C'est la bérézina ! Mais pourquoi ?

CHRISTINE MASUY

vendredi 13 juillet 2012, 07:51

L'histoire d'un nom qui tire son appellation d'un lieu. Chaque jour, pendant l'été.

C'est la bérézina ! Mais pourquoi ?

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C'est la bérézina ! Cette expression désigne aujourd'hui un échec, une défaite complète. Mais au départ, la Berezina, c'est une petite rivière de Russie. Sans doute ne serait-elle jamais sortie de l'anonymat si Napoléon n'était passé par là. Et pour l'Empereur, étrangement, ce fut une victoire.

Printemps 1812. Napoléon est au sommet de sa gloire. Rien ne lui résiste. Il a conquis toute l'Europe ou presque, et il décide maintenant de s'attaquer à la Russie.

En ce beau mois de juin, la Grande Armée – qui n'a jamais été aussi grande puisqu'elle compte plus de 600.000 hommes – marche sur Moscou. Mais les choses ne sont pas aussi simples que l'avait imaginé l'empereur. Les combats se prolongent et les Russes ne capitulent pas. L'été s'achève, puis l'automne s'installe, et l'on sent déjà poindre les frimas de l'hiver. Le froid devient vite insupportable aux Français, peu habitués à ce genre de climat. Et s'ils ne meurent pas de froid, ils mourront de faim parce que le ravitaillement est défaillant. Alors, on tue les chevaux pour se nourrir de leur chair, mais il n'y aura bientôt plus de chevaux…

Napoléon comprend qu'il n'y a pas d'autre issue que la retraite. Il décide donc de faire demi-tour. Machine arrière, toute ! Mais les routes de novembre sont moins riantes que celles de juillet… Les Russes le savaient : le terrain est hostile et la Grande Armée va s'y embourber. Ils n'auront plus qu'à cueillir l'empereur pour le faire prisonnier.

De fait, au bout de 50 jours de marche, Napoléon et ses hommes se trouvent devant un obstacle infranchissable : une rivière marécageuse que l'on appelle Berezina. Il y a bien un pont, quelque part en amont, mais ce pont est évidemment aux mains de l'ennemi. Traverser à la nage ? C'est totalement impensable. D'abord, beaucoup d'hommes ne savent pas nager. Et puis, en cette saison, la Berezina charrie d'énormes blocs de glace. Personne n'arriverait vivant sur l'autre rive.

La situation semble complètement désespérée, mais Napoléon ne baisse pas les bras. Il n'y a pas de pont ? Qu'à cela ne tienne. On va en construire un. Ou plutôt deux. Il y a dans la Grande Armée un régiment de pontonniers, et ces hommes vont s'activer jour et nuit, à moins 20 ou moins 30 degrés, dans une eau glaciale, pour construire deux ponts en l'espace de trois jours.

Le 26 novembre, l'armée française peut donc franchir la Berezina, faisant un joli pied de nez aux Russes qui croyaient l'Empereur encerclé.

Pour protéger sa retraite, Napoléon ordonne ensuite que l'on détruise immédiatement les deux ponts. Tactiquement, tout cela est bien pensé… sauf que toute son armée n'a pas eu le temps de passer. Il y a, il est vrai, beaucoup de retardataires – des hommes épuisés, des malades, des blessés. Peu importe. Il faut détruire les ponts. Les deux ouvrages sont donc incendiés alors que 40.000 hommes sont encore de l'autre côté, du côté russe.

On assiste alors à des scènes de désespoir. Des hommes qui se jettent dans les flammes. D'autres qui se noient dans les eaux glacées de la Berezina. C'est une véritable hécatombe. Et ceux qui en réchappent sont faits prisonniers par les Russes.

Sur le papier, la bataille de la Berezina est une victoire napoléonienne puisque l'Empereur et le gros de sa troupe ont échappé à l'ennemi. Mais cette bataille a fait beaucoup trop de victimes pour que tout le monde y voie une victoire… C'est ainsi que naît l'expression populaire associant la Berezina à une défaite ou à une débâcle. Et depuis, la Berezina n'est jamais retombée dans l'anonymat.

Retrouvez la série bermuda & panama, en radio, sur La Première. Chaque matin vers 9 h 15, Christine Masuy raconte l'histoire d'un éponyme. Ou comment un nom de lieu est entré dans la langue…

Lundi : L'étrange syndrome des otages de Stockholm.