Delépine et Kervern, la punk attitude

ANNE-SOPHIE LEURQUIN

mercredi 13 juin 2012, 09:55

Punk is not dead, comme le chantent les Wampas dans “ Le Grand Soir “. Le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern, qui sort ce mercredi sur nos écrans, rend hommage aux punks à chien. Rencontre avec Benoît Delépine.

Delépine et Kervern, la punk attitude

Envie de contester l'establishment ? De crier « No future » ? De se saper comme Lisbeth Salander ? A l'heure où les Buzzcocks et autres Undertones se reforment et repartent en tournée, où Alice Dellal est l'égérie de Chanel et pose sous l'objectif de Lagerfeld en bas résille troués, il semble bien que le mouvement punk n'ait pas dit son dernier mot. « Ces dernières années ont été marquées par des injonctions sociétales très rigides, lisses, presque monacales », confie Vincent Grégoire, du bureau de style Nelly Rodi à L'Express. « La tendance était au folk doux, au rock minimaliste, au zen et à l'intériorité (…). Or, la crise économique et les révoltes arabes sont passées par là. On sent une volonté de désobéir, de provoquer, d'enfreindre les multiples interdictions de la société », analyse ce chasseur de tendances.

Pour le journaliste et écrivain français Michka Assayas, auteur d'un encyclopédique Dictionnaire du rock, le punk est bien plus qu'une apparence ou qu'un phénomène de mode remis au goût du jour. Plus que la panoplie crête, piercing, jeans troué et blouson clouté, le punk est selon lui la voix d'un message de liberté individuelle absolue : « Les punks sont les premiers à avoir pris en compte la misère et à l'avoir mise à la vue de tous de manière violente pour en faire prendre conscience. La punk attitude c'est le refus de se faire berner par de grandes idées, ce sont des combats très politiques » .

« Punk, ça veut tout dire et ça veut rien dire «, affirme de son côté Benoît Delépine autour d'une table dressée vendredi dans le parc Royal où se tenaient des Apéros urbains placés sous le signe du punk pour la promo du film. « Quand ça s'est créé, dans les années 70, c'était pour dire non à la société de l'époque, mais ça vient de loin. Au départ, on voulait faire un film sur Diogène. On a fait un film sur les punks à chien, qui disent non à la société, prennent un clébard et la route. Ce sont eux les dépositaires de cette philosophie. Ce sont des philosophes de la liberté, des Indiens contemporains. « Ainsi apparaît Benoît Poelvoorde, dernier des Mohicans adepte de la liberté absolue dans Le Grand Soir, le cinquième film du duo grolandais Delépine-Kervern qui a connu un succès fracassant à Cannes où il a obtenu un prix spécial du jury dans la catégorie « Un certain regard « . « On a essayé de montrer avec ce personnage quelqu'un qui a trouvé son indépendance, avec toute la dureté que ça suppose, mais au moins il ne fait pas un boulot à la con », explique le réalisateur.

Dans le film de Delépine et Kervern, Benoît Poelvoorde est Not, qui comme son surnom l'indique est un adepte du non, SDF libertaire vivant de la manche et de petits larcins qui se revendique comme « le plus ancien punk à chien d'Europe ».

Son frère Jean-Pierre (Albert Dupontel) est vendeur de meubles dans une grande surface, prosélyte du système qui vit à crédit une vie bien rangée. Jusqu'au jour où il se fait licencier et larguer. Et pète littéralement les plombs.

L'occasion pour les deux frères de se réunir autour de la pataterie familiale. Et pour Not de tatouer Dead sur le front de son frangin. Les deux font la paire contestataire face à l'aliénation marchande de nos sociétés. « La vie est absurde d'un point de vue marxiste : pourquoi courir après l'argent quand on est mortels ? «, se demande Delépine à la table des Apéros urbains. Une réflexion qui a dû nourrir cette réplique savoureuse de Not quand les frères piétinent les plates-bandes d'un jardinet de banlieue. Un propriétaire leur hurle : « Propriété privée ! » . Not lui réplique : « Mais non, ta maison est à la banque ! »