La Cambre : un défilé joyeux qui défie la crise
Rédaction en ligne
samedi 09 juin 2012, 15:25
Alors que le secteur de la mode belge connaît de grandes difficultés, les étudiants en stylisme de La Cambre ont présenté vendredi le résultat d'une année de travail acharné. Comme chaque année, c'est un vrai show qui a animé le catwalk.
©Piraux
Ces dernières mois, plusieurs grands noms de la mode belge ont successivement mis la clé sous le paillasson. Après Walter Van Beirendonck et Christophe Coppens, c'est Olivier Strelli qui a annoncé cette semaine être à deux doigts de la faillite... Défiant ces perspectives d'avenir plutôt négatives dans un contexte de crise économique globale, les élèves de la Cambre stylisme présentaient, vendredi soir, le résultat d'une année de travail intensif.
Les étudiants couronnés de prix
Prix Mad (mode & design center) attribué à Louise Leconte
Une bourse d'une valeur de 2000 euros récompense un étudiant de 5e année dans le cadre de la réalisation d'un lookbook professionnel destiné à illustrer son portfolio dans sa recherche d'emploi. Il est remis par Philippe Close, Président du Comité d'Administration du MAD Brussels.
Prix Dior attribué à Anaïs Lalu et Gioia Seghers
Ce prix coup de cur de Christian Dior Parfums récompense un étudiant de 4e ou de 5e par la mise à disposition d'un maquilleur professionnel et de produits Dior pour la réalisation de son prochain lookbook.
Prix Hunting and Collecting, Brussels attribué à Anaïs Lalu
Le concept-store Hunting and Collecting en concertation avec le lauréat offre conseil, une vitrine dans la boutique ainsi qu'un soutien relationnel.
Prix Wallonie-Bruxelles design/Mode attribué à Anaïs Lalu
Ce prix récompense un étudiant de 4e ou de 5e année en lui offrant une visibilité et le support aux frais inhérents à sa participation lors de leur showroom à la Fashion Week de Paris en octobre 2012.
Prix Codefrisko/Pure attribué à Emmanuelle Lebas, étudiante de 4e
Codefrisko et Pure en concertation avec le lauréat s'engageront à travers la réalisation et la création d'une identité visuelle, d'un site portfolio, de cartes de visite et de cartes génériques ainsi qu'une couverture de presse.
« Il faut y croire »
Pour les étudiants en stylisme de La Cambre, la réussite de quelques anciens étudiants a de quoi leur donner de l'espoir. Il faut dire que l'école a créé de véritables surdoués de la mode. Citons Laetitia Crahay directrice artistique de la Maison Michel et créatrice des accessoires et bijoux chez Chanel. Ou encore Déborah Macquart pour Yves Saint Laurent et Isabelle Août pour Jean Paul Gautier. Interrogés par le JT de la RTBF en marge du défilé de ce vendredi, des étudiants ont témoigné d'un certain optimisme. « Je suis encore dans le rêve de l'étudiante », dit ainsi Louise Leconte, qui présentait son dernier défilé, fruit de cinq années d'études. « Je me dis que tout est possible, on verra l'an prochain si je suis désillusionnée ou pas », sourit-elle. « Quand on veut, on peut. Il faut y croire », tranche pour sa part Eddy Anemian, étudiant en 3e année.
L'école de La Cambre bénéficie d'une réputation solide dans le secteur de la mode. De nombreux recruteurs sont présents dans les rangs pour assister au défilé de fin d'année. A en croire l'applaudimètre, le travail des étudiants de cette année a plu au public. Petit aperçu de ce qui s'y est vu.
Un début haut en couleurs
Les lumières s'éteignent enfin aux Halles de Schaerbeek. Les petits rires et discussions prennent fin. Tout le monde retient son souffle. Le défilé de mode de La Cambre est un événement très attendu, pour les Belges, mais aussi et surtout pour les chercheurs de talents.
Quelques sifflements retentissent, et on entre dans la danse avec les 2e années. Julian Klausner, Maud Vander Beussche, Alexandra Kengen, Samir Mekki Berra, Anna Tanaka, Delphine Baverel, Alexandre Paty, Caroline Liechti, Fabien Verriest, Samantha Cazenave. Autant de noms que de styles se mélangent sur la scène. S'il y a beaucoup de blanc, les touches de couleurs ne manquent pas. Même si pour cela, il a fallu réquisitionner toutes les lèvres des mannequins ! Les étudiants ont travaillé sur les thèmes donnés avec une certaine originalité excepté, peut-être, celui consistant à construire un volume à partir d'une housse de vêtement en plastique. Les accessoires pour la tête sont plus surprenants les uns que les autres. Les formes géométriques se suivent mais ne se ressemblent pas. Le tout offre un final haut en couleurs
Et en matières !
Des quatrièmes années tout en finesse, des premières années tout en surprise
Les mises en scène des troisièmes années sont plus recherchées. Le résultat, sans doute, d'une collaboration avec l'artiste Sarah Vanhee. On découvre plusieurs univers : une ambiance africaine par-ci, un effet « cosmonaute/scientifique » par-là. Les matières vont du très fluide au moins souple, avec parfois des aspects vernis/brillants. Les troisièmes années commencent à s'approprier leur collection et ont su se démarquer les uns des autres.
Basculement chez les quatrièmes années. On retrouve plus de finesse. Plus de jeux avec les matières et les formes. Les collections font preuve d'un paradoxe agréable à regarder. Les vêtements sont à la fois très « volants » et très cintrés. On joue avec les volumes, le voilage est une matière récurrente. Anouk Fallon joue avec des décolletés plongeants, les tons sont plus clairs et plus passe-partout, tandis que Doriane van Overeem travaille la longueur et les couleurs, par exemple.
Dans la catégorie du surprenant, les premières années décrochent la palme d'or. Les costumes sont complets, on ne décèle aucun visage. Les mannequins s'apparentent à des femmes-objets. On découvre des mannequins traversées par des objets du quotidien (lampe, chaise) ou de l'enfance (cheval à bascule, mobile). Des femmes empoignent fermement des outils plus surprenants, comme un pistolet ou des ciseaux. Et puis il y a encore ceux qui préfèrent faire intervenir un animal. Ambiance originale au possible. Quant à leur collection homme, c'est véritable arc-en-ciel qui défile, et on ne saurait dire si l'inspiration vient de Louis XIV, des Gladiateurs, ou d'aucun des deux.
La consécration de 5 années d'acharnement
Voilà enfin le moment tant attendu : les collections des finalistes de cinquième année, Louise Leconte et Gioia Seghers. Les deux jeunes filles ont décidé de rester dans le noir et blanc. Gioia, très attirée par l'Arctique, a travaillé la fourrure. Tout est dans la longueur, le voluptueux, alors que Louise est plus dans la recherche de formes. Les finalistes ont des styles complètement différents. Pourtant, on sent qu'elles ont donné corps et âmes dans leur collection. Malheureusement, ce détail n'a pas eu l'air de convaincre l'entièreté du public
Certains ont exprimé leur déception : « Par rapport à l'année passée, il n'y avait rien de vraiment exceptionnel, de fulgurant. L'année dernière, c'était tout à fait autre chose », déplore un habitué des shows de fin d'année de La Cambre.
Pour autant, ces avis n'ont en rien entravé les applaudissements fulminants lors du final. Quant au sort des élèves, seul l'avenir nous le dira
Mélanie Caous (st.)