Il y a trois mois, le site d’informations français rue89.com commettait un petit dossier sur les sorties humoristiques de François Hollande. Nous vous en proposons les meilleurs passages.
Sur la droite
Nous sommes en 2011, lors des élections cantonales. François Hollande sillonne la France pour soutenir ses amis socialistes. Dans le camp adverse, Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages et la tension est palpable. La campagne de l’UMP se fait donc très discrète. C’est justement de cette réserve que se moque François Hollande, à travers un « running gag » qu’il a imaginé, lors d’un meeting en Corrèze. Le voici :
« Je parcours toute la France pour trouver un candidat de droite. Je vais dans la Loire, je leur demande :
– Vous avez de la droite, vous ?
– Non, on a l’Union pour la Loire…
J’ai été après dans le Puy-de-Dôme :
– La droite, vous connaissez ?
– Non, on a les Républicains pour le Puy-de-Dôme.
Alors j’ai voulu aller voir au cœur du système, en Seine-et-Marne, à Meaux, la ville de Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP :
– Vous avez quand même des candidats UMP, vous ?
– Pas davantage.
Dans les Hauts-de-Seine, je leur demande :
– Vous connaissez bien les Sarkozy quand même ? Si ce n’est le père, le fils, à défaut du Saint-Esprit ?
Dans la Sarthe, le département du Premier ministre, je leur dis :
– Vous avez de la droite ?
– Non, on a les Amis de François Fillon.
Alors je suis devant vous pour lancer un appel : s’il y a un candidat en France qui prend le risque, qui a le courage de mettre sur ses affiches le nom de Nicolas Sarkozy et le logo de l’UMP, je suis prêt, sur mes fonds personnels, à lui offrir un déplacement en Corrèze. »
Sur son couple qui se dégrade
Fin juin 2006, Ségolène Royal, qui est en campagne pour obtenir l’investiture du parti socialiste, laisse entendre à une journaliste radio qu’elle est sur le point de se marier avec son compagnon de vingt-cinq ans, François Hollande. En quelques jours, l’information, élevée au rang de scoop, fait le tour des médias. Mais ce scoop du mariage Royal-Hollande fait surtout un surpris : le marié lui-même ! Il faut dire qu’à cet instant, personne ne savait encore que le couple battait sérieusement de l’aile.
Mécontent, François Hollande appelle la journaliste à la base de l’affaire :
« Vous croyez que c’est agréable d’apprendre qu’on va se marier en écoutant la radio le matin ? »
Mais le lendemain déjà, lors d’une convention socialiste et alors qu’un silence total règne toujours sur la situation conjugale du couple socialiste, le premier secrétaire de l’époque met les rieurs de son côté. À la tribune, il se lance dans une énumération des propositions socialistes en matière sociétale :
« Oui nous le ferons ce mariage… », commence-t-il, sourire aux lèvres. Il poursuit : « Nous le ferons ce mariage… », avant d’ajouter enfin, et alors que la salle retient son souffle : « Bien entendu, le PS le fera, le mariage homosexuel ! », provoquant des éclats de rire dans l’assemblée.
Et voilà comment se débarrasser par une pirouette d’un conflit conjugal qui a en réalité plombé la campagne de 2007 !
Sur Sarkozy
Une fois n’est pas coutume, on a aussi pu entendre le socialiste vanner l’adversaire sur son physique. Nicolas Sarkozy en a d’ailleurs fait les frais.
Attaquer l’ancien président de la République sur sa petite taille est, certes, classique, mais cela n’a pas empêché François Hollande de s’y prêter occasionnellement, notamment lors d’un meeting à Toulon, en mars 2011 :
« Deux options sont ouvertes : une option minimaliste, un mini-traité, la mini-Europe. Je n’ose pas dire le mini-candidat car je ne veux ici réduire personne, mais en tout cas la mini-ambition. »
Et puis, moins grossier, il désamorce cette attaque facile avec un peu d’autodérision :
« Nicolas Sarkozy avait promis l’impossible, et nous avons eu l’invraisemblable. Il se réclamait de De Gaulle. C’était bien son droit, mais il n’en avait pas la carrure. Je ne parle pas du physique car je n’ai de ce point de vue rien à revendiquer, je parle de l’ampleur du personnage. »
Sur Jospin
Même Lionel Jospin n’a pas échappé au comique parfois corrosif de Hollande. En février 2007, alors que les sondages sont de moins en moins favorables à Ségolène Royal et qu’elle se résout à rappeler les éléphants du PS, celui qui remportera les élections présidentielles de 2012 déclare :
« Lionel Jospin peut apporter son expérience, sa force, le souvenir des campagnes qu’il a menées et notamment montrer ce qu’il ne faut plus faire. »
Il existe des hommages plus flatteurs. Mais c’est aussi à travers l’humour que François Hollande laisse sortir ce qui l’a profondément marqué, lors de ces élections catastrophiques pour le PS durant lesquelles Jospin s’est fait voler sa place par Le Pen.
D’ailleurs, preuve que cet événement l’a vraiment tourmenté, et qu’en rire est pour lui une sorte de thérapie, il a profité de la très large victoire des socialistes aux élections régionales de 2004, pour aborder une fois de plus le sujet, toujours sur un ton humoristique. S’adressant aux journalistes présents dans son bureau, il sort une bouteille de champagne de son réfrigérateur avant d’avouer :
« Celle-là, elle est au frais depuis… 2002 ! »
Boutades en vrac
Mais le président français fraîchement élu sait aussi plaisanter sur des sujets plus sensibles. Au cours d’un déjeuner avec des journalistes, il apprend qu’un président de région espagnol, qu’il vient de rencontrer, est homosexuel et vit en couple avec un toréador célèbre. Il lâche alors :
« J’aurais dû faire attention la dernière fois que j’ai mis mon habit de lumière ! »
L’humour de François Hollande, c’est aussi cela. La jovialité comme un masque permanent, un masque souriant et convivial, en particulier avec les journalistes… Un esprit de répartie jamais en attente, ni arme politique, ni règlement de comptes. Juste le bon mot pour faire sourire, juste une façon d’être.
Il le démontre une nouvelle fois, en 2005, en pleine campagne référendaire sur le projet de traité européen. Le débat qui agite le Parti socialiste français se déroule dans une atmosphère tendue. Lors d’une réunion des socialistes à la Maison de l’Amérique latine, la salle est soudainement plongée dans le noir, à cause d’une panne d’électricité. Une petite voix se fait entendre :
« Bon, quand est-ce qu’on apporte le gâteau ? »
Enfin, au soir de sa victoire à la primaire socialiste l’année passée, il s’apprête à prononcer un discours devant une foule conséquente. Son intervention, filmée par de nombreuses caméras et enregistrée par autant de micros, témoigne une ultime fois de la camaraderie qui est la sienne. Une des perches micros s’approche dangereusement de son visage. Il la repousse d’un geste et s’exclame :
« J’ai peur qu’on me demande de chanter. Et là, il y aurait malentendu ! »
Ne jamais dire la force de ce qu’il ressent. Déjouer la solennité du moment.
Jérémie Degives (St.)