Portraits olympiques: Fanny Lecluyse

PHILIPPE VANDE WEYER

lundi 16 janvier 2012, 10:02

Grâce à une incroyable force de travail, la nageuse de Mouscron a explosé en 2011. Une belle revanche sur un destin peu banal. .

Portraits olympiques: Fanny Lecluyse

Filip Vanzieleghem

Elle s'est levée, comme tous les jours, à 5 h, a englouti le petit-déjeuner que sa mère lui a préparé avant de filer à la piscine de Mouscron pour sa première séance de la journée. Deux heures et demie dans l'eau, à répéter ses gammes. Elle remettra ça le soir, après un passage d'une heure dans la salle de musculation. Sans se plaindre.

Fiche minute

QUI ?

Naissance 11 mars 1992, à Courtrai.

Taille 1,76 m.

Poids 63 kg.

Résidence Espierre.

Discipline natation (200 mètres brasse, 200 mètres 4 nages).

Club Dauphins Mouscronnois.

Entraîneur Horatiu Droc.

Passé olympique néant.

Ce rythme de vie, c'est devenu quelque chose d'automatique, dit-elle. C'est parfois un peu dur, c'est vrai, mais je sais que c'est le prix à payer pour réussir. D'ailleurs, je ne me souviens pas être partie un jour à contrecœur à l'entraînement. Et ça ne va pas changer maintenant que j'ai décroché cette 3e place aux championnats d'Europe ! Un premier podium marquant qui a même incité Frederik Deburghgraeve, le champion olympique 1996 du 100 mètres brasse, à lui envoyer ses félicitations via Facebook. Ça m'a touchée.

Fanny Lecluyse lisse ses longs cheveux bruns, repousse ses cours de français de future institutrice disposés sur la table familiale en jetant un œil sur son ordinateur portable. La meilleure nageuse belge du moment, médaillée de bronze sur 200 mètres brasse à l'Euro en petit bassin à Szczecin, en Pologne, en décembre, vient de vivre, l'année de ses 19 ans, la plus belle saison de sa carrière. Celle de l'explosion, rendue possible par une révision à la hausse de son dévouement à cette discipline si ingrate.

Le déclic est survenu il y a un an, raconte-t-elle. J'étais en stage en Irlande et je me faisais constamment doubler par Grainne Murphy, une spécialiste des longues distances. Jusqu'à me demander ce que je faisais là, à m'interroger sur mes qualités de nageuse. Quand on est rentrés en Belgique, on a convenu avec Horatiu (Droc, son entraîneur d'origine roumaine, NDLR) qu'on n'y arriverait pas si on ne durcissait pas le travail et si on n'augmentait pas le kilométrage.

L'adaptation à son nouveau régime a nécessité quelques semaines, mais c'est comme du papier à musique qu'elle est désormais réglée, avec des horaires très stricts à respecter et peu de place pour la folie douce des jeunes de son âge. Mes copains comprennent que je vis pour mon sport. Si je n'allais pas me coucher tôt, je ne tiendrais pas le coup.

La natation est venue à elle par nécessité. Celle ressentie par sa mère lorsque l'enfant d'une de ses amies s'est noyé. On avait un étang dans le fond du jardin, elle n'a pas voulu prendre le moindre risque. À 4 ans, je suivais déjà des cours à la piscine de Courtrai. Jusqu'à se découvrir un talent pour le crawl, le papillon, le dos et la brasse – son style préféré –, l'éclectisme étant l'une de ses principales qualités. Et renoncer, sans trop de regrets, à l'équitation et au piano, ses deux autres occupations de gamine qu'elle compte bien reprendre plus tard, sans doute après les Jeux de Rio.

En 2003, elle change d'univers en passant à Mouscron. Un souhait pour cette Flamande vivant à Espierres, sur la frontière linguistique – Je voulais apprendre le français, je ne savais dire que oui, non et merci ! – autant qu'une obligation – Dans mon club précédent, l'entraîneur partait tous les deux mois en vacances… Un choix finalement payant tant sur le plan sportif que linguistique puisque, à côté de ses brillants résultats dans l'eau qui ont commencé à s'accumuler à partir de 2007, elle avoue parfois avoir du mal à retrouver ses mots dans sa langue maternelle. D'autant que, entre-temps, elle s'est également affiliée à Lille pour pouvoir disputer les championnats de France et se mesurer régulièrement à une grosse opposition.

Son projet, dit-elle, est aussi celui de ses parents, toujours là aux petits soins, que ce soit pour la conduire à l'entraînement ou l'accompagner en compétition, même au bout de la planète comme l'été dernier, aux Mondiaux de Shanghai, où elle a décroché son billet pour les Jeux de Londres. Une famille marquée au fer rouge par le décès, en 2008, de Stephan, le frère aîné de Fanny, d'une myopathie de Duchenne après 36 ans d'une vie de souffrances.

C'était mon plus grand supporter, confie Fanny, qui s'est fait tatouer son prénom au creux du poignet gauche et qui ira déposer sur sa tombe le bouquet ramené de Pologne une fois qu'il aura séché. Il tenait à jour toutes mes statistiques, venait me voir dès qu'il le pouvait, c'est-à-dire quand la piscine était accessible aux chaises roulantes. Depuis qu'il est mort, c'est pour lui que je nage.