impopulaire de la Ve République a recueilli entre 46,7 et 48,5 % des suffrages selon les estimations des instituts de sondages, devancé de trois à plus de six points par François Hollande.

Déjà distancé au premier tour, Nicolas Sarkozy n’a pas réussi son pari : récupérer l’essentiel des électeurs qui se sont portés le 22 avril sur la candidate du Front national Marine Le Pen (17,90 %), qui a annoncé qu’elle voterait blanc, et sur le candidat du MoDem François Bayrou (9,13 %), qui n’a pas donné de consigne de vote mais a personnellement voté Hollande.

Même si la participation a légèrement augmenté dimanche, le président et candidat de l’UMP a échoué loin du total des voix réunies au premier tour par les droites et le centre, qui cumulait à plus de 54 %.

Comme elle n’avait pu assécher les voix du Front national au premier tour, la stratégie suivie par Nicolas Sarkozy, à l’inspiration de son influent conseiller officieux Patrick Buisson, n’a pas réussi non plus à rallier entre les deux tours les électeurs de Marine Le Pen.

Pendant deux semaines, le chef de l’Etat n’a pourtant pas ménagé ses efforts. De réunions publiques en apparitions médiatiques, il a multiplié les clins d’oeil à cette « France qui souffre », qui fait l’essentiel du vote lepéniste, au risque de transpercer parfois le mur du « front républicain » érigé par la droite et le centre contre l’extrême droite dans les années 1980.

Son discours sur les « frontières », l’immigration et l’identité nationale ou sa sortie sur la « compatibilité » du vote Marine Le Pen avec les valeurs républicaines ont choqué l’aile modérée de l’UMP, même s’il a exclu tout accord avec le FN. Des élus et quelques poids lourds de sa majorité, comme Jean-Pierre Raffarin ou Jean-Louis Borloo, ont confié publiquement leur gêne.

Sarkozy « est allé beaucoup trop loin vers le FN »

Pendant tout l’entre-deux-tours, ce débat a déchiré la majorité. « Il est allé beaucoup trop loin vers le FN », jugeait vendredi un ministre. « Il inquiète quand il parle immigration, mais il rassure quand il évoque le travail.

C’est sur le travail qu’il fallait insister », abondait un de ses collègues. « La stratégie était la bonne », leur répondait un responsable de l’UMP, ajoutant : « On a réussi à remonter la pente jusqu’à arriver en position de l’emporter ».

Sans craindre le grand écart, Nicolas Sarkozy a aussi multiplié les signaux aux centristes du MoDem, sur la réduction des déficits notamment. Mais les reports centristes n’ont pas été suffisants.

Pour le reste, ni son discours de candidat du « peuple contre les élites » victime du « système », ni ses attaques répétées contre les médias n’ont réussi à inverser les pronostics. Pas plus que le procès en incompétence instruit contre son rival socialiste ou le chiffon rouge d’une catastrophe économique en cas de victoire de la gauche. Quant au débat, il n’a pas permis au président sortant de faire la différence attendue.

« Au final, on en revient toujours au même : d’abord la crise et le chômage, ensuite la personnalité du président. Ce sont les deux éléments déterminants du vote des Français », anticipait un ministre à la veille du second tour.

Comme l’ont suggéré les divisions qui l’ont agitée pendant la campagne, la défaite dimanche de Nicolas Sarkozy laisse l’UMP en piteux état. Ecartelée entre ses différentes tendances (Droite populaire, humanistes, libéraux…) et, surtout, les écuries de ceux qui, comme Jean-François Copé ou François Fillon, s’activent depuis déjà des mois pour en prendre le contrôle après la chute annoncée du locataire de l’Elysée.

Le chef de l’Etat a promis qu’il n’en serait pas et a assuré qu’en cas d’échec il raccrocherait les gants. « Je ferai autre chose (…), vous n’entendrez plus parler de moi », a-t-il indiqué il y a quelques mois. Avant de prononcer lui-même son éloge : « J’aurai fait une très belle vie politique ».

(afp)