Portraits olympiques:Élodie Ouedraogo
Philippe Vande Weyer
lundi 12 mars 2012, 14:24
L'athlète d'origine burkinabée n'a jamais été aussi forte qu'à l'approche de sa fin de carrière. Pour une fois, elle ira aux Jeux autrement qu'avec le relais 4 x 100 m.
Filip Vanzieleghem
Longtemps, on n'a vu en elle qu'une simple passeuse de témoin. Le complément idéal de sa meilleure copine, Kim Gevaert, qu'elle parvenait à mettre sur orbite comme personne. Un rôle confortable qui n'avait presque que des avantages : des sélections et des performances en cascade pour un 4 x 100 m finalement médaillé d'argent aux Jeux de Pékin en guise d'apothéose.
QUI ?
Naissance d'Élodie Ouedraogo le 27 février 1981, à Saint-Josse-ten-Noode. Taille 1,75 m. Poids 62 kg. Résidence Kessel-Lo. Discipline Athlétisme (400 m haies et 4 x 100 m). Club Vilvorde AC. Entraîneur Rudi Diels. Passé olympique 2004, 2008.
www.elodieouedraogo.be Et puis, dix saisons après sa première participation à une compétition majeure, Élodie Ouedraogo est sortie de son cocon. Un résultat probant, enfin, sur une épreuve individuelle, l'an dernier aux Mondiaux d'athlétisme de Daegu. Là où beaucoup de sportives de son âge ont pris leur retraite, elle a pulvérisé son record personnel sur 400 m haies de près d'une demi-seconde en réussissant 55 sec 29, devenant, pour le compte, l'une des premières qualifiées belges pour Londres, où elle disputera ses troisièmes Jeux. Personne n'attend 30 ans pour faire son meilleur résultat, sauf moi !, dit-elle en dévoilant un large sourire.
Pour justifier sa percée tardive, il y a plusieurs explications. Une préparation enfin intense et optimale, sans ces blessures à répétition au fessier, au tendon d'Achille ou au quadriceps qui l'ont tenaillée depuis son passage sur le tour de piste, en 2007, et un environnement plus valorisant à l'entraînement, avec des collègues de la même discipline qui lui évitent une triste solitude. Des éléments qui l'ont libérée mentalement.
Mais cette « libération » n'a pas altéré ses sentiments pour le relais, et ce, malgré trois saisons noires du quatuor coaché par Rudi Diels. Même si le pari s'annonce difficile, elle s'investira à fond pour que le 4 x 100 m belge soit à nouveau de la partie, lui aussi, à Londres et terminer l'aventure positivement. Jamais je ne banaliserai cette épreuve. Elle m'a trop donné. Pour commencer, une amitié indéfectible avec Kim Gevaert, sa soeur de sang, qui lui a tout appris, ou presque, au début de sa carrière. Ensuite, un statut de breloquée olympique (2008) et mondiale (2007) qui ne court pas les rues en Belgique.
Enfin, une certaine éthique de travail et une grosse conviction, celle qu'il faut beaucoup travailler et faire des choix pour réussir. Pour moi, rien n'est jamais allé de soi. L'athlétisme m'a apporté une certaine structure, m'a appris à respecter des règles, m'a incitée à la discipline. Cela a été à la fois une chance et une vraie leçon d'humilité. Même si, à côté de la piste, il y a une autre Élodie, peut-être un peu plus relax
La faute à ses origines, admet celle qui est née à Saint-Josse de parents burkinabés avant d'être confiée à une famille d'accueil flamande par sa mère, à l'époque étudiante sans moyens. De quoi puiser sans modération dans deux cultures. Je dis souvent que je suis comme un Bounty : noire à l'extérieur, mais blanche à l'intérieur !
Les contacts sporadiques avec sa mère biologique, retournée à Ouagadougou l'émeuvent à peine. Je n'ai jamais compris que, pendant mon enfance, elle n'ait pas fait plus d'efforts pour me joindre. Comme ceux qu'elle a avec ses deux soeurs qui vivent, elles aussi, en Belgique, l'une à Bruxelles, l'autre à Gand. Elles n'admettent pas que je n'ai pas grand-chose à partager avec elles et que je me confie plutôt à ma famille d'accueil. Moi, cela me semble logique ; c'est elle qui m'a élevée, qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Grâce à elle, j'ai eu une chance énorme, que peu d'enfants africains ont eue. C'est en partie pour ça que j'ai opté pour la nationalité belge à 18 ans. Mais si elle a toujours repoussé, jusqu'ici, un retour aux sources, elle avoue avoir envie de partir un jour au Burkina Faso, où elle a encore une soeur et un demi-frère. Je les ai vus via Facebook. Ça ne me laisse pas indifférente. Repérée alors qu'elle jouait et courait dans la rue par un de ses voisins qui entraînait les jeunes au club d'athlétisme de Tirlemont, Élodie Ouedraogo a tout de suite accroché quand, à 9 ans, elle a fait ses premiers pas sur une piste. Elle s'est essayée à la hauteur et à la longueur. Puis au sprint et au 100 m haies. Avec des résultats suffisants pour intégrer les sélections de jeunes puis ce 4 x 100 m, dont personne n'avait imaginé le parcours, malgré le talent avéré de Kim Gevaert, celle qui a fait la différence entre une sélection et une non-sélection, puis entre une place en finale et une élimination, et enfin entre une place d'honneur et une place sur le podium.
Spécialiste du relais, elle en gardera des souvenirs pour la vie, elle qui dira sans doute adieu à l'athlétisme à la fin de la saison, par crainte de l'année de trop. Avec des ambitions de reconversion dans les médias, si possible dans une bonne maison de production, plutôt que comme entraîneur. Je ne crois pas que j'aurais la patience