Un petit moka ?
CHRISTINE MASUY
mardi 31 juillet 2012, 07:25
A moins que vous ne préfériez une glace moka. Ou un gâteau moka N'en jetez plus ! Mais d'où ça nous vient, tout ça ? La réponse dans notre série « bermuda & panama ».
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CHRISTINE MASUY
mardi 31 juillet 2012, 07:25
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Moka, c'est la plus connue des variétés de café. Mais c'est aussi une ville du Yémen. Du Yémen, on connaît Sanaa, la capitale. Moka se situe quelques centaines de kilomètres plus bas. C'est une petite ville portuaire sur la mer Rouge, à la pointe sud de la péninsule arabique. C'est de cette région, des plateaux du Yémen et des montagnes de l'Ethiopie voisine, qu'est originaire le café. Le qahwa, comme on dit là-bas.
L'invention de la boisson date probablement du XVe siècle. Elle est relativement tardive parce que le procédé est assez compliqué. Il a fallu songer à ouvrir le noyau d'un fruit, pour en extraire ses graines, que l'on va ensuite torréfier, puis moudre, avant de les préparer en décoction. Mais une fois inventé, le café se répand rapidement dans le monde musulman. Ainsi peut-on lire dans les carnets d'un Français de l'époque, grand voyageur : « De tous les endroits du monde, je ne pense pas qu'il y en ait d'autre qui produise le café que le Yémen. Etant cueilli, on l'apporte à Moka, le long de la mer Rouge, où on le charge sur de petites barques. »
Le port de Moka détient donc le monopole du café. C'est de là que partent les précieux grains. D'abord vers Le Caire et Constantinople. Ensuite vers l'Europe, grâce aux marchands vénitiens qui font halte dans les ports du Moyen-Orient.
On est alors vers l'an 1600 et cette boisson noire venue des peuples infidèles crée les pires suspicions. On dit qu'elle aurait été donnée par Satan aux musulmans pour se consoler de ne pouvoir boire du vin. Le pape songe un moment à l'interdire mais, avant de prendre sa décision, il demande à goûter Et il trouve cela tellement bon qu'il estime que ce serait pécher que de ne pas en profiter !
A partir de ce moment-là, le breuvage va conquérir l'Europe. Sous le nom de café (de l'arabe qahwa), mais aussi sous le nom de moka.
En Belgique, la première tasse de café est servie le 25 octobre 1675. Ce jour-là, la France et l'Espagne signent un traité au château de Freÿr, près de Dinant. Pour fêter l'événement, un diplomate sort de ses malles quelques grains de moka.
A l'époque, le café arrive dans nos contrées par le biais de différentes compagnies qui commercent avec l'Orient. Notamment la très puissante Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Très vite, elle établit un comptoir sur place, à Moka.
Un jour, son directeur, Nicolas Witsen, demande que lui soient ramenés quelques plants de caféier afin de les acclimater au Jardin botanique d'Amsterdam. Le petit port de Moka ne le sait pas encore, mais c'est pour lui le début de la fin Parce que ces quelques plants de caféier vont être bouturés par les Hollandais pour ensuite être replantés dans leurs colonies. D'abord en Indonésie, qui constitue à l'époque les Indes néerlandaises. Puis de l'autre côté de la planète : au Surinam, la Guyane néerlandaise. Et à partir de là, les caféiers vont s'implanter dans les Antilles, au Brésil et en Colombie.
Les Français font pareil de leur côté : ils transforment l'île de la Réunion en une vaste plantation de café. Tout cela au départ de quelques plants venus de Moka. C'est d'ailleurs comme cela que naît l'appellation arabica puisque, quel que soit l'endroit du monde où est produit le café, il a toujours de lointaines origines arabes.
Aujourd'hui, le port de Moka n'exhale plus la douce odeur du café. Les fèves transitent désormais par Wall Street. On dit même que le café est la deuxième marchandise la plus échangée au monde, après le pétrole. Il existe plus de 200 variétés d'arabica, et c'est sans compter les robustas. Mais les amateurs vous diront que rien ne vaut un petit moka.
Retrouvez la série « bermuda & panama » en radio, sur La Première. Chaque matin vers 9 h 15, Christine Masuy raconte comment un nom de lieu est entré dans la langue.