Portraits olympiques: Brian Ryckeman

Philippe Vande Weyer

lundi 13 février 2012, 14:24

Il passe l'essentiel de son temps dans l'eau à aligner les longueurs. Une nécessité pour être performant sur 10 km, le marathon de la natation.

Portraits olympiques: Brian Ryckeman

Filip Vanzieleghem

Il n'a pas encore d'écailles qui lui poussent sur le dos, mais même quelques heures après son entraînement matinal, la marque de ses lunettes de natation cerne toujours ses yeux et ses cheveux délavés ne mentent pas sur les attaques de chlore qu'ils ont dû subir. Et comme s'il n'en avait jamais assez, Brian Ryckeman a même un aquarium dans le salon de sa maison ostendaise.

QUI ?

Naissance 13 juillet 1984, à Ostende.

Taille 1,96 m.

Poids 76 kg.

Résidence Ostende.

Discipline natation (10 km eau libre).

Club Brugse Zwemkring.

Entraîneur Rik Valcke.

Passé olympique 2008.

http://users.telenet.be/brian.ryckeman/

L'eau, c'est le deuxième élément de ce placide Flandrien qui, parce qu'il sentait que la longueur maximale des compétitions en bassin – 1500 m – ne constituait pour lui qu'un échauffement, a décidé un jour de sortir de la piscine pour aller voir ailleurs, là où il n'y a pas de mur tous les 50 m qui vous force à rebrousser chemin. Une passion née très tôt, à 10 ans, sous les encouragements de son sauveteur de beau-père, et qui s'est un peu plus justifiée quand, à l'aube des Jeux de Pékin, la natation en eau libre est devenue olympique.

Aujourd'hui, à 27 ans, Brian Ryckeman est l'un des meilleurs mondiaux de sa spécialité. Parmi ceux-ci, il n'y en a qu'un, l'Allemand Thomas Lurz, médaillé de bronze aux JO 2008, qu'il n'a jamais battu. À Eilat, en Israël, en septembre dernier, après s'être planté tactiquement dans l'épreuve du 10 km, il est allé chercher son premier grand titre lors des championnats d'Europe en s'imposant sur 25 km au bout de 5 heures de crawl. Quand je suis sorti, reconnaît-il, on aurait pu me déclarer perte totale ! C'est tout juste si je pouvais marcher !

Les longues sessions dans l'eau, ce n'est pourtant pas ce qui l'inquiète. À raison de 6 heures par jour, il « avale » entre 90 km et 120 km par semaine. C'est mentalement très dur, mais c'est le seul moyen d'arriver au sommet. Pour être performant, il faut faire du volume. Beaucoup de volume. Mais je ne me plains pas. C'est mon boulot, je suis payé pour l'exercer. Et s'il y a des jours difficiles, il y en a aussi où je m'amuse !

Si Ryckeman, menuisier de formation, joue au forçat de la flotte, c'est aussi parce qu'il estime que ce sont les kilomètres qui lui ont peut-être manqué, en 2008, à Pékin pour faire mieux que cette 7e place qui, sur le moment, l'avait tétanisé. Jusqu'à lui faire dire des choses qu'il a ensuite regrettées.

C'est toujours dangereux de réagir sur le coup de la déception, confie-t-il. Mais quand vous avez travaillé comme je l'ai fait, qu'à un moment de la course vous êtes très près des trois premiers et que vous vous faites finalement dépasser par trois adversaires dans les 100 derniers mètres, vous tombez dans un trou noir. Quatre ans plus tard, je me dis que je n'étais pas assez bon et que terminer « finaliste » (top 8) aux Jeux après deux années d'entraînement spécifique, ce n'était pas si mal.

Pour faire mieux à Londres, mais aussi parce que le plus dur, c'est de repartir, il avait entamé son olympiade par un exil. Neuf mois à Rome, dans le groupe de l'Italien Valerio Cleri, 4e à Pékin, à la fois pour fuir son isolement et aller à la pêche aux recettes étrangères. Un bon choix que je ne regrette pas, maintient-il, même s'il avoue que le régime qui était imposé aurait pu le détruire s'il n'avait décidé d'abréger l'expérience.

C'était trop dur, pas tant à cause du nombre de kilomètres parcourus – 500 lors des quatre premiers mois… – qu'en raison du manque de temps de récupération. Entre les deux sessions quotidiennes, nous avions trois heures de battement. Le temps de rentrer chez moi et de manger, j'étais bon pour repartir à la piscine. À plusieurs reprises, j'ai failli m'évanouir dans l'eau. Et sur le temps de mon séjour, j'ai perdu 5 kilos. Moi qui ne suis déjà pas gros…

De retour au pays, il a recopié les schémas italiens et les a adaptés sous la direction de son entraîneur, Rik Valcke. La même constance en termes de volume, plus de temps de repos, mais aussi de la vitesse, pour pouvoir émerger lors des fins de course, là où tout se joue, quand les coups de coude et les tapes sur les pieds des autres nageurs sont parfois nécessaires pour se frayer un chemin ou pour déstabiliser l'adversaire. Même si, moi, je suis connu dans le milieu pour être quelqu'un de fair-play et qu'on me donne généralement plus d'espace.

De l'espace, cependant, il risque d'en manquer cet été lorsque lui et les 24 autres participants s'élanceront à l'assaut des 10 km des JO dans le « Serpentine », le lac planté au coeur de Hyde Park. Pour les spectateurs, ce sera super, pour nous, ce sera dramatique, assure-t-il, sans être autrement surpris du choix de sa Fédération internationale, qu'il accuse de ne pas tenir compte de sa spécialité et de se concentrer sur les épreuves en bassin. Sur une eau calme, avec peu de place, ce sera très tactique. J'aurais préféré qu'on aille en mer ! Finalement, ces écailles…