La mode spécule sur l’avenir de Galliano chez Dior

Rédaction en ligne

lundi 28 février 2011, 20:16

L’affaire Galliano provoque une onde de choc dans le monde de la mode. Certains avancent que la lune de miel entre le créateur et la maison Dior était entamée depuis un moment.

La mode spécule sur l’avenir de Galliano chez Dior

© AP

« La maison Dior ne savait pas comment terminer son contrat. Sa suspension va laisser du temps à leurs avocats pour se préparer », croit savoir un fin observateur du milieu. « J’ai entendu dire que Dior cherchait un moyen de le foutre dehors », renchérit une attachée de presse aguerrie.

« Je pense qu’il y a des problèmes entre sa maison et lui que nous ne connaissons pas », avance de son côté le créateur Gaspard Yurkievich, estimant que Dior pourrait se servir de cette affaire comme « excuse » pour s’en séparer.

La maison Dior (groupe LVMH) a suspendu le créateur vendredi « dans l’attente des résultats de l’enquête », lorsqu’ont émergé les accusations contre M. Galliano, qui aurait tenu, visiblement éméché, des propos racistes et antisémites lors d’une altercation dans un café du Marais situé à deux pas de son domicile parisien.

Il dément vigoureusement cette version des faits, mais de nouvelles accusations ont depuis été portées contre lui alors que circule sur internet une vidéo amateur montrant le styliste affirmer qu’il « aime Hitler ».

M. Galliano, directeur de la création chez Dior depuis quinze ans, reste, à 50 ans, l’un des stylistes les plus admirés au monde pour son art de la coupe, ses mélanges savants de matières, l’éclat de ses couleurs et son sens du spectacle. « A son arrivée à Paris, cela a été une révolution, il a amené une scénographie qui n’existait pas avant », souligne une source.

Un jeune créateur français, qui veut lui aussi rester anonyme en raison de la sensibilité de l’affaire, relativise les rumeurs de divorce avec Dior : « Il faut se méfier. Dans le milieu de la mode, on spécule non stop. Ca fait dix ans que tout le monde se demande si Galliano reste chez Dior, si Karl (Lagarfeld) s’apprête à quitter Chanel, si Alber Elbaz ou Marc Jacobs ne vont pas changer de crémerie, c’est cyclique et tout le monde aime y mettre son grain de sel », dit-il.

« J’ai de la peine pour Galliano », ajoute-t-il, le décrivant comme un « homme très doux, super calme, une vraie poupée. A priori, tout sauf une ordure, c’est aberrant ».

« Tout le monde est affligé, même si le fait qu’il soit parti en vrille n’étonne personne » dans le milieu, ajoute une autre source, évoquant le rythme infernal des collections, la pression et l’exposition médiatique, les excès d’excitants.

Les excentricités du créateur britannique sont connues. Mais les détails de l’affaire et la gravité des accusations laissent de nombreuses personnalités de la mode sans voix.

La maison Dior, interrogée une nouvelle fois lundi après-midi par l’AFP, n’était toujours pas en mesure de confirmer la tenue du défilé Dior prévu vendredi.

Pour le consultant Donald Potard, elle pourrait maintenir le spectacle, mais en l’absence de son créateur.

La suspension de M. Galliano, à ses yeux, n’est pas un désaveu, mais une réaction « logique et mesurée » : « Dior a fait ce qu’il fallait pour protéger à la fois ses intérêts et ceux de Galliano », estime-t-il.

(afp)