Une pression maximale sur Romney

JUREK KUCZKIEWICZ, STEPHANE BUSSARD, ;AFP

mercredi 18 juillet 2012, 15:18

L'équipe de la campagne électorale du président Barack Obama a un objectif : montrer que Mitt Romney n'est pas l'homme de l'économie dont l'Amérique a besoin.

Une pression maximale sur Romney

Arlington, Virginie, le 13 juillet dernier : devant les bureaux de campagne de Mitt Romney, des manifestants demandent au candidat républicain de rendre publiques toutes ses déclarations d’impôts © PAUL RICHARDS/ AFP

DÉCODAGE

L’analyse de Paul Krugman

Dans sa chronique parue au New York Times dimanche dernier, l'économiste et essayiste Paul Krugman se penchait sur la polémique au sujet du rôle de Mitt Romney à Bain Capital : s'agit-il d'une question de programme politique (policy) ou de politicaillerie consistant, dans le chef des démocrates, à surjouer le conflit entre riches et pauvres ? En démontrant, quelques exemples simples à l'appui, que Mitt Romney entend bien poursuivre une politique fiscale favorable au 1 % d'Américains riches, aux dépens de la classe moyenne et des pauvres, Krugman répond que l'enjeu politique de l'élection réside bel bien dans un choix entre les quelques très riches, défendus par Romney, et la grande majorité des autres, défendus par Obama. Mais, explique le Prix Nobel d'économie, les médias, prisonniers de la futilité ou du souci de paraître toujours équilibrés, n'expliquent pas « que Romney propose d'énormes réductions pour les riches, sans contrepartie pour tous les autres ». Conclusion de Krugman : « parler de l'histoire personnelle de M. Romney (…) et des comptes offshore ne constitue pas une diversion du fond du débat. (…) C'est la seule façon d'amener les vraies questions de projet politique au centre de l'attention. »

NEW YORK

DE NOTRE ENVOYÉ PERMANENT

Pour ce faire, elle s'en prend au passé du prétendant républicain à la Maison-Blanche. Car c'est sur cette expérience que Mitt Romney construit sa candidature : Bain Capital. Pour l'ex-gouverneur du Massachusetts, le succès de cette société, qu'il a dirigée dans les années 1990 et qui lui a permis de bâtir sa fortune de 250 millions de dollars, prouve ses compétences économiques. Or, c'est une fois encore sur le terrain économique que pourrait se jouer l'élection présidentielle du 6 novembre prochain.

Selon les démocrates, Bain Capital n'est pas le modèle de société qui réduit le chômage (8,2 %) aux Etats-Unis. Elle a procédé à des investissements controversés dans des sociétés qui ont délocalisé des emplois en Asie et licencié de nombreux employés.

Le magazine de gauche Mother Jones ajoute une dimension morale à l'affaire. En novembre 1999, Bain a investi 75 millions de dollars dans Stericycle, spécialisé dans la gestion des déchets médicaux. Cette entreprise est aussi chargée d'éliminer les fœtus issus d'avortements. L'argument pourrait être explosif pour Mitt Romney, qui a déjà dû se battre lors des primaires républicaines pour rassurer les conservateurs qu'il était bien opposé à l'interruption volontaire de grossesse. Le candidat se défend d'avoir joué un quelconque rôle décisionnel dans ces choix, affirmant qu'il a quitté Bain Capital le 11 février 1999 pour reprendre la direction des Jeux olympiques de Salt Lake City.

Les déclarations catégoriques du prétendant républicain à la présidence ne suffisent pas à dissiper les malentendus. Le quotidien Boston Globe a enquêté et obtenu des dizaines de documents de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse, qui confirment que Mitt Romney était toujours le directeur général et président de Bain Capital entre février 1999 et août 2001. La confusion règne toutefois. Sur d'autres formulaires datant de 2001, Mitt Romney ne figure plus comme le président de la société de capital-risque.

L'ex-gouverneur du Massachusetts se refuse toutefois à publier des documents de la SEC et encore moins d'autres déclarations d'impôts que celles de 2010 et 2011. Dans le camp républicain, certains s'impatientent. Le gouverneur républicain d'Alabama, Robert Bentley, mais aussi l'ex-stratège de George W. Bush Matthew Dowd, exhortent le candidat à « publier tout au peuple américain ». Dimanche dernier, sur CNN, le conseiller du millionnaire de Boston, Ed Gillespie, a illustré jusqu'à la caricature le malaise : Mitt Romney « a quitté rétroactivement » Bain plus de deux ans après l'avoir quitté physiquement en 1999.

Face à une communication maladroite, l'équipe de Barack Obama ne s'est pas fait prier : « Soit vous êtes directeur général et président du conseil d'administration de Bain Capital, comme vous en attestez auprès de la SEC, soit vous dites aux Américains que vous n'avez aucune responsabilité. Il n'y a pas deux vérités possibles. »

Désemparé, Mitt Romney a demandé des excuses au camp démocrate. La semaine dernière, il a accordé successivement cinq interviews aux télévisions nationales pour tenter de corriger son image altérée. Car Bain Capital ne fut pas la seule offensive démocrate. Le camp Obama s'en est également pris aux comptes offshore de Mitt Romney aux îles Caïmans et à UBS en Suisse – où son compte fut fermé en 2010 à la suggestion de l'un de ses conseillers.

Pour les démocrates, il est étonnant qu'un candidat à la Maison-Blanche juge légitime de garder légalement, certes, mais pour des questions fiscales, son argent hors du territoire américain.

Les attaques ont un impact. Selon les derniers sondages, Mitt Romney est jugé plus capable de réduire les énormes déficits des Etats-Unis et de créer de l'emploi, mais Barack Obama est considéré comme étant plus apte à gérer l'économie (huit points d'avance pour le président sortant). Pris de panique, le camp républicain a organisé la riposte. Depuis lundi et durant toute cette semaine, il lance une campagne intitulée « Les retours d'ascenseur de Barack Obama et les licenciements dans la classe moyenne. »

Lors d'un meeting électoral ce mardi en Pennsylvanie, les républicains se sont appliqués à dénoncer le « capitalisme des petits copains » du président. Ils tentent de démontrer à leur tour comment l'administration du démocrate a permis à des donateurs de Barack Obama actifs dans des sociétés comme Solyndra ou Fisker Automotive de bénéficier du plan de relance.

Dans le même temps, le président sortant se rend au Texas. Sans grand espoir de faire vaciller ce solide bastion républicain – Obama y a avait été battu de 12 points par McCain en 2008. Mais avec l'intention d'étoffer la cassette de campagne démocrate auprès des donateurs. Une course aux (millions de) dollars dans laquelle le républicain est toujours largement en tête…