Gucci, la story

JULIE HUON

vendredi 04 mai 2012, 10:17

LA MAISON DE LUXE ITALIENNE fête ses 90 ans. Talent, argent et même un scandale familial : un siècle de roman.

Gucci, la story

: DR

C'est un nom qui se prononce comme un baiser. On fait le « gou » en poussant les lèvres vers l'avant et le « tchi » en collant la langue contre les dents. Pour Van Bommel, par exemple – qui est une très belle marque hollandaise de chaussures –, c'est moins évident. Mais Gucci, l'une des plus puissantes griffes de luxe italiennes, se devait d'être sexy. Bling bling, kitsch et choc, elle vient de fêter ses 90 ans en ouvrant son musée à Florence, 1.700 m2 comprenant une galerie d'art contemporain, un café, une librairie… L'égérie de la marque y était : Charlotte Casiraghi, fille de Caroline, princesse de Rocher ondulant comme une sirène dans sa robe à franges turquoise satinée.

Repères

1921 Guccio Gucci lance sa boîte.

1937 Le mors de cheval, l'étrier et la bande tricolore deviennent le logo de la griffe.

1947 Pénurie de cuir. Gucci travaille le chanvre et le bambou dont il fait son célèbre sac.

1953 Mort de Guccio Gucci. Ses quatre fils prennent la relève. Le foulard Flora est créé pour Grace Kelly.

1994 Arrivée de Tom Ford à la direction artistique.

1995 Assassinat de Maurizio Gucci.

2003 Rachat par le groupe de luxe français Pinault-Printemps-Redoute.

2004 Frida Giannini remplace Tom Ford.

2009 Ridley Scott parle d'un remake de l'affaire Gucci avec Angelina Jolie.

2012 Lancement d'une collection de montres 1921 et d'une ligne de solaires féminine.

Gucci, c'est aussi un nom qui fait rêver. La jeune actrice chinoise Li Bing Bing (à deux « L » près, parfaite pour le rôle) a été engagée pour incarner la dernière campagne hommage aux accessoires emblématiques. Et il y en a ! Le monogramme au mythique double G, l'étrier comme symbole, la bande vert-rouge-vert, le sac Bamboo et son anse en bambou polie, le mocassin paré d'un mors en métal… Voilà comment on bâtit un empire.

L'histoire débute en 1921 sur les rives de l'Arno, à Florence en Italie. Guccio Gucci a 40 ans. Ce fils d'un artiste-maroquinier – s'étant révélé plein de facéties au moment de baptiser le gamin – a bossé à Paris et à Londres comme portier dans des hôtels de très grand standing, comme le Savoy. Là-bas, il a flashé sur les bagages luxueux des visiteurs et le voilà revenu sur ses terres natales avec l'idée d'ouvrir une boutique d'articles de maroquinerie et de bagagerie qui mêlerait l'esthétique et le style observés à l'étranger et le savoir-faire familial et traditionnel des artisans florentins.

En près d'un siècle, Gucci a compté parmi ses fidèles des Jackie O', des Grace Kelly, des Romy Schneider, des Elizabeth Taylor, des Samuel Beckett, des Madonna et des Gwyneth Paltrow…

S'est affaibli dans les années 80 et a ressuscité sous l'aiguille de Tom Ford, le chevalier texan, dans les années 90. Et comme tout mythe qui se respecte, Gucci a connu le soufre, le scandale, la force obscure : en 1995, Maurizio Gucci, petit-fils du fondateur de la maison, est assassiné devant ses bureaux milanais. Deux ans d'enquête établiront que c'est son ex-femme, Patrizia Reggiani, qui a commandité le meurtre. Après 12 ans de mariage, prétextant un petit voyage d'affaires, il n'était tout simplement pas rentré à la maison.

Patrizia Reggiani devrait avoir purgé sa peine en 2021 mais la loi italienne lui permet de bénéficier d'un régime de semi-liberté : la journée dehors, la nuit derrière les barreaux. La veuve noire, comme l'appelle la presse italienne, ne veut pas sortir de prison : « A 64 ans, je n'ai jamais travaillé de ma vie, je ne vais certainement pas commencer maintenant. » C'est ça, le luxe.

www.gucci.com