Sexe machines

vendredi 01 juin 2012, 14:24

L'ère des robots sexuels est-elle pour bientôt ? Verra-t-on dans un avenir proche des créatures cybernétiques remplacer les prostituées des bordels ? Et avec quelles conséquences sociales et éthiques ? Bienvenue dans le XXIIe siècle !

Sexe machines

Par Didier Dillen. Paru dans Victoire le 26/05/2012.

Les robots les plus sexy de la SF

Pris : Un des « réplicants » du film « Blade Runner », joué par la belle Darryl Hannah. Modèle de plaisir créé pour le « divertissement ». Entame une love story malheureuse avec le chef des réplicants rebelles.

Gigolo-Joe : Dans « A.I. » de Spielberg, Jude Law joue un séduisant robot conçu pour répondre à toutes les attentes des femmes esseulées. Finit par être accusé du meurtre d'une de ses clientes.

Cherry 2000 : Titre d'un nanar SF dans lequel un bellâtre cherche à tout prix à faire réparer sa jolie cyber-maîtresse. Il finira par tomber amoureux d'une vraie femme en chair et en os, alias Mélanie Griffith.

Malice@Doll : Dans ce manga futuriste, Malice est une doll, une poupée prostituée. Violée par un monstre, elle se réveille humaine et capable de donner vie à ses semblables d'un seul baiser. Un curieux mix entre la Belle au bois dormant et Pinocchio.

Quoi de moins sexy qu'un grille-pain, même bardé d'électronique ? Aujourd'hui peut-être… Mais demain, les robots pourraient bien s'avérer aussi affriolants que leurs alter ego de chair. On n'en est d'ailleurs pas si loin. Certaines machines humanoïdes sont capables de marcher, de répondre à peu près correctement à un interlocuteur, voire d'afficher les expressions d'un visage humain. D'autres encore sont à même de nous serrer la main sans nous broyer les phalanges. On imagine déjà le parti que certains petits délurés pourraient tirer de ces intéressantes capacités. Entre saisir un objet et une verge, il n'y a guère de différence ! Quant aux poupées de silicone ultra-sexy et réalistes, elles existent déjà. Truffées de capteurs et d'informatique, certaines sont capables d'adapter leur comportement aux goûts de leur utilisateur ! Il suffirait de marier les deux pour rendre réel un des plus vieux fantasmes de la science-fiction : le robot sexuel.

Quand la robote nique

Certains imaginent d'ailleurs un futur dans lequel de telles créatures prendraient la place des prostituées de chair et d'os. C'est le cas de Ian Yeoman, spécialiste de l'industrie touristique, et de Michelle Mars, sexologue de son état, tous deux de l'Université Victoria de Wellington (Nouvelle-Zélande) et auteurs d'une récente thèse très remarquée (*). Ils y réfléchissent à ce que pourrait représenter l'ouverture en 2050 d'un sex-club entièrement dédié aux amours humainsrobots. Moderne, brillante, cette maison close cybernétique abriterait une centaine de sublimes robots et robotes en petite tenue, prêts à satisfaire tous les désirs de leurs clients humains. L'entrée coûterait tout de même quelque 7800 €. Mais pour ce prix-là, les heureux visiteurs auraient droit à une gamme complète de services coquins : massages, danses érotiques et bien entendu sexe à gogo. Le tout sans risques d'attraper la chtouille ou pire. Les robots sexuels seraient en effet équipés d'un revêtement antimicrobes et soigneusement désinfectés après chaque utilisation. Yeoman et Mars ne font d'ailleurs pas que rêver à ce que pourrait bien être cette prostitution de demain. Ils en imaginent aussi les éventuels avantages pour la société, en matière de traite des êtres humains, de crime organisé, de tourisme sexuel, de fréquence des MST…

Just wired !

Mais l'avènement de tels androïdes n'est évidemment pas sans susciter quelques angoisses métaphysiques. Certains experts ne voient pas très bien ce qui pourrait empêcher un humain de tomber raide dingue d'un robot, voire de le demander en mariage. Impensable ? L'effet Eliza est une preuve tangible du contraire. À la fin des années 60, le programme informatique Eliza a été mis au point pour simuler la conversation avec un psychothérapeute. Eliza ne faisait que reformuler en questions la plupart des affirmations du patient. On s'est cependant aperçu qu'une proximité émotionnelle certaine finissait par s'établir entre cobayes et programme. D'où l'effet Eliza, maintes fois observé depuis. Si un simple programme donne déjà des idées à certains, on ose imaginer ce qui se produira quand les robots auront la plastique idéale et seront programmés pour séduire. Les futurs robots sexuels suscitent d'ailleurs d'autres abîmes d'interrogations. Sera-t-on jaloux des robots sexuels ? La prostitution robotique perpétuera-t-elle les stéréotypes sexistes ou libérera-t-elle les humains des deux sexes ? Deux robots pourront-ils tomber amoureux l'un de l'autre ? Et qui gardera les batteries en cas de divorce ?