La fesse cachée de Hollywood

vendredi 13 avril 2012, 12:10

Entre la fin des sixties et le début des nineties, le cinéma porno s'est développé dans les marges de Hollywood, passant d'un business artisanal à un empire tentaculaire. Son histoire racontée de l'intérieur est un vrai roman noir de la société américaine contemporaine.

La fesse cachée de Hollywood

Zoe Belmont Photo : Belga/AFP

Par Benjamin Atlas Paru dans Victoire le 07/04/2012.

A lire

The Other Hollywood, L'histoire du porno américain par ceux qui l'ont fait, Legs McNeil et Jennifer Osborne, éd. Allia, 784 p., 29 €.

Tout le monde a son image et son idée du porno. Diabolisée par les uns ou fantasmée par les autres, l'industrie du cinéma « pour adultes » américain s'est développée en marge de Hollywood comme un miroir déformant soigneusement tenu à distance. Sa véritable histoire est encore plus incroyable, drôle, palpitante et pathétique qu'un scénario de film. Dans le livre « The Other Hollywood », acteurs, actrices, réalisateurs, producteurs, mafieux, flics, procureurs ou toute personne gravitant dans le monde du X donnent chacun leur version de la vérité. Rassemblées dans un montage serré, ces centaines d'heures d'entretiens, d'extraits de magazines, de bouquins ou d'écoutes téléphoniques créent un kaléidoscope hallucinant sur cette industrie qui pèse aujourd'hui des milliards de dollars et qui a prospéré à l'abri des regards de l'Amérique bien pensante.

Le porno devenu hype

À la fin des années 50, les amateurs de chairs si peu offertes devaient se contenter des films de camps de nudistes où les plans d'organes sexuels étaient bannis. Puis ce fut le règne des loops, ces courts films explicites tournés en 8 mm ou 16 mm et distribués sous le manteau. Tout a changé avec « Deep Throat » (Gorge profonde) et « Behind The Green Door » (Derrière la porte verte), des vrais films avec un réalisateur, un scénario et des décors qui furent projetés dans des vraies salles de cinéma, engendrant pour les petits malins qui avaient financé le tournage et géré la distribution, des profits phénoménaux. Les deux actrices principales, Linda Lovelace et Marilyn Chambers, devinrent des stars que tous les médias s'arrachaient. Le porno était hype. À New York, Los Angeles et Miami, les nightclubs et boîtes de strip-tease étaient fréquentés par des acteurs en vue, des businessmen et des politiciens qui adoraient s'encanailler pour autant que chacun reste à sa place. C'est pour cela que les vedettes du X ont très rarement réussi le passage vers le cinéma normal. Et pas nécessairement parce qu'elles étaient mauvaises actrices. Celles et ceux qui se sont lancés dans le porno l'ont fait parce qu'ils aimaient le sexe ou parce qu'ils y ont vu le moyen le plus rapide de se faire de l'argent. De l'argent qui, dès qu'il coulait à flot, finançait l'achat de drogues diverses avec les inévitables excès.

Un univers très pragmatique

Le monde du porno apparaît, hors quelques personnalités borderline, comme un univers très pragmatique où l'on appelait un chat un chat. Moins hypocrite que Hollywood où, comme le relève une actrice, il faut coucher pour réussir, tandis que dans le porno, on couche devant la caméra et on en reste là. C'est aussi un monde très masculin, financièrement contrôlé par la mafia, qui reste en dehors des plateaux et s'intéresse finalement assez peu aux filles. Le porno qui a bourgeonné dans l'atmosphère de libération sexuelle de la culture hippie a connu plusieurs bouleversements. Le sida l'a dépouillé de ce qui pouvait lui subsister d'innocence et puis, surtout, le passage à la vidéo et ensuite à internet ont exacerbé la concurrence et encouragé les productions à la chaîne, où la quantité compte plus que la qualité. Toujours attirées par l'appât du gain et de la célébrité, les aspirantes actrices continuent à envoyer leurs CV et mensurations. Devenues interchangeables, elles sont consommées avant d'être jetées. Façonnées dans le même moule, elles n'ont d'autres choix que de s'engouffrer dans la course à l'extrême pour exister sur un marché pléthorique. Un choix de carrière exigeant dont seules les fortes personnalités tirent leur épingle du jeu.