Le créateur Christophe Coppens raccroche les gants

JULIE HUON

samedi 05 mai 2012, 10:41

Le créateur bruxellois stoppe la totalité de son activité. Christophe Coppens, qui a compté parmi ses clientes les chanteuses Rihanna ou Lady Gaga, a annoncé qu'il avait déposé le bilan. A lire dans Le Soir

Le créateur Christophe Coppens raccroche les gants

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Dans une lettre très touchante (lire ci-dessous), le créateur bruxellois explique pourquoi il arrête tout. La mode, fini pour lui. Pendant que tout le monde fêtait la mode belge « qui se porte si bien puisque Raf Simons a été engagé chez Dior », Christophe Coppens, après Walter Van Beirendonck, après Véronique Branquinho et tant d'autres, se démenait pour faire tourner sa maison. Dries Van Noten lui-même nous disait en mars dernier dans Le Soir combien il était difficile de survivre dans la mode aujourd'hui. Après 21 ans de carrière, Christophe Coppens se retire. Il se confie sur les raisons de son départ, sans amertume mais sans illusion.

Que s'est-il passé ?

« Si j'arrête tout, ce n'est pas pour recommencer. Il y a 21 ans que je trouve ce métier très dur, depuis le début en fait. Mais ces dernières années, le prix à payer est trop élevé pour ce que ça me donne. »

Financièrement ?

« Financièrement, oui, c'est très lourd. Mais ce n'est pas l'unique raison. Il est vrai que l'époque a complètement changé. Il est devenu impossible d'investir dans le futur, les fabricants vous demandant de prépayer 100 % sur ce que vous voulez leur faire faire. Ils sont extrêmement prudents, ne prennent plus aucun risque. Ma société est en train de grandir et c'est justement pour ça, parce que le mois prochain, j'allais ouvrir ma boutique à Paris, parce qu'il y aurait eu une augmentation de capital en juin, que je me suis demandé si c'était vraiment ce que je voulais. »

Pourquoi grandir vous semble impossible ?

« C'est terriblement dur. Il y a des parties de mon travail qui sont rentables. Je fais plus de 60 % de mon chiffre d'affaires au Japon mais depuis neuf ans, et l'année dernière particulièrement, ça ne va plus du tout là-bas. J'ai 120 points de vente au Japon, 30-40 dans le reste du monde. Mais les magasins ne vous prennent plus rien. »

Que veulent les gens ?

« Une écharpe rouge ! Un logo ou un truc bon marché. Je vendais chez Saks ou Barneys à New York, qui ne prennent plus aujourd'hui que des gadgets et le truc trendy du moment. Ce que je ne suis pas. Ce que je ne veux pas être. Je trouve, en toute modestie, que je travaille à 1 % de mes possibilités. Ça fait des années que je me retiens, que je retire, que j'enlève. »

Vous voulez dire que vous n'avez plus les moyens de créer ?

« J'ai commencé dans la mode à 21 ans. Et seul avec mon équipe, pendant 15 ans, j'ai eu par deux fois l'occasion de me déclarer en faillite et de reprendre un nouveau départ. Beaucoup de mes confrères l'ont fait. Moi pas. D'une façon un peu old fashioned, quand je reçois une facture, je fais tout pour la payer. J'ai trouvé de nouveaux investisseurs il y a cinq ans. On a réalisé un business plan très réaliste. Et la crise mondiale est arrivée. Il a fallu couper dans les frais, jusqu'à ce qu'il ne me reste plus rien. Je n'arrive plus à utiliser mon talent. »