Portraits olympiques: Sigrid Rondelez

PHILIPPE VANDE WEYER

lundi 05 mars 2012, 12:15

Elle avait rangé sa planche à voile après de décevants Jeux d'Athènes. À 42 ans, mariée et mère de famille, elle n'a pu résister à un nouvel appel des flots.

Portraits olympiques: Sigrid Rondelez

Filip Vanzieleghem

On l'avait abandonnée à la dérive. Dix-huitième à l'arrivée de l'épreuve de Mistral aux Jeux d'Athènes, ses deuxièmes, qu'elle avait pourtant abordés avec le statut de nº 2 mondiale. De quoi la dégoûter à tout jamais, pensait-on, de la planche à voile.

QUI ?

Naissance de Sigrid Rondelez

17 mars 1971, à Bruges.

Taille 1,71 m.

Poids 62 kg.

Résidence Saint-Idesbald.

Discipline Planche à voile.

Club Side Shore Surfers.

Entraîneur Bart Verschoor.

Passé olympique 2000, 2004.

www.sigridrondelez.be

La plus grosse déception de ma carrière, confirme Sigrid Rondelez, près de huit ans après ce cauchemar. Un résultat sans doute dû au départ de mon entraîneur de l'époque, le Néo-Zélandais Bruce Kendall, à quelques jours de la compétition. Avant les Jeux, il se partageait entre moi et le Grec Nikolaos Kaklamanakis (le champion olympique 1996, NDLR). Mais on lui a demandé de faire un choix. Et je me suis retrouvée seule. Toutes mes manches ont été moyennes…

À son retour de Grèce, personne ne doit la pousser vers la retraite. Celle-ci survient naturellement, d'autant que sa fédération lui propose de coacher ses jeunes pousses. Sa vie personnelle prend aussi des virages qui lui permettent d'évacuer. En 2007, elle se marie avec Jo, un éducateur rencontré dans son coin de Flandre-Occidentale, là-bas, tout au bout de Saint-Idesbald, à quelques mètres de la plage. Et donne naissance à une fille, Sol, en octobre 2009. Sol, comme soleil en espagnol…

Et puis, c'est l'improbable illumination. En décembre 2010, elle est en vacances en famille chez des amis en Nouvelle-Zélande. Là-bas, au bout du monde, tout se (re)met en place. La plage. La mer. Le vent. Et une envie subite de replonger. Sigrid emprunte une planche et s'offre une petite course pour le fun. Elle repique au jeu.

La fin de notre séjour approchait, explique-t-elle. Mon mari est rentré au pays et moi, je suis restée six semaines de plus avec ma fille pour continuer à m'entraîner. Il n'y avait plus moyen de m'arrêter !

En 2011, elle repart, en mobilhome, sur le circuit des courses les plus importantes, retrouvant ses habitudes de globe-trotter, elle qui ne rentre jamais plus de deux semaines de suite en Belgique. Elle se fait les dents à Hyères et à Palma. En juin, termine 10e à Kiel, réussissant du coup les critères du COIB. Et en décembre, aux Mondiaux de Perth, obtient de justesse la place de quota internationale qui lui manquait en finissant 30e au classement individuel et 18e pays. C'était la dernière compétition d'une année difficile, justifie-t-elle. Aujourd'hui, j'ai le temps de me préparer, même si je dois désormais combiner deux métiers : véliplanchiste et maman ! Kim Clijsters et Tia Hellebaut n'ont pas de leçon à lui donner…

À 42 ans, elle admet qu'elle récupère moins bien qu'avant et qu'elle ne retrouvera sans doute jamais la plénitude physique qui était la sienne aux Jeux de Sydney et d'Athènes. Je n'ai plus 24 heures par jour à consacrer à mon sport, alors je travaille plus en qualité qu'en quantité, ajoute-t-elle. D'autant qu'une chute violente lors d'une sortie en VTT, survenue il y a sept ans, a laissé des traces. À l'époque, je m'étais reconvertie vers cette discipline où je me débrouillais plutôt bien. Jusqu'à cet accident, en 2005, lors d'un entraînement à Audenaerde, où je suis allée me fracasser la tête contre un potelet. Je me dis aujourd'hui que j'ai eu de la chance car quelques minutes plus tôt, j'avais hésité à ôter mon casque… qui s'est cassé en deux sous le choc.

Depuis ce jour funeste, où elle s'était également déchiré le quadriceps et abîmé la lèvre, Sigrid Rondelez a abandonné le VTT. Et des maux de tête et au cou récurrents l'obligent à des exercices d'assouplissement réguliers. Mais elle s'accroche en s'autopersuadant que son expérience devrait l'aider dans les stratégies de course.

La planche qu'elle a appris à maîtriser depuis son retour n'est plus la même que lors de sa première carrière. Du Mistral, on est passé au RS : X, une planche plus large avec une voile plus grande et plus rigide, qui la fait avancer plus vite. Elle se rapproche du funboard, complète-t-elle. Ça tombe bien, c'est sur cet engin que cette bio-ingénieur de formation a gagné sa vie jusqu'en 1998, devenant même championne d'Europe en 1996, avant de se réorienter vers la planche olympique pour accomplir son rêve de Jeux.

Coachée désormais par le Néerlandais Bart Verschoor, 4e aux Jeux de Séoul, Sigrid Rondelez se contente d'ambitions réalistes pour Londres. Une place dans le top 10, sur 32 participantes, pour pouvoir disputer la « medal race », ce serait bien. Un projet qu'elle partage avec son époux, qui a décidé de prendre un congé parental pour la suivre jusqu'aux régates olympiques, et avec sa fille.

Peut-être que je continuerai encore un an après les Jeux. J'ai investi beaucoup de temps et d'énergie dans ce retour et je suis toujours aussi mordue. Si je continue à évoluer, ce serait vraiment bête d'arrêter.