Portraits olympiques: Jean-Michel Saive

PHILIPPE VANDE WEYER

lundi 20 février 2012, 19:32

En juillet, il participera à ses septièmes Jeux olympiques consécutifs. À 42 ans, le pongiste liégeois n'est plus à un record près.

Portraits olympiques:  Jean-Michel Saive

: Filip Vanzieleghem

C'est une scène qu'il a vécue mille fois – Monsieur Saive, il me semblait bien que c'était vous, mais je n'osais pas… Je peux avoir un autographe pour mon fils ? Lui aussi, il joue au tennis de table ! Et une demande qu'il exécute avec le sourire et la force de l'habitude. À 42 ans, son image est indélébile dans le paysage sportif belge. Comme s'il avait été toujours là. Pour le grand public, mon nom est désormais au-dessus de mon palmarès. Avant, ça m'agaçait un peu, maintenant, je profite.

QUI ?

Naissance de Jean-Michel Saive

17 novembre 1969, à Liège.

Taille 1,81 m.

Poids 78 kg.

Résidence Crisnée.

Discipline Tennis de table.

Club Villette Charleroi.

Entraîneur Martin Bratanov.

Passé olympique 1988, 1992, 1996, 2000, 2004, 2008.

Il sait que ses plus belles années à la table, ces « nineties » où il a notamment atteint la place de nº1 mondial, été sacré champion d'Europe et vice-champion du monde, sont derrière lui. Mais Jean-Michel Saive continue, malgré tout, à se démener, fidèle à son image de battant. Pour le plaisir qu'il ressent encore quand il remonte le short. Et contre la banalisation ou le non-intérêt des performances de Villette Charleroi, ce club dont il porte toujours le maillot après vingt-deux ans de bons et loyaux services. Malgré les dix-huit mois de salaire qu'on lui doit et dont il ne verra, il s'en est fait une religion, jamais la couleur après la mise en faillite de l'ASBL qui gérait la section professionnelle. Si j'y suis resté, c'est pour que le club continue à vivre, assure-t-il en regrettant ces soirées d'antan où le Spiroudôme faisait le plein là où, aujourd'hui, ils sont à peine deux cents pour assister aux matchs européens. Ce qui lui fait dire qu'il est désormais plus facile pour lui d'évoluer devant cinquante personnes à Zagreb. Là où la comparaison est impossible.

Il ne faut pas vivre avec le passé, mais bon… Je me dis parfois qu'il vaudrait peut-être mieux que l'on reparte dans une autre salle, plus petite. Que l'on coupe. Que l'on redynamise.

Il y a quatre ans, après Pékin, il a cru que sa carrière allait gentiment s'étioler. Un matériel inadapté au moment de l'instauration des nouveaux règlements sur les revêtements des palettes l'avait, l'espace de quelques mois dégoûté. Je n'avais pas les bons pneus (sic) et, à cause d'une obligation contractuelle, je devais fermer ma g… Puis, peu après son changement d'équipementier, le mirage londonien est apparu là-bas, dans le brouillard. Et, avec lui, la perspective d'une septième participation consécutive aux Jeux, record de Belgique du tireur François Lafortune (de 1952 à 1976) égalé. Un moteur pour « Jean-Mi », le dingue de stats.

J'ai commencé à y croire début 2010 quand j'ai vu mon classement, raconte-t-il. Je savais que j'allais sortir de la liste des qualifiés directs lors des Mondiaux de Moscou, en mai, parce que, avec la Belgique, en D2, je n'allais pas pouvoir marquer beaucoup de points. Mais, finalement, il y a eu beaucoup de résultats en D1 qui ont joué en ma faveur. À partir de là, j'ai commencé à calculer, à faire le tour du monde pour aller chercher avec mes tripes des résultats dans des tournois intéressants pour moi, en Inde et en Égypte notamment. Et j'y suis arrivé lors des Mondiaux de Rotterdam, en mai 2011.

Peu de temps après sa qualification, qui a reboosté son image, Saive est allé rendre visite à Lafortune. Un moment d'intense émotion qui lui procure la chair de poule chaque fois qu'il y repense. Son record, je ne l'égalerai que quand je serai à Londres ! Même si le temps passe vite, je voudrais déjà y être…

Le Liégeois est conscient qu'il y a plus de chances qu'il y passe à la trappe d'entrée de jeu, comme en 2004 et 2008, qu'il n'y réussisse un exploit. Mais il avoue qu'il lui arrive aussi de penser, quand il est seul en voiture, au tirage au sort de rêve, à ces joueurs qu'il aime bien qui viendraient se mettre sur sa route et qu'il éliminerait un à un. Me faire sortir au premier match me rendrait sans doute moins malade qu'à Athènes et à Pékin. En revanche, ce qui me ferait mal, ce serait de passer complètement à travers.

Pour éviter toute déconvenue, il fait attention à tout, à commencer par son alimentation, lui qui, avec l'âge, grossit plus facilement qu'avant. Il note consciencieusement tous les jours ce qu'il mange et l'envoie à son médecin. Rien que le fait de le faire m'a déjà fait perdre 1 ou 2 kg !

Il sait aussi que, quoi qu'il arrive après les JO, il ne connaîtra pas le trou noir. Il a préparé ses arrières en s'investissant dans la direction du sport depuis plusieurs années. Administrateur du COIB, membre de sa commission des athlètes et de celle de la Fédération internationale de tennis de table – où il a été battu pour la présidence par le Biélorusse Vladimir Samsonov… au jet de la pièce après avoir été arrivé à égalité avec lui aux élections –, consultant du directeur technique de sa ligue, sa voix de sage est de plus en plus écoutée.

Après Londres, j'aurai encore un défi, révèle-t-il pourtant. Juin 2014. Ce mois-là, je fêterai mes trente ans de présence ininterrompue au poste de nº1 belge de tennis de table.

Inoxydable « Jean-Mi »…