Parle pas comme ça à ta mère !

JULIE HUON

mercredi 16 mai 2012, 09:18

Ce qui rend fous les parents Série 4/5 CE N'EST PAS FORCÉMENT une insulte, c'est un ton. Le langage, premier symptôme du manque de respect, est à soigner sans attendre.

Parle pas comme ça à ta mère !

: Le Soir/Dominique Duchesnes

Là-dessus, les psys, les profs, les coachs, tout le monde est d'accord. S'il n'y avait qu'un seul combat à mener, ce serait celui-ci. Une chambre comme une décharge publique, trois paquets de chips avant le souper, tout ça n'est rien face à un « Je te parle comme je veux, OK ? ».

On ne dit pas / On dit

On ne dit pas « Tais-toi, petit con ! Et retire tout de suite ce que tu viens de dire ou je t'en colle une ! »

On dit « Tu as le droit d'être en colère, mais parler comme ça, c'est impossible. On est tes parents, pas tes copains. On te respecte, tu nous respectes, OK ? »

Ça peut commencer soft, l'air de rien. Un « Bah, ça vaaa », lâché par une Violette de 6 ans et demi qui a poussé sa maman à « serrer la vis. Ça ne fait pas très longtemps que j'essaie mais là, l'autre jour, je lui ai dit : “Dis donc, toi, le respect, tu te souviens de ce que ça veut dire ? On ne parle pas comme ça à sa maman.” »

Mais c'est quoi, parler mal ? « C'est plus une tonalité, un rictus parfois, que des mots, explique la célèbre psychologue française Maryse Vaillant (1). Il faut leur dire : “Tu ne parles pas à tes copains.” Leur rappeler la verticalité des liens générationnels, contrairement à l'horizontalité des liens d'amitié. Concrètement, la quête, c'est le respect. Le parent a le sentiment que l'ado oublie la différence générationnelle. »

L'autre jour, Monsieur Michael, instituteur de *** primaire, s'est entendu dire par un de ses élèves à qui il avait fait une remarque : « Tu me portes la honte. » « Je suis resté interloqué. Celui-là a été puni, mais parfois ce n'est pas vraiment quelque chose de grossier, plutôt d'inapproprié. Il ne faut pas forcément punir l'enfant s'il n'a pas voulu être impoli. Il vaut mieux lui expliquer qu'on est à l'école et que même s'il peut nous tutoyer, je reste son professeur. »

Garder son calme. Ne pas hurler. Ne pas cogner. « On ne frappe jamais un enfant dans la figure. C'est humiliant, dit la psy Pascale Roux, spécialisée dans les rapports parents-ados. Eventuellement une petite tape sur les fesses ou les mains, quand ils sont petits. Mais certainement pas un ado ! De toute façon, il vous la rendra. Frapper, c'est signe qu'on est dépassé, qu'on a échoué dans la négociation. Il vaut mieux s'extirper, aller au calme quelques instants et reprendre la conversation plus tard. Rien ne dit qu'il faut régler les choses à chaud. »

En gros, trois tuyaux à retenir :

1. Eviter tout ce qui est injurieux. Ne jamais faire perdre la face à un enfant. Toujours le valoriser, le prendre en considération.

2. Montrer l'exemple. « Les parents me disent : “Je ne comprends pas pourquoi il me parle comme ça”, poursuit Pascale Roux. N'empêche que X fois par semaine, vous rentrez crevé du travail et vous êtes désagréable : “Oh purée, t'as pas encore fait tes devoirs !” ou “T'es nul ou quoi ? Quand est-ce que tu vas un peu être sérieux, y en a marre !” C'est pas de l'insulte, c'est destiné à le faire réagir mais pour les ados, c'est vécu comme de l'humiliation et ça va se retourner vers vous par un manque de respect verbal. Sauf qu'eux n'ont pas de limite. »

3. Les écouter. Quand un enfant vient près de vous, l'air de rien et vous dit : « Machine, tu te rends compte, elle prend la pilule et elle n'a que treize ans”, soyez attentif. C'est une façon détournée de vous parler de quelque chose. On s'arrête, on écoute.

Parce que les enfants aiment ça, parler avec les adultes. Un sondage Ipsos pour la Fondation Pfizer (qui mesure le bien-être des adolescents) révèle qu'une moitié d'ados (55 %) aimerait avoir plus d'échanges avec les adultes et que près des deux tiers des adultes (59 %) ressentent la même envie. 51 % pensent même que les jeunes apportent beaucoup à leur entourage.

Mais ce n'est pas de leur faute, aux enfants, s'ils s'expriment moins bien qu'avant. C'est juste qu'ils ne parlent plus la même langue que leurs parents. Prenez le langage SMS : ils sont 22,8 % à l'utiliser chez les moins de 25 ans, 16,6 % jusqu'à 50 ans et seulement 6,8 % au-delà (1). Parents, cherchez vite sur le web un traducteur du langage SMS vers le français…

Et ensuite, réjouissez-vous. Oui, les jeunes savent encore ce que politesse, savoir-vivre et respect signifient.

D'après une étude du Crioc en 2011, plus d'un jeune sur deux (57 %) considère qu'un comportement civique est important. Le pire : l'abandon de déchets sur la voie publique (98 %), qu'on ne s'excuse pas après avoir bousculé quelqu'un (96 %), qu'on brûle des trucs dans son jardin (80 %)… Poser les pieds sur la banquette du train, ça choque les jeunes francophones à 90 %, les Flamands à 50 %. Rhooo, les petits hypocrites.

(1) Pardonner à ses parents (Pocket, 2001).

(2) Selon une enquête réalisée en 2011 par iVox et RTL.be.