L’ADN Carvin, l’ascèse de Lanvin, les marlous d’agnès b.

Rédaction en ligne

lundi 02 juillet 2012, 11:45

Le rideau est tombé dimanche à Paris sur les présentations de mode masculine pour le printemps/été prochain en dévoilant une rétrospective agrémentée de mises à jour chez Cardin, une perpétuelle quête de l’ascèse chez Lanvin et une ode à Marseille chez agnès b.

L’ADN Carvin, l’ascèse de Lanvin, les marlous d’agnès b.

Les sahariennes retaillées près du corps de Cardin ©AFP

Vétéran du calendrier (il aura 90 ans mardi), Pierre Cardin demeure par ailleurs le plus libre des créateurs, solidement adossé à la maison de couture dont il reste seul maître à bord. D’où ses collections impromptues, qui naissent ici ça et là, au fil des saisons mais toujours au gré de ses envies. Celle présentée dimanche sur le parvis dallé du Palais Brongniart habille l’homme de la belle saison pour toutes les heures du jour et de la nuit et veut nous rappeler qu’il existe bel et bien un ADN Cardin.

Le point central de ce vestiaire est un hybride entre la chemise et la chasuble ouverte sur le côté, aux manches gigot. Un nouveau « top » qui se porte à même la peau et qui se décline à l’envi tant pour les matières que les couleurs.

Ces « tops » sont en cotons et soies légères, flashy pour le coeur de l’été, mais en tweed, jacquard, maille et lin chinés et même en velours côtelé, dans les tons bruns pour l’arrière-saison.

Remettant à jour ses archives -pléthoriques-, Cardin allège ensuite des petites sahariennes qu’il retaille plus près de la silhouette, il découpe d’autres « tops » dans des tissus techniques Néoprène pour des volumes enveloppants et les parsème d’inserts géométriques ou de petits hublots en relief. Plus loin, il découpe au laser le dos de blazers en larges bandes verticales, ou fait des ronds.

Plusieurs pièces renouent avec l’avant-gardisme qui a porté la renommée de la maison dans les années 60. Intégralement réalisés en soies techniques, des ensembles à picots « 3D » modifient la notion de l’épaisseur et la perception des volumes.

La collection d’une cinquantaine de silhouettes, dont plusieurs modèles pour la femme, est aussi un clin d’oeil aux codes maison, savamment essaimés au cours des passages. En témoignent des impers en vinyle rouge pompier ou vert d’Irlande, des ceintures de caoutchouc, des paraboles implantées aux coudes et aux genoux autour desquelles se tendent des tissus, ou encore quelques « total looks » : lamé argent, métal brossé ou papier d’aluminium dont l’un se porte sous un slip laqué noir… Ça, c’est Cardin.

Epure de l’« homme nu » chez Lanvin

Pour Lanvin, Alber Elbaz et Lucas Ossendrijver poursuivent leur travail d’épure sur le vestiaire masculin et atteignent quasiment le but qu’ils s’étaient fixé il y a quatre saisons : « une sorte d’ascèse en mode pour que le beau puisse naître de la simplicité ».

Ultra urbaines, mais plutôt austères, les silhouettes se succèdent d’abord en jeux de bichromie noir/blanc. Mais ces costumes blancs immaculés en popeline fluide, dont les pantalons ont la taille haute, sont-ils pour autant le signe d’une élévation vers l’Ether ? En attendant la réponse, les parkas, chemises, sweat-shirts et « tops » de mousseline et jerseys de soie absinthe vont dans le sens de cet « homme nu ». C’est-à-dire quand le vêtement n’habille plus seulement, mais qu’il protège comme une seconde peau, un deuxième soi.

Faisant contrepoint, des bermudas de coton, des vestes de cuir croco ou encore de longs manteaux d’été à larges cols et revers sont, eux, plus rassurants, parce que moins compliqués. D’ailleurs, la rare touche de couleur de cette garde-robe, oscillant entre blanc, noir et anthracite, est le rose fuchsia, à l’avant d’une chemise de soie sur son devant (son arrière est noir).

Autre trouvaille : le veston de ville à l’avant impeccablement taillé, mais dont l’arrière est froncé à l’élastique, tel un simple sweat-shirt. Une dualité en forme de preuve d’ouverture selon les duettistes de Lanvin.

agnès b. s’inspire des docks marseillais

A la Maison des Métallos, agnès b. a hissé la grand-voile, cap sur Marseille. La deuxième ville de France, qui sera l’an prochain Capitale européenne de la culture, est au coeur de la collection de la créatrice.

« J’aime Marseille, cette grosse dame assise un peu dos à la France, qui regarde vers le Sud, et qui depuis sa création absorbe toutes les cultures », a expliqué en coulisse la créatrice de mode.

En marinières rayées bleu et blanc, en vestes à col officier ou en bleus de travail de gros coton, les marlous agnès b. ont d’abord l’air d’être sortis d’une mauvaise passe sur les docks avant de partir goûter à d’autres villégiatures sous les ciels azuréens.

Dans de seyants pulls à col rond et au point de mousse vert anis, ils s’invitent à l’apéritif avant l’heure. En costume d’alpaga noir, ils donneront le change sur la Canebière. En blouson « fifre » de coton huilé, ils sauront parler aux mécaniciens et chauffagistes. Les plus téméraires d’entre eux, en longs paréos imprimés numériques, vogueront, au moins en pensée, vers d’autres latitudes pour que perdure « la vraie diversité », celle qu’est censée incarner la cité phocéenne.

Cette diversité, la créatrice veut la promouvoir au-delà des modes et des cultures. En témoigne un cardigan noir à pressions, porté sur une mini-jupe par Diane, une artiste transgenre inconnue, rencontrée récemment par la créatrice dans un bar de Ménilmontant et devenue dimanche mannequin d’un jour très applaudie.

AP