Portraits olympiques : François Heersbrandt
Rédaction en ligne
lundi 26 mars 2012, 12:23
Grâce à son sérieux et sa détermination et l'aide d'une cellule restreinte, le papillonneur de Wavre a pris une autre dimension. Dans l'eau et en dehors.
Filip Vanzieleghem
Elles sont là, bien en évidence, sur le buffet du salon. Deux médailles de bronze, ses premières, conquises en décembre à l'Euro en petit bassin. Un témoignage visuel omniprésent qui l'aide à réaliser ce qu'il est devenu. Ou plutôt ce qu'il est en train de devenir.
QUI ?
Naissance de François Heersbrandt 12 décembre 1989, à Uccle.
Taille 1,78 m.
Poids 73 kg.
Résidence Wavre.
Discipline Natation (100 m papillon).
Club Waterloo Natation.
Entraîneur Rudy Declercq.
Passé olympique 2008.
Il y a quatre ans, aux JO de Pékin, François Heersbrandt s'était fait mal aux yeux en débarquant en pleine lumière. Comme un anachronisme, look de premier communiant et physique de gringalet, il avait défié les monstres du 100 m papillon dans ce Cube d'eau rempli jusqu'à la gorge. Une belle claque au final, mais une sacrée aventure quand même. Je m'étais beaucoup investi après ma qualification quelques mois plus tôt lors de l'Euro d'Eindhoven ; j'étais peut-être arrivé un peu fatigué. Mais le souvenir que j'ai gardé de mes premiers Jeux est incroyable. C'est pour ça que je n'ai eu de cesse d'y retourner. Et que j'aurai sans doute envie d'aller chercher une olympiade en plus.
Aujourd'hui, à 22 ans, ce sont de beaux lendemains qu'il accumule. Et un statut qu'il polit. Celui de meilleur nageur du pays, qu'il s'est forgé petit à petit. Méthodiquement. Intelligemment. Passionnément. Quand j'arrête de nager, pendant mes périodes de repos, l'envie d'y retourner revient très vite. J'ai besoin de sentir l'eau, d'aligner les longueurs.
Une évidence qui a grandi depuis ses premiers plongeons à Waterloo, à 10 ans, sous le regard de sa maman prof de musique, qui l'a élevé seule après le décès brutal de son époux, alors que François n'était encore qu'un bébé. Avec, pour lui, d'emblée une préférence pour le dos et le papillon plutôt que pour le crawl - Mon point faible - et la brasse - J'y étais nul . Ce sont les performances qui ont décidé de mon style de prédilection, ajoute-t-il. En 2006, après avoir loupé ma qualification pour l'Euro junior en dos, j'ai réussi à la forcer en papillon, sans l'avoir travaillé. Tout est parti de là.
A la baguette, pour le guider, il a toujours fait confiance à Rudy Declercq, mentor différent , qui le suit depuis qu'il est gamin, privilégie la qualité à la quantité et qui est constamment à l'écoute . Un binôme indissociable auquel est récemment venu se greffer le préparateur physique Grégoire Litt, qui s'occupe de la programmation de ses entraînements. C'est lui qui communique le planning. A partir de là, Rudy détermine ce qu'on va faire à l'entraînement. Il m'envoie ses plans par mail et je valide ou non. Parce que, en fonction de mon ressenti, j'ai mon mot à dire.
Un accès à la parole qu'il avait perdu après deux années passées de 2008 à 2010 à Toulouse, où il s'était exilé pour fuir les conditions d'entraînement, devenues impossibles en Belgique. Au bout du compte, une expérience de vie intéressante marquée par un investissement total pour la natation , mais aussi des méthodes d'entraînement en lesquelles je ne croyais pas, trop répétitives, alors que le sport l'est déjà suffisamment
Dans ma tête, une petite voix me disait : Tu peux faire mieux ! J'ai frisé le ras-le-bol et envisagé d'arrêter. C'est pour ça qu'il est rentré prématurément dans son Brabant wallon et qu'il a repris sa route avec celui avec qui il l'avait entamée. En une semaine, Rudy m'a remis à flot et permis de me qualifier pour l'Euro de Budapest
Une collaboration qui continue à payer. Après avoir loupé de justesse sa qualification pour Londres, lors des Mondiaux de Shanghaï, à l'été 2011, et être monté deux fois sur le podium à l'Euro 25 m de Szczecin, sur 100 m papillon et 4 x 50 m libre, cinq mois plus tard - Je ne m'y étais pas forcément attendu, j'ai juste essayé de me faire plaisir, mais cela a clairement constitué un tournant -, François Heersbrandt a réussi, le jour où il voulait, le chrono qu'il souhaitait pour assurer sa place pour les JO. Un temps de 52.29, bouclé en janvier à Anvers, qui lui a même valu d'occuper la première place sur les rankings mondiaux en début d'année.
De quoi devenir gourmand ? Le premier objectif pour les Jeux, c'est de ne pas me prendre la tête en ayant un objectif ! On va viser un temps - j'aimerais 51.50 - et le temps amènera la place. Et je me concentrerai sur ce 100 m papillon. J'aurais pu également tenter ma chance sur 50 m libre, mais il est programmé le même jour ; mon objectif, c'est de nager ma meilleure course, pas de faire le plus de courses possible.
D'ici là, en dessous de sa tête bien faite - Je suis des cours en élève libre à l'UCL, j'aurai tout le temps de retourner à l'unif une fois ma carrière terminée - il va bosser comme un malade pour gagner encore un peu de volume et se rapprocher un peu plus de ses rivaux. Le but sera que le mouvement technique ne soit pas altéré par la prise de masse. C'est pour ça que l'on accorde beaucoup de place à la souplesse, notamment par le biais de séries d'étirements très poussés. J'étais à 66 kg à Pékin, je suis à 73 kg aujourd'hui, j'espère être à 75 kg à Londres .
Tout mouillé, cela va sans dire.