Le denim ? Il vient de Nîmes !

CHRISTINE MASUY

jeudi 19 juillet 2012, 21:20

On imagine ses origines dans les grandes plaines du Far West. Erreur ! Notre série « bermuda & panama » vous raconte pourquoi.

Le denim ? Il vient de Nîmes !

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Il était une fois dans l'Ouest… le denim, la toile dont on fait les jeans. On imagine ses origines dans les grandes plaines du Far West. Erreur ! Elles auraient plutôt des senteurs de garrigue et de pastis puisque le denim vient… de Nîmes, dans le sud de la France. De Nîmes, on connaît les arènes, la feria… Mais on ignore parfois que, pendant des siècles, de la Renaissance au XIXe, ce fut une importante cité textile. A une époque, deux tiers de la population de Nîmes travaillaient dans le tissu.

Il y a différentes manières de faire du tissu, différentes techniques de tissage. Tout dépend de la façon dont les fils s'entrecroisent. Généralement, le fil horizontal et le fil vertical – le fil de trame et le fil de chaîne comme on les appelle – s'entrecroisent un par un. Mais à Nîmes, on tisse plutôt au rythme de trois-un. Résultat : on obtient une espèce de motif oblique. Ce tissu un peu particulier a pour nom la serge ou la toile de Nîmes.

Au fil des siècles, il s'en vend de plus en plus loin de Nîmes, la marchandise partant par bateau depuis le port de Marseille ou celui de Gênes. Sur ces bateaux, il se trouve aussi beaucoup d'immigrants à destination des Amériques. Un jour de 1847, un jeune juif allemand décide d'aller tenter sa chance outre-Atlantique. Il a 18 ans, son père vient de mourir et il part rejoindre ses frères qui vendent du textile à New York. Il s'appelle Levi Strauss.

Un brevet pour des rivets

A peine Levi Strauss est-il arrivé à New York que l'on commence à parler d'une ruée vers l'or, à l'autre bout du pays, en Californie. Le jeune Levi veut faire fortune lui aussi ! Il décide donc de quitter la côte Est pour la côte Ouest. Illico.

On raconte souvent que Levi Strauss a d'abord essayé de vendre de la toile de tente aux chercheurs d'or. Et comme l'entreprise a échoué, pour écouler ses stocks, il aurait taillé des pantalons dans la toile invendue. Ça, c'est pour la légende. En réalité, Levi Strauss n'a jamais taillé le moindre pantalon…

Levi Strauss ouvre un commerce à San Francisco, en 1853. Un commerce dans lequel on trouve un peu de quincaillerie, mais surtout de la mercerie et des tissus. Strauss travaille essentiellement comme grossiste. Il fournit tous ces petits magasins qui voient le jour aux quatre coins de la Californie et du Far West pour approvisionner les chercheurs d'or qui débarquent du monde entier.

Parmi les tissus que vend Levi Strauss, il y a de la toile de Nîmes. Vient-elle vraiment de Nîmes ? Ce n'est pas certain. Mais le tissage, avec son petit motif oblique, est tout à fait caractéristique de la serge de Nîmes. Outre-Atlantique, on l'appelle donc « denim ». Il arrive aussi qu'on l'appelle « jean » car certaines cargaisons viennent du port de Gênes – que les Américains prononcent « jean ». C'est cette toile, tissée en fil indigo sur trame écrue, que Levi Strauss vend à de nombreux tailleurs, qui en font ensuite des vêtements de travail pour les mineurs.

Jacob Davis est l'un des clients de Levi Strauss. Il est tailleur à Reno, dans le Nevada. Davis sait que les salopettes et pantalons qu'il confectionne sont soumis à rude épreuve. La toile denim est très solide mais, pour augmenter la résistance de certaines coutures, il a eu l'idée d'y ajouter des rivets, et il voudrait déposer un brevet. Le pauvre homme n'est cependant pas très fort en affaires. Alors, il propose à son fournisseur de tissu, Levi Strauss, de s'associer à lui pour exploiter l'idée.

Le brevet est déposé par les deux hommes le 20 mai 1873. C'est ainsi que Levi Strauss & Co commencent à fabriquer des blue jeans en toile denim. Bien loin de Nîmes…

Retrouvez la série bermuda & panama, en radio, sur La Première. Chaque matin vers 9 h 15, Christine Masuy raconte l'histoire d'un éponyme. Ou comment un nom de lieu est entré dans la langue…