Portraits olympiques:Xavier Reckinger
Philippe Vande Weyer
lundi 27 février 2012, 10:37
Une vie qui bascule à 5 ans. Et un sport qui aide à la restructurer. Xavier Reckinger sait ce qu'il doit au hockey. Et le lui rend bien.
Filip Vanzieleghem
Philippe Vande Weyer
lundi 27 février 2012, 10:37
Filip Vanzieleghem
Chez les Red Lions, c'est celui qu'on entend. Un caractère solaire. Extraverti. Un pilier, aussi. Présent depuis 2000 en équipe nationale et une première sélection contre le Pakistan. Avec une grosse interruption de 2005 à 2007 pour cause de hernie discale. C'était à l'entraînement, se souvient Xavier Reckinger. J'ai sauté pour éviter une balle et j'ai senti une pointe dans le dos. Peu de temps après, j'avais perdu toute sensation dans la jambe gauche, jusqu'au petit orteil. Trois médecins m'ont dit que je ne rejouerais plus jamais au hockey.
Naissance de Xavier Reckinger le 20 décembre 1983, à Wilrijk.
Taille 1,88 m. Poids 83 kg.
Résidence Anvers.
Discipline Hockey sur gazon.
Club Braxgata.
Sélections 242.
Passé olympique 2008.
Aujourd'hui, « Reck », 28 ans, visage taillé à la serpe, sourit en repensant à ces instants de panique. À cette période où tout ce qui comptait pour lui, c'était de pouvoir remarcher, vivre normalement. Un coup dur de plus dans une vie qui, dès le départ, s'est jouée sur un drame qui a tout influencé.
J'avais 5 ans et, à l'époque, nous vivions à Kinshasa. Mon père dirigeait une brasserie de l'autre côté du fleuve Congo, à Brazzaville. Un jour, il s'est fait poignarder avec un coupe-papier par un de ses employés qu'il venait de licencier. Le poumon a été touché. Et il ne s'en est pas sorti Cette histoire, je ne l'avais jamais vraiment racontée. Maintenant, c'est fait.
Le regard de Xavier Reckinger se fait fuyant. L'image de son père, il parvient, affirme-t-il, à la visualiser par à-coups. Des flashs. Oui, c'est ça, des flashs Le souvenir chaotique de son retour au pays que son frère, sa soeur et sa mère avaient déjà rallié, aussi. C'est pour soulager cette dernière qu'il a été placé, à l'époque, chez son oncle et sa tante, qui vivaient à Edegem, dans la banlieue anversoise. Et que ceux-ci ont pris en charge une bonne partie de son éducation. Scolaire, bien sûr. Sportive, surtout.
Ils jouaient tous les deux au hockey à l'Herakles. Un jour, alors que j'avais 7 ans, ils m'ont forcé à y aller. Je ne voulais pas, je pleurais. Et pourtant, dès le premier coup, j'ai adoré ! Je pense vraiment, avec le recul, que ce sport a été, pour moi, l'échappatoire idéale. Après l'avoir longtemps combiné avec le tennis, il a opté pour le stick à 13 ans. Définitivement. Et le rouquin d'Anvers J'y ai fait toutes mes études, c'est ma ville , malgré une ascendance pour moitié luxembourgeoise, a vite intégré toutes les sélections nationales belges - 16, 18, 21 ans - jouant aussi, au fil des saisons, au globe-trotter. La Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, l'Australie... autant d'expériences à l'étranger qui l'ont fait grandir et progresser.
J'ai commencé comme défenseur, je suis passé milieu de terrain, puis attaquant avant de redevenir défenseur ! J'essaie d'être sobre, de ne pas commettre d'erreurs. Dans les duels, on me passe difficilement.
Désormais, ce parfait bilingue joue à Boom, au Braxgata. Après avoir évolué au Dragons et à Oranje Zwart, club néerlandais où, en deux ans, il a gagné la Coupe d'Europe et le titre national. À l'époque, je bouclais mes études supérieures en sciences commerciales à Anvers. Je faisais constamment la navette entre Eindhoven et mon domicile. Un soir, en revenant, j'ai fait un têteà- queue en voulant éviter un cerf. Ça m'a un peu refroidi. Et m'a incité, en partie, à revenir jouer en Belgique.
En équipe nationale, il est l'un des rares indéracinables à avoir tout connu, des moments de déprime lors des qualifications loupées au début des années 2000 aux exploits cumulatifs depuis 2007 et cet Euro de Manchester qui a tout déclenché, quand la balle a enfin commencé à rouler pour nous. Jusqu'ici, ma carrière olympique a tenu à peu de chose. À 20 secondes, en fait En 2004, on a laissé filer la qualification pour Athènes à 12 secondes de la fin (contre l'Afrique du Sud), en 2007, on a gagné celle pour Pékin 8 secondes avant le coup de sifflet (contre l'Allemagne). J'ai compris, comme tous mes équipiers, l'importance de jouer un match jusqu'au bout.
Le hockey, ce hobby qui a dérapé, a marqué d'autres jalons de sa vie. Il y a rencontré sa compagne, Ellen Van Hoof, joueuse du Victory, où il avait entamé une reconversion d'entraîneur à l'époque de ses problèmes dorsaux. Depuis, il est devenu directeur technique du club, mais aussi coach des moins de 15 ans à la Fédération et, avec son projet d'agence « Xavier Reckinger Hockey Concern », il se verrait bien, dans quelques années, organisateur d'événements ou formateur dans son sport.
Mais mon grand espoir, c'est d'intégrer un jour le staff d'entraîneurs de l'équipe A en vue des Jeux olympiques. La boucle serait alors bouclée