Stella McCartney, médaille d'or de l'élégance

STEPHANE BONVIN

samedi 04 août 2012, 13:46

La fille de Paul le Beatles mérite la médaille d'or de l'élégance olympique. Fille de son temps. Créatrice de mode, bien sûr. Mais avant tout narratrice de sa propre histoire. Portrait.

Stella McCartney, médaille d'or de l'élégance

©AP

Stella McCartney, 40 ans et des poussières. Stella McCartney, fille du Beatles Paul et de Linda, photographe et modèle übercélèbre, pionnière de la cause animale. Stella McCartney, designer de mode bardée de prix et de succès (selon le New York Times, sa marque, qu'elle partage moitié-moitié avec le groupe PPR, dépasse de loin les 120 millions de chiffre d'affaires). Stella, mère de quatre enfants. Stella, ovni au pays de la mode et du luxe, puisqu'elle est l'une des rares créatrices de mode à ne jamais utiliser de cuir, à designer vêtements féminins, cosmétiques, habits d'enfants ou accessoires sinon durables et bio, du moins -respectueux de l'environnement. Stella qui prouve que le militantisme anti-fourrure et le respect de la nature peuvent aller de pair avec coolness et it-bags (ce que l'on peut vérifier actuellement dans les magasins Bon Génie, où les sacs Stella McCartney sont, après ceux de Céline, les plus désirés).

Ces jours, Stella McCartney mérite la médaille la plus légère qui soit. Celle de l'élégance. Au JO de Londres, les tenues techniques qu'elle a dessinées pour les athlètes britanniques surclassent les autres. Y compris celles des Américains («made in China» pour Ralph Lauren). Ou celles des Italiens (habillés avec une application surannée par Armani). Pour les sportifs d'outre-Manche, McCartney a déconstruit le drapeau britannique, ajouté du bleu, soustrait du rouge – ce qui a fait polémique, le rouge étant censé doper l'agressivité des compétiteurs. Le résultat est à l'image de la mode de Stella: codes traditionnels remixés sans être vidés de leur sens, références historiques délestées de leur poids, vitesse, liberté, rien qui ne pèse, l'idée qu'un corps, c'est un sujet en marche. L'action comme moteur de beauté. L'élégance sans le plomb des convenances. Les héritages sans leur lot de drames ankylosés.

Sauvage

Lire un visage. Comparer les images de Stella McCartney à ce que l'on sait de sa vie, de son enfance paparazzée et de sa jeunesse surexposée. Sur les photos, d'ordinaire, il est rare de voir Stella sourire avec autant de paix et de malice que sur le portrait ci-dessus. D'habitude, Stella fait la moue, a l'air ailleurs, voire de mauvaise. Ne me regardez pas dans ces yeux que j'ai hérités de Paul, ni dans cette beauté que je tiens de Linda. Mais regardez ce que j'ai fait, créé, réalisé.

Paul et Linda, à l'époque, tiennent à ce que leurs enfants aillent à l'école publique comme les autres. Pas toujours facile quand sa mère vient vous y chercher en compagnie de pop stars coursées par les paparazzi. Stella, paraît-il, coud sa première veste à 13 ans, effectue son premier stage chez Christian Lacroix quand elle en a 16. Elle entre à Central Saint Martins, l'université londonienne qui passe pour accoucher des plus grands talents du style. Pour son défilé de fin d'études, en 1995, ses copines Kate Moss ou Naomi Campbell montent sur le podium, Papa a créé la bande-son. La collection est tout de suite achetée puis vendue. Stella, entre-temps, aura travaillé pour le tailleur Edward Sexton – est-ce là qu'elle a développé l'art délicat de marier ses jupes légères et ses blouses bluffantes de féminité à des tweeds, des paletots et des pantalons d'obédience virile?

1997. Stella est nommée directrice de la marque Chloé, jusqu'alors pilotée par Karl Lagerfeld (lequel, pauvre de lui, s'empresse de caqueter que c'est à son patronyme que Stella doit son poste). Deux ans plus tard, les chiffres prouvent le contraire: Mademoiselle McCartney a fait grimper les ventes. L'actrice Gwyneth Paltrow raconte comment, à l'époque, Stella et son assistante Phoebe Philo composent un duo de jeunes femmes sauvages, déterminées et désireuses d'être reconnues pour leur talent. C'est le temps où la mode délaisse les extravagances et les ruptures dramatiques pour leur préférer l'art du mix, la juxtaposition des contraires (les codes de la campagne et de la ville, ceux du luxe et de la rue). Stella McCartney est l'une des pionnières de cette façon d'envisager le vêtement qui fait loi aujourd'hui: des habits qui enchantent le quotidien au lieu de le bousculer, la nouveauté qui naît de la fusion des références plutôt que de la révolte ou des ruptures. Stella qui, pour sa propre robe de mariée, reprendra celle de sa mère, qu'elle revisitera à l'aulne des années 2000.

Idéale

En 2004, Stella lance avec Adidas une ligne de sport qui fait date, beaucoup copiée, pas égalée: le parfait équilibre entre la fonctionnalité du corps et la coquetterie tempérée. En 2005, elle signe la collection de Noël d'H&M, sans doute la plus réussie du point de vue du style et de la durabilité. C'est l'avis de la Valaisanne Sarah Jollien-Fardel, blogueuse de mode reconnue à l'enseigne de «Sarah Babille»: «Je continue de porter, de jour comme de soir, sa veste de smoking pour H&M. Stella, il y a tout à prendre, rien à laisser. L'équilibre, la justesse, la bonne distance entre ce qui est facile et ce qui est sophistiqué, son côté urbain, citadin mais respectueux de l'environnement. Même ses sacs, réalisés dans des tissus enduits ou des matières techniques imitant le cuir, ils ont fini par m'intéresser. Des bonnes idées, pas d'esbroufe. C'est un peu une figure idéale: une famille avec une histoire, du succès, du travail et, surtout, l'air d'être sincère.»

Stéphane Bonvin (Le Temps)