Le polyamour ou le choix assumé des amours multiples

Nurten Aka

lundi 06 juin 2011, 14:41

Peut-on aimer plusieurs personnes à la fois ? Les polyamoureux le pensent, qui vivent des amours multiples mais sans mensonge ni culpabilité. A Bruxelles, des « cafés-poly » se tiennent chaque premier mercredi du mois.

Le polyamour ou le choix assumé des amours multiples

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« Couple ouvert à deux battants ». Ce titre de Dario Fo convient bien à des gens qui ont décidé de sortir du cadre, s’affichant désormais en « polyamour », un courant qui revendique des amours multiples et simultanées, sans mensonge ni culpabilité.

En Belgique, le polyamour est un petit groupe informel, amorcé par Philippe et Sofia, vingt ans d’expérience. Depuis un an, ils organisent des café-poly, chaque premier mercredi du mois à la Maison Arc-en ciel, un café associatif situé rue du Marché au Charbon, à Bruxelles. L’ambiance est conviviale avec une mixité de femmes et d’hommes, d’âges variés. Certains parlent musique, littérature, jardinage ou… parcours amoureux.

« Aimer deux personnes sans culpabiliser »

« C’est sympa de savoir qu’on n’est pas seul dans ce choix de vie » nous confie Mathilde, 36 ans, accompagnée de son mari. Mathilde, mariée à Bastien depuis dix ans, passe deux nuits par semaine avec son mari, une nuit avec un autre amoureux et parfois un troisième. Esprits tordus s’abstenir : ici le sexe pour le sexe n’est pas au cœur des choses. « Le “tu n’aimeras qu’un seul homme comme tu n’aimeras qu’un seul Dieu m’a toujours mis en colère, dit-elle. Je peux aimer deux personnes sans culpabiliser. Ce ne sont jamais des histoires d’un soir. Or ça choque plus de dire qu’on aime plusieurs personnes, que d’avouer avoir trompé son mari. C’est le monde à l’envers ! »

Loin de l’échangisme centré sur l’acte sexuel ou du libertinage qui évacue la fidélité, plus nuancé, le polyamour pose la question de la liberté du couple et de la réalisation de soi. Une seule personne du couple peut donc vivre une histoire d’amour parallèle sans besoin de « revanche » du compagnon. « Entre la théorie et le passage à l’acte, c’est dur, explique Bastien, le mari de Mathilde : les vieux démons resurgissent comme la peur d’être quitté, l’idée qu’elle “m’appartient“ et l’ego de “qu’est ce qu’il a de plus que moi ?!“. C’est le danger de tout couple même si dans le polyamour les risques sont accrus. Il faut faire le deuil du couple classique, accepter une certaine marginalisation. Si ma femme vit une belle histoire, cela ne doit pas créer un tsunami en moi. »

Tous l’affirment : le polyamour repose sur la solidité du couple, du respect, de la confiance en soi. Ceci n’est pas l’Eden, juste – peut être – une utopie réalisée par certains, issus entre autres de Mai 68. Et la vigilance est de mise pour évacuer la jalousie quand elle déboule. « Après 15 ans de polyamour, explique Sofia, je peux encore être jalouse, dans des moments moins épanouissants de ma vie amis si tout va bien, je peux passer une soirée devant la télé alors que mon mari est en extase avec une de ses amoureuses. ».

L’entourage comprend difficilement

En quittant les sentiers battus du couple monogame, les polyamoureux s’engagent dans un défi audacieux souvent mal jugé par les autres. « L’entourage, c’est l’enfer » lance Mathilde, dont le père machiste digère mal son mode de vie. Sofia (44 ans) cache son polyamour à sa famille trop catholique pour comprendre. Bastien, lui, a lancé la chose comme on lance un frisbee à ses parents monogames, qui acceptent avec difficulté. Et les enfants de polyamoureux ? « J’ai des enfants de 20 et 17 ans, raconte Sofia. On a fini par leur expliquer que, pour nous, on vivait dans une ouverture du couple et non une cassure mais que nous n’étions pas un “modèle“ de couple à imiter absolument. » Enfin, du côté des amis et des collègues, c’est la rengaine du « je ne sais pas comment tu fais, mais moi, je ne pourrais pas ! ». C’est ce qui « gonfle » les polyamoureux qui ne demandent pas qu’on les suive, juste qu’on accepte une autre idée du couple.

Comprendre sans juger tout en sachant que le polyamour n’est pas une nécessité pour tous. En attendant, ils sont excités à la rencontre de ce soir dans les locaux de Bruxelles Laïque avec l’auteure française Françoise Simpère, spécialiste du polyamour. Une soirée auberge espagnole, autour d’un débat au titre-programme : « Comment changer le monde si on ne change pas soi-même ? Signification sociale, religieuse et politique du couple monogame ».